Le blog Apocoloquintose a
décidé de se la jouer « cinémascope » et « technicolor » en cette fin d’année et a pu aligner, pour les fêtes, un budget conséquent afin d'inviter une star hollywoodienne ( la plus charmante de
toutes ? ) pour vous souhaiter un joyeux noël…Je me suis permis d’inviter Audrey Hepburn, pour vous souhaiter un très joyeux noël et une bonne année 2008. Voici un extrait du film Breakfast at Tiffany’s ( titre : Diamants sur canapé pour la distribution française ), de Blake Edwards, datant de 1961 : il s’agit de la scène où la belle Holly chante, en s’accompagnant à la guitare ( puis à l’orchestre symphonique, sur la fin… ) la fameuse chanson « Moon river ». La musique de ce film romantique ( l’histoire d’amour entre une beauté un peu frivole et un écrivain taciturne et fauché… ) est signée par le grand compositeur Henry Mancini, qui remporta, pour ce film, l’Oscar de la meilleure BOF. Le film est adapté du roman éponyme de Truman Capote.
On s’exaltera, aussi, de la version du chanteur pop Morrissey. ( Chanteur qui a fait l’objet, sur ce blog, d’un récent billet amical ).
On s’enrichira, pour finir, de cette version quelque peu datée, en noir et blanc, où Henry Mancini en personne interprète son œuvre au piano, et à la télé, accompagné par un grand orchestre symphonique.
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Cinéma
L’exécutif
offre au peuple français un chouette cadeau de noël : des images ravissantes du président de la République et de la chanteuse Carla Bruni. Sarkozy monte en gamme. Les médias vivent depuis
quelques jours une érection continue, priapique… En attendant, tout le monde a déjà oublié la visite en France du leader libyen Kadhafi…Par François-Xavier Ajavon
La République française est comme un passage à niveau : les trains qui passent, bruyamment, cachent toujours d’autres trains, et d’autres, et d’autres encore… toujours aussi longs que les précédents. La République française est toujours pleine de surprise. Au lendemain de la visite du sinistre Colonel Kadhafi, autrement appelé "Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste", la France aborde les fêtes de fin d’année avec une nouvelle réjouissante : notre président de la République, Nicolas Sarkozy, disposerait d’une nouvelle compagne de voyage. Et pas des moindres…
Evidemment la presse et les agences s’enflamment. Les commentaires fusent ! Les dépêches jaillissent ! Les brèves giclent de toutes parts… Les analyses suintent par tous les pores médiatiques… L’hebdomadaire l’Express a annoncé, dès dimanche soir, que le journal populaire Point de vue était sur le point de publier – ce mercredi – un reportage photographique concernant la relation amoureuse entre Nicolas Sarkozy et la chanteuse Carla Bruni. ( Il serait malvenu de préciser, ici, que l’Express et Point de vue appartiennent au même groupe Belge Roularta, évidemment. Nous n’en dirons rien. Inutile d’alimenter les ragots sur la dimension « organisée », « marketée » et « artificielle » de cette annonce… )
Tous les zincs des Cafés du commerce vibrent, ce jour, à travers la terre de France… On nous dira, d’abord : « Mais Nicolas Sarkozy a fait le choix du ‘Mieux disant esthétique’ avec cette femme. Elle est splendide ! Un mannequin, quoi ! T’imagines ! T’as déjà approché un mannequin en vrai, toi ? ». On répondra : ok, d’accord. On nous dira : « Mais Nicolas Sarkozy rattrape ainsi son retard d’image auprès des artistes, des professionnels du spectacle, des professionnels du show médiatique, etc. » On répondra : ok, d’accord. On nous dira : « Mais Nicolas Sarkozy offre aux français une romance de qualité à l’approche des fêtes de noël… c’est positif. C’est un coup à gagner quelques points de croissance, ça, sans parler du moral des ménages… et du chômage, qui peut baisser aussi. On ne sait jamais ».
