F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.






 

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Mardi 7 novembre 2006
Un article de la dernière livraison de « La Recherche » ( n°402 de novembre 2006 ) nous révèle que le nucléaire, c’est FANTASTIQUE… en effet, cet article fait le point sur de récentes études révélant que l’uranium est actif sur le corps humain, même à très faible dose. Dans ce papier, co-écrit par MM. Souidi, Lestaevel et Guéguen, de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, on apprend que l’uranium est bon pour les rêves….  et oui, les REVES…

 

Le rêve occidental...


Et cela en dit long sur la volonté du président iranien de faire prospérer les petites centrales sur le sol de son pays… en fait, il s’emmerde…

« L’uranium perturbe le sommeil, en augmentant la durée du rêve. Les état de sommeil et d’éveil sont identifiables par l’activité électrique cérébrale. L’amplitude et la fréquence des ondes cérébrales, en variant au cours de la journée, permettent de distinguer plusieurs stades : un état d’éveil, un stade de sommeil lent et un stade de sommeil paradoxal, correspondant  au rêve. Ces trois stades peuvent être quantifiés chez le rongeur. Après contamination à l’uranium, le sommeil lent n’est pas modifié. En revanche, la quantité  de sommeil paradoxal augmente de 38% par rapport au sommeil des animaux non contaminés. » ( p. 58 )


Alors, de quoi se plaignent les anti-nucléaires ? L’uranium, c’est le rêve…



Une demi-douzaine d'activistes anti-plutonium, qui ne savent pas ce qu'ils font, sous la pluie...

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- Par Apocoloquintose - Voir les 0 commentaires
Publié dans : apocoloquintose-and-co
Samedi 4 novembre 2006
Le blog CGB attire notre attention sur le très beau dessin que Jérôme Presti a réalisé en hommage à l’écrivain Philippe Muray, disparu cette année.

 


 

Muray, seul.

 

 

Voilà le site de l’illustrateur Presti – un fan de Muray.


Notez que Muray avait enregistré quelques uns de ses poèmes – sur fond musical easy-listening. On en trouve des extraits sur son site officiel.

 

On se délectera, pour finir, de ce texte court, extrait d’Exorcismes spirituels III.

 


Muray, en face.

REBELLE ET TAIS-TOI

Par Philippe Muray

Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui. Oui à Delanoël. Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.


Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.


Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes. Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe. Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent. Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ».


 


Rando-Roller à Paris : image du bien moderne "festif" ?


Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries. Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants). Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance.


Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »


Le rebelle à roulettes descend et il croit qu’il bouge. C’est pour ça qu’il est entré dès son plus jeune âge dans la secte des Avançistes du Septième Jour. À Paris, il a voté Delanoël, rebelle d’Hôtel de Ville. Car, comme ce dernier, il est contre le désordre. À fond. « Nous sommes les candidats de l’ordre », avait d’ailleurs proclamé le Delanoël dans son dernier meeting de campagne.


Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes.

Exorcismes spirituels III


- Par Apocoloquintose - Voir les 1 commentaires
Publié dans : apocoloquintose-and-co
Samedi 4 novembre 2006

L’anniversaire des émeutes d’octobre-novembre 2005 est bien morose. C’est triste et gris. On pense un peu à la « September song » du grand Kurt Weill… «Oh, it's a long, long while from May to December… » Certes, on brûle des autobus entre potes ( parce que – grrrr ! - vraiment les autobus c’est anti-républicain et post-colonial ), on caillasse du flic ( ces scélérats qui passent leurs journées à sacrifier des gentils bad-boys dans des transfos EDF payés par nos impôts ! ), on a la nostalgie des électrocutés de Clichy, on a le blues quoi… mais si on est tristounet c’est parce qu’il manque encore un élément à la fête : le sociologue…

 

Le sociologue Pierre Bourdieu, revu et corrigé par mes soins, grâce au Moustachotron de Nanarland.com

 

Eh oui… le sociologue… Ah la belle invention universitaire que le sociologue. C’est un type qui arrive, toujours propre sur lui, sur les plateaux de TV pour nous donner des explications du genre : « Ces jeunes gens farceurs et facétieux ont peut-être mutilé à vie une jeune étudiante de vingt ans en incendiant un bus, mais c’était pour exprimer un malaise social parfaitement compréhensible… c’était pour se défendre face à la société qui est une vraie putain, et c’était aussi pour dire exaspération face à l’honteuzzze discriiiimination qui frappe les jeunes des cités. Notez bien que je ne cautionne pas les actes de barbarie dans les quartiers chauds, mais je demande un moratoire… » Des phrases comme ça… avec inscrit « CNRS », par exemple, sous leur nom, ça en jette, ça rassure l’électeur de gauche, ça berce l’élu local divers-droite, ça fait bander les journalistes de province…

Symbole phallique, extérieur jour, position couché sur le dos.