On notera, d’abord, que le Président de la République, invite la femme de son cœur dans un parc d’attraction. En effet, Nicolas Sarkozy a invité sa très récente conquête à Disneyland Resort Paris, le grand complexe festif touristo-industriel de l’est parisien, afin d’exposer son trophée féminin aux regards mornes et froids des objectifs photographiques. On notera donc que le Président de la République invite la femme de son cœur dans un espace dédié au plaisir codifié, au délassement organisé, à la festivité obligatoire, aux réjouissances entreprisées, au bonheur mesuré... Nous somme là dans un univers festif, dans l’hyper-« show » télévisuel et photographique, où chaque histoire d’amour peut se réduire à un clip vidéo. Marine Le Pen, imperceptiblement malveillante, parle d’un « conte de noël à petit budget », destiné à faire oublier aux français leurs problèmes quotidiens… la leader frontiste ironise même sur « Sarkozy de Monaco ». Référence inévitable au couple Rainier III – Grace Kelly. ( Espérons, au passage, que la talentueuse Carla ne subisse pas le syndrome Grace Kelly : une brillante interprète hitchcockienne tombant dans la fange des pages people, sans plus rien produire d’artistique jusqu’à sa mort… ) Alain Duhamel craignait, ce matin, à l’antenne de RTL, une « grimaldisation » de la politique française… François Hollande, du Parti Socialiste, a été plus sobre : « pas de commentaire ». On n’a pas idée d’inviter une femme comme Carla Bruni à Eurodisney, temple de l’anti-élitisme… On aurait préféré les voir au Jardin des plantes, ou mieux… au méconnu Jardin tropical de Paris… dans un lieu qui fasse moins « décor », moins carton-pâte, moins « cheap »…

Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt...
La République française est comme un passage à niveau : les trains qui passent, bruyamment, cachent toujours d’autres trains, et d’autres, et d’autres encore… la « rose » est-elle destinée à nous faire oublier le dictateur ? Le sinistre leader arabe Kadhafi, autrement appelé « Botoxman », dans une hilarante chronique de Michèle Stouvenot du JDD de la semaine dernière, vient à peine de quitter le territoire national que le chef de l’état redonne un coup de fouet à la communication élyséenne : le Président ne fait pas que vendre des Airbus et des centrales nucléaires à des anciens terroristes notoires, il courtise aussi des anciens mannequins. Mickey et Minnie Mouse, souris anthropomorphes de l’hyper-spectacle cherchent donc à nous faire oublier la venue de Botoxman… Stouvenot note à propos de la venue en France de Kadhafi : « Le chef de l'Etat attendait un terroriste à la retraite, un dictateur repentant en quête de rédemption, et qu'at-il vu débouler ? (…) Une vieille rock star en quête de box-office. Un mix de Mick Jagger et de Michael Jackson. La bouche pulpeuse et lippue, siliconée à la Michel Sardou, le cheveu noir corbeau Régécolor à la Jack Lang, le visage comme rafistolé par un Picasso du scalpel, le poil au menton hirsute, la moustache maigre, c'était Botoxman. Au Louvre, Belphégor. A l'Assemblée, Dark Vador dans La guerre des étoiles . Il y a de quoi être saisi ».
En effet. Après le « Kadhafi tour », l’Elysée nous offre une nouvelle super-production du « Château » élyséen : le « Carla Bruni tour ». Il est permis de prendre des photos. Il est même permis de filmer. Il est permis, également, d’avoir des vertiges : à quelques mois de son élection le président qui promettait la liquidation de la culture de « Mai 68 », s’est rapproché de la Chine communiste, de la Russie de Poutine, de l’Algérie et de la Libye du sinistre Colonel Kadhafi… et comme signe de stabilité personnelle il a envoyé aux français le « signe » de son divorce. L’arrivée de la « rose » Carla, arrivera t-elle à faire oublier ces si nombreuses, et indignes, poignées de mains consenties à des tyrans ? Rien n’est moins certain. A propos de la venue en France de Kadhafi, Pascal Bruckner s’agaçait, dans Le Monde : « Ce devait être la rédemption du barbare venu réintégrer les rangs de la civilisation. Ce fut l'inverse : le barbare, plein de morgue, nous a fait la leçon.» Et Bruckner de terminer sur cette interrogation angoissante, qui ne semble plus être d’ailleurs qu’une question de calendrier : « A quand le tapis rouge déroulé devant M. Ahmadinejad ? »
Mais qu’importe l’orientation diplomatique que prend l’hexagone, si Mickey et Minnie se font des câlins, médiatiques et sucrés, à Marne la Vallée… Qu’importe que la France ait été bafouée par la visite du "Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste", tant que le grand show festif s’accomplit, et se déploie jusqu’à l’apoplexie. Nous avions tort de penser que le calendrier de Sarkozy était un calendrier politique, c’est un calendrier de l’avent…
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Politique
Les médias n’en feront certainement pas un fromage, demain, mais l’acteur et chanteur Philippe Clay vient de mourir. Voilà une bien triste nouvelle. L’animal s’était
distingué, notamment, par plusieurs chansons « anti-contestataires » peu après Mai 68, qui lui avaient valu la dignité honorifique de « chanteur de droite ». C’est notamment avec la complainte «
Mes universités » ( 1971 ), qu’il avait exprimé sa réticence à l’égard du mouvement étudiant gauchiste : « Mes
universités / C'était pas Jussieu, c'était pas Censier, c'était pas Nanterre / Mes universités / C'était le pavé, le pavé de paris, le Paris de la guerre »On lui doit également le générique de la série tv « Les brigades du tigres » ( mais si, vous savez : « M’sieur Clémenceau, etc. »), ainsi qu’une interprétation inoubliable de la chanson « Monsieur William » de Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré. L’animal avait aussi été un acteur de Pierre Schoendoerffer…
Mini-bio :
L'interprète de "Mes Universités", chanson qui lui avait valu d'être catalogué à droite, avait joué pour la dernière fois au théâtre l'an passé dans "L'escale" de l'Autrichien Paul Hengge au La Bruyère à Paris. Son dernier film était "Là-haut" de Pierre Schoendoerffer en 2004. Enfin, il apparaissait dans la série télévisée "La commune", diffusée actuellement sur Canal+.
Outre "Mes Universités", sa chanson la plus connue, il avait notamment interprété "La complainte des apaches", générique de la série TV "Les brigades du Tigre" (musique de Claude Bolling).
Philippe Clay, né Philippe Mathevet le 7 mars 1927 à Paris, a commencé à chanter au lendemain de la guerre, après avoir remporté un concours amateur auquel l'avaient inscrit des copains au café "La colonne de la Bastille".
Avec pour tout bagage quelques leçons de comédie, il se lance dans la chanson. Mais sa carrière ne débute vraiment qu'en 1953, lorsqu'il rentre de trois ans en Afrique du Nord où, dit-il, "j'avais rodé un vrai répertoire avec quinze chansons". Il connaît son premier "tube" avec "Le noyé assassiné", chanson écrite pour lui par Charles Aznavour.
"Les voyous", "Festival d'Aubervilliers" et "Le danseur de Charleston" sont aussi des succès.
Philipe Clay promène sa longue - 1,90 m - et maigre silhouette dans les plus grands cabarets où il interprète Charles Aznavour, Claude Nougaro, Jean-Roger Caussimon, Boris Vian, Serge Gainsbourg, Jean Yanne, Léo Ferré, Jacques Datin, Jean-Claude Massoulier ou Bernard Dimey, qui sont ses amis.
Il sera balayé par la vague yéyé des années 60 mais il refait surface après Mai 68, avec quelques chansons anti-contestataires. "Mes Universités", qui oppose l'esprit de Mai 68 à celui de la Résistance, le situe clairement à droite, d'autant plus qu'il s'engage au RPR.
Pour lui, sa chanson a été "politisée". "Or +Mes Universités", c'est une chanson autobiographique. A 15 ans et demi, je suis parti me battre précisément contre le fascisme", souligne-t-il.
Artiste touche-à-tout, amateur de livres, de vieilles pierres et de bowling, Philippe Clay, marié et père d'un enfant, s'essaie également au cinéma et à la télévision, tournant dans une trentaine de films et de nombreux feuilletons et téléfilms.
Au cinéma, il est souvent abonné aux seconds rôles. Sa silhouette lui vaut cependant d'incarner Valentin le Désossé dans "French Cancan" de Jean Renoir (1955). Deux ans plus tard, il est Clopin Trouillefou, roi des voleurs, dans "Notre-Dame de Paris" de Jean Delannoy, au côté de Gina Lollobrigida et d'Anthony Quinn.
A la télévision, l'interprète de "La quarantaine" et de "Cigarettes, whisky et p'tites pépées" apparaît notamment dans le feuilleton "Le chevalier de Pardaillan" (1985), "Le Gerfaud" (1988) ou "La Grande Béké" (1998).
Mais c'est la scène qui, dit-il, lui procure "le plus de plaisir". Don Quichotte (1966), Monte-Christo (1975), "Le barbier de Séville" (1988), "L'aiglon" (1993) ou "Visites à Mister Green" (2001) témoignent de l'éclectisme et de la vitalité d'un artiste qui aimait cependant se dire d'"une fainéantise maladive".
(source de la bio : afp )
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Musique

Alors que l’Afghanistan est encore à feu et à sang, déchiré par des attentats quotidiens, le mythique cinéaste et romancier Pierre Schoendoerffer a rendu une visite de courtoisie aux « paras » français qui sont actuellement en opération sur place, dans le cadre de l’ISAF.
C’était un retour aux sources, pour le vieux « Crabe » après le film « La passe du diable » qu’il a réalisé sur place, avec Joseph Kessel, au milieu des années 50… Compte-rendu de cette visite et analyse.
(Texte publié initialement sur le blog de Jérôme Di Costanzo. )
par François-Xavier Ajavon (1)
Une information importante, et émouvante, est passée presque inaperçue. Il y a quelques semaines, au début du mois de septembre, le romancier et cinéaste Pierre Schoendoerffer, 79 ans, a accompagné un régiment de l’armée française opérant en Afghanistan. L’événement, a fait l’objet d’une longue dépêche AFP le 15 septembre dernier, intitulée : « Pierre Schoendoerffer à Kaboul 50 ans plus tard avec son ancien régiment »(2) mais elle n’a été reprise par aucun grand média. Puis le 8 novembre Schoendoerffer a signé dans le Figaro une belle tribune : « A Kaboul avec les paras du 1er RCP ». L’évènement n’a pas eu plus d’écho que cela : une dépêche et une tribune de presse. Etonnant. C’était pourtant comme un retour aux sources, un pèlerinage en terre Sainte, un exil au berceau, pour le célèbre réalisateur, membre de l’Institut. On semble souvent oublier que l’auteur du « Crabe Tambour » a débuté sa carrière, en fanfare, dans l’ombre de Joseph Kessel, en co-réalisant le film « La passe du diable » ( 1956 ), un long-métrage documentaire sur l’Afghanistan.
Inutile de souligner ici ce que cette visite en terre afghane peut avoir de particulièrement symbolique, cinquante ans après la sortie de ce film… si Schoendoerffer n’a pas changé ( à peine quelques rides… ), si son film n’a pas trop mal vieilli (3), le pays a connu bon nombre de bouleversements, d’innombrables crises, et d’incessants combats dans ce laps de temps. En cinquante ans de solitude le visage de l’Afghanistan s’est complètement métamorphosé. Triste métamorphose, qui a mis le pays à terre.
« La Passe du diable », dont le scénario et la narration sont signés Kessel, est un portrait vivant et percutant du peuple Afghan. C’est un documentaire « romancé », mêlant séquences « mises en scène », organisées, écrites, et séquences spontanées, prises sur le vif. Au cœur de ce portrait filmé d’un peuple, il y a le sport, éternel liant universel entre les hommes. « La passe du diable » décrit l’entraînement âpre et viril de cavaliers préparant le grand tournoi royal de bouzkachi, se tenant à Kaboul. Pratique sportive ancestrale, le bouzkachi oppose des cavaliers devant se saisir de la carcasse d’un bélier et la déposer dans une zone matérialisée au sol. Un jeu violent et authentique, plein d’histoire et de noblesse, bien loin d’un quelconque folklore pour touristes. Dans « La Passe du diable », Schoendoerffer filme surtout le destin tragique de deux frères, issus d’un village reculé d’Afghanistan : le grand frère, Mokkhi, un émérite cavalier, un « tchopendoz », préparant le tournoi de bouzkachi, et son petit frère, Rahim, rêvant de devenir lui-même un « tchopendoz » et rejoignant clandestinement la capitale pour assister à l’événement royal. Le destin faisant toujours mal les choses ( et l’Afghanistan semble être un théâtre idéal pour que les destins les plus tragiques s’accomplissent ), le petit Rahim meurt accidentellement sous les sabots du cheval de son frère, alors que ce dernier sort victorieux de la mêlée furieuse.
Cavaliers afghans
Accompagnant les hommes du 1er Régiment de chasseurs parachutistes ( opérant en Afghanistan dans le cadre de la Force Internationale d’assistance à la sécurité ISAF/Otan ), Schoendoerffer a évoqué sa nostalgie d’un pays jadis rayonnant et voluptueux, qu’il a connu au moment du tournage de ce film. Le Colonel Collet, commandant le 1er RCP, évoque sa rencontre avec le réalisateur : « Il nous a raconté un pays dont la culture était à l’époque encore très présente, très palpable. Ne serait-ce que dans les vestiges qu’il en restait un peu partout, mais qui malheureusement pour nous ont totalement disparu. » Que reste t-il de cette profondeur historique ? De cette épaisseur esthétique ? Plus grand-chose… Schoendoerffer fait référence au plateau du Bamiyan et aux bouddhas géants, taillés à flanc de montagne, détruits par les talibans en 2001. Dans le Figaro le cinéaste évoque le souvenir du patrimoine culturel afghan : « O la cuvette de Kaboul dans la poussière de sable rose ! Maymana au farouche cavalier tchopendoz du bouzkachi, Mazar-e Charif la sainte, Balkh, détruite comme Carthage, Kondôz, Faïzâbâd, les ruines de la ville rouge. Bamiyan, aux deux immenses bouddhas presque intacts. » (4) Un peuple qui détruit son patrimoine n’a plus aucun avenir. Et même Paris n’avait pas brûlé à la fin de la seconde guerre mondiale… L’Afghanistan n’aura mis que quelques années à s’autodétruire complètement, à s’automutiler jusqu’à la mort, à s’effacer de la carte géopolitique du monde.
« La passe du diable » est donc un témoignage saisissant sur un Afghanistan idéal, primitif, rural, et anti-moderne. En deux mots, le paysage onirique dans lequel Kessel et Schoendoerffer plongent les spectateurs relève de la mythologie. Et la mythologie d’un peuple en particulier, au-delà de la couche de folklore, de pittoresque, d’anecdotes inessentielles, de bavardages, révèle tout ce qu’il faut connaître d’universel sur l’homme. Les nobles cavaliers de la « Passe du diable » ont cette particularité de vivre avec une cruelle authenticité toute la palette des sentiments humains… ils vivent dans un monde où le sport est une puissante confrontation, ils vivent dans un monde où la douleur est une anti-chambre de la mort ; ils vivent dans un monde où l’honneur est un engagement absolu devant soi-même et les siens ; ils vivent dans un monde - sans profit - où la culture du clan n’offre pas d’alternatives ; ils vivent aussi, dans un monde où la liberté se traduit jusque dans les paysages. Ces cavaliers à la noblesse antique – descendants de Gengis Khan (5) - ne sont pas des surhommes dans l’esprit de Kessel, mais ce sont les visages radieux d’une anti-modernité enracinée.
Il y a une histoire d’amour entre Kessel et l’Afghanistan, une histoire passionnelle qui s’étirera sur quelques livres, de nombreux articles, et le film « La Passe du Diable ». Depuis son reportage « Le jeu du roi » ( récit de voyage de 1965 ), jusqu’aux « Cavaliers » ( 1967 : vaste épopée reprenant le thème du tournoi de bouzkachi ), en passant par plusieurs participations à des films documentaires, notamment pour la télévision, Kessel a souvent fait le portrait de ces hommes d’Asie centrale, qui le fascinaient tant.

Joseph Kessel ( à gauche )
La rencontre entre Schoendoerffer et Kessel relève aussi du roman : « C’est dans une fumerie de Kowloon que Schoendoerffer raconta à Kessel son expérience indochinoise, la guerre, la découverte du monde, la captivité, les tentatives d’évasion » rapporte Yves Courrière dans sa biographie de Kessel (6). C’est dans ce contexte que le jeune Schoendoerffer raconta au vieux « lion » que le livre « Fortune carrée » ( 1932 ) avait été une révélation pour lui. L’amitié entre les deux hommes était scellée. Le cinéaste écrit dans le Figaro : « Il y a plus d'un demi-siècle (…) je rencontre Joseph Kessel à Hongkong. Kessel, le géant, dont les livres (ah ! Fortune carrée) ont bouleversé mon adolescence - qui me bouleversent encore aujourd'hui. » (7)
Quand le projet de « La Passe du diable » mûrit dans l’esprit de Kessel, l’écrivain imposa alors son jeune ami en tant que metteur en scène. Le producteur Georges de Beauregard, alors âgé d’une trentaine d’années s’enthousiasma immédiatement pour ce projet de docu-fiction lyrique sur l’Afghanistan (8). Yves Courrière indique : « Kessel le connaissait à peine mais comme il savait rire et bien boire – qualités essentielles à ses yeux – il le jugea seul capable de l’aider à réaliser un documentaire pour lequel il avait déjà l’opérateur rêvé : Pierre Schoendoerffer » (9). L’aventure était pourtant risquée : le metteur en scène, Schoendoerffer, n’avait jamais réalisé de long-métrages et était issu du reportage d’actualité ; et le chef opérateur, Raoul Coutard, était un jeune photographe qui n’avait eu aucun contact physique avec une caméra… Schoendoerffer deviendra l’un des plus grands cinéastes de sa génération, et Raoul Coutard deviendra l’un des principaux « chef’op » de la « Nouvelle vague ». Le Centre national de la cinématographie française, co-financeur du projet, fut plus difficile à convaincre que Georges de Beauregard : Jacques Dupont, réalisateur diplômé de l’IDHEC fut greffé au projet, en gage de sérieux. Yves Courrière raconte la fête démentielle que Kessel offrit à l’équipe de son film, à la veille de son départ pour Kaboul : « Rien ne valait la vodka pour souder une équipe… et pour oublier l’angoisse (…) de l’interminable itinéraire emprunté par le Constellation d’Air India pour rallier New-Delhi par Genève, Athènes, Khartoum et Karachi » (10).
Le destin du film fut comme frappé par une malédiction : « Le résultat sera superbe… mais bien peu de cinéphiles auront le loisir d’en juger. Beauregard, en difficulté, avait cédé ses droits à une major company américaine qui avait épongé les dettes sans autre garantie. ‘La Passe du diable’ sortira, vierge de toute publicité, le 21 mai 1958, dans une seule salle des Champs-Elysées, et faute de spectateurs sera retirée de l’affiche au bout de quinze jours. » (11). Et Yves Courrière, biographe de Kessel, de chercher des explications logiques à cette désaffection du public : une France morne vivant la fin de la IV ème République, le vote de l’état d’urgence par l’Assemblée, la crise algérienne, etc… « La France se souciait plus des complots d’Alger que des splendeurs de l’Afghanistan » (12). Dix ans plus tard Kessel tenta de relancer le film, en organisant des projections au cinéma Publicis, mais l’immeuble du Drugstore Champs-Elysées fut détruit par les flammes peu de temps après. Une sorte de malédiction s’acharna donc sur ce film, qui reste encore à découvrir pour la plupart des amateurs de cinéma français (13)…
L’expérience cinématographique de Kessel et Schoendoerffer, dans « La Passe du diable », visait à « donner à voir » un pays tel que l’Afghanistan à travers le prisme de l’épopée humaine. A mille lieux des documentaires « ethnologiques » qui sont à présent légion sur tous nos écrans, et qui prétendent comprendre des groupes humains en les disséquant à travers un regard clinique, « La Passe du diable » ne prétend à rien d’autre qu’à saisir l’homme, l’homme éternel et universel derrière le masque du cavalier afghan. Antique cavalier afghan de fantasmes, occupé à ses violents combats de Bouzkachi, et ignorant le reste du monde, sans toutefois le mépriser.
Si l’histoire de l’Afghanistan ressemble à un cadavre exquis surréaliste, triste agrégat de maints épisodes syncopés, révolution et contre-révolution, république et monarchie, c’est en 1978, avec l’invasion du pays par les troupes soviétiques, que la région sombre dans le chaos. S’en suivront dix ans de guerre, qui épuiseront cette grande malade qu’était déjà l’URSS, et qui laisseront l’Afghanistan exsangue.
Evidemment la figure de Massoud, commandant de l’Alliance du nord, dont l’assassinat en 2001 marqua le début d’un cycle international de perturbations guerrières entre le monde arabe et l’occident, s’impose dans cette sombre histoire. Massoud l’Afghan. Massoud le résistant. Il n’est, cependant, que l’ombre de l’ombre des « cavaliers » de Kessel. Partageant leur noblesse, certes, mais partageant aussi la faiblesse et la médiocrité de notre temps. ( A t-on idée de se faire tuer par une caméra de télévision piégée ? N’est-ce pas là le destin d’une icône médiatique ?) Ce sont bientôt les talibans islamistes qui s’installent au pouvoir, et imposent aux populations leurs fanatiques dictats religieux et politiques. La suite est connue, elle est dans tous les livres : l’attentat contre les Twin-towers, et la libération de l’Afghanistan par les troupes US. Depuis le peuple est libre, mais la guerre civile fait rage… chaque semaine des dizaines de personnes sont tuées dans des attentats permanents, et le sentiment anti-occidental, tel un cancer, progresse incontestablement.
On comprend mieux le sentiment de désarroi de Schoendoerffer, revenant à Kaboul avec le 1er RCP. L’Afghanistan qu’il avait voulu montrer, avec Kessel, est aussi détruit que les grands Bouddhas des montagnes, aussi ravagé que les temples antiques réduits en poussière dans la vallée du Panshir… Si Schoendoerffer et Kessel évoquaient avec honnêteté les femmes musulmanes voilées, dans « La Passe du diable », et leur insupportable mise à l’écart de la société des hommes, ils étaient sans doute assez loin de s’imaginer les ravages qu’a pu faire l’islamisme, en quelques années, à un pays déjà terrassé par la guerre. Il faut peu de choses pour mettre fin au règne d’une aristocratie de « cavaliers » des montagnes… il faut bien peu de choses... un prophète suffit.
Ces cinquante ans de solitude font résonner en nous ce proverbe afghan : « Notre passé est sinistre, Notre présent est invivable, Heureusement, nous n'avons pas d'avenir. »
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Visuel en haut à gauche : affiche originale du film "La Passe du diable"
Notes
1 L’auteur a écrit, à propos de l’œuvre de Pierre Schoendoerfer, l’article : « Crabe Tambour : trouver l’homme au bout de l’océan » dans la Revue de Défense Nationale, de décembre 2007.
2 Ecrite par Béatrice Khadige.
3 A l’image de toute la première partie de son œuvre, dont le remarquable et méconnu « Pêcheur d’Islande », 1958.
4 Pierre Schoendoerffer « A Kaboul avec les paras du 1er RCP », Le Figaro, 8 novembre 2007
5 A propos de son film Kessel écrira dans France Soir le reportage titré avec espièglerie : « J’ai fait tourner les fils de Gengis Khan » ( France Soir, du 3 au 19 décembre 1957 ).
6 Yves Courrière, Joseph Kessel ou Sur la piste du lion, Plon, p. 704.
7 Ibid.
8 Georges de Beauregard produira ensuite la quasi-totalité des films de Pierre Schoendoerffer, dont quelques grands succès dont « 317ème Section », « Le Crabe Tambour » et « Dien Bien Phu ».
9 Ibid. p. 710
10 Ibid. p. 712.
11 Ibid. p. 740
12 Ibid.
13 Il a été rendu accessible au grand public par le site de Video on demand de MK2 : www.mk2vod.com
par Apocoloquintose
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Cinéma