 

Parfois ils disent aussi – quand le sociologue est de genre féminin - des choses du genre : « Ah mais si ces jeunes-gens sympathiques incendient des voitures, c’est parce que les autos sont les symboles phalliques d’une société misogyne vouée à la consommation ultra-libérale à outrance… » En attendant les prolos iront bosser en autobus, quand ceux-ci ne brûlent pas… « S’ils brûlent des écoles c’est pour signifier leur refus d’un système scolaire injuste qui les relègue sur des voies de garage… et ne fait pas la part belle à l’histoire de leurs peuples dans les manuels scolaires… » Ah Ah Ah… toujours sympa d’avoir un sociologue dans son poste de TV…  c’est fun !


L'urbanisme désastreux des banlieues françaises

Alors, mes chers sociologues-de-service ! Alors mes petits poussins….  Allez les gars ! Allez les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup ! C’est une date anniversaire, l’heure est grave ! Où êtes-vous, preux firemen de la société… défenseurs des minorités-dans-les-minorités, apôtres de la bienveillante suspension du jugement moral à l’encontre des pires salopards en circulation, chantres ( chancres ? ) de la coexistence pacifique dans la monstruosité et le caca.


J’ai repensé à vous en lisant Le Temps, quotidien genevois… Le dessinateur de presse Chappatte résumait le french paradox par ce petit cartoon irrésistible… En effet, qui appeler en premier après l’incendie criminel d’un bus : les pompiers ou les sociologues ?

 

 

"Les sociologues vont arriver d'une minute à l'autre". Chappatte dans Le Temps de Genève.

 

J’en profite pour re-publier ici l’article que le journal Le Monde avait passé vers la fin des émeutes de banlieue, en novembre 2005 : « Adeptes de la causalité flasque », dans lequel j’épinglais la fascination médiatique généralisée pour ces drôles de petits scientifiques qui donnent des causes claires, précises et acceptables à toutes les saloperies du moment… en voici la version complète, avant publication par le fameux quotidien du soir, qui – d’ailleurs - n’a fait que des coupes anecdotiques.

 

Adeptes de la causalité flasque.

( 17 novembre 2005 – Le Monde )

Par François-Xavier Ajavon

 

Depuis le début des « événements » en France les médias semblent redécouvrir avec une curiosité candide et un plaisir perceptible les explications que les sociologues peuvent apporter aux crises de notre société et aux vagues-à-l’âme fluctuants de nos contemporains. On se souvient déjà de la sur-médiatisation de Pierre Bourdieu à l’occasion des grandes grèves de 1995, qui avait ouvert la brèche à ce discours d’expertise, qui semblait alors détenir des clés de compréhension pour tous les maux de la terre. Les médias ont visiblement cédé à la même facilité dans le traitement des émeutes qui frappent aujourd’hui les banlieues : pas un jour sans intervention de cette « voix » sociologique, souvent très politisée, dans le concert des déplorations, entre l’élu local, le médiateur, la responsable associative, le grand-frère anonyme et le petit-frère flouté. Mais le sociologue a t-il de vrais clés explicatives sur les événements ? « D’où » parle t-il en règle général ? Son expertise est-elle vraiment neutre ? Les journalistes n’ont-ils pas tendance à lui emprunter son outillage conceptuel ?

 

La « causalité » est l’un de ces outils. Le principe de causalité est l’un des axiomes fondamentaux de pensée rationnelle. Rien n’advient sans cause ou raison déterminante : par exemple l’eau bout car sa température est arrivée à 100° c. Les sociologues, questionnés sur un certain nombre de phénomènes de violence urbaine ( déprédations diverses, attaques d’écoles, incendies de voitures ), et même parfois sommés de répondre par le jeu de l’impatience médiatique, fournissent tout un ensemble d’explications causales, tout un jeu de chaîne déterminante qui aboutirait logiquement à ces faits. Chacun le fait bien-entendu depuis le champ de sa spécialité sociologique. Jean-Marc Stébé ( Le Monde 11/11/2005 ) estime que le « terreau » de la crise est l’abandon par Jean-Louis Borloo de médiation dans les quartiers. Fabien Jobart ( L’Humanité 12/11/ 2005 ) incrimine la police qui « cristallise » à ses yeux la discrimination ; même si Gérard Mauger dans la même édition du quotidien communiste souligne l’hétérogénéité de la « banlieue » il n’en souligne pas moins que tous ces jeunes sont « solidaires » face à une « ségrégation de classe ». Et c’est là occulter la cohorte des sociologues qui accusent dans le désordre Sarkozy, les séquelles du colonialisme, l’urbanisme des 70’s, et la pensée libérale. Un article non-signé ( Le Monde 5/11/2005 « Un petit Mai 68 des banlieues » ) appelait même à la transformation possible de ces jeunes d’« objets d’étude sociologique » en « citoyens ». 

 

Et si tout le problème était précisément là… à trop vouloir les considérer comme un groupe homogène ne passons-nous pas à côté de ce qu’ils sont véritablement, des individus avec un libre-arbitre, la maîtrise de leurs choix et de leurs actions. Et par-là même, au-delà de droits, avec des devoirs et des responsabilités ? Les « sciences humaines », dans leur explication des violences urbaines ne passent-elles pas à côté de l’homme ?

 

Deux problèmes se posent au fond : la causalité des sociologues est une « causalité flasque », car elle est toujours simplificatrice et souvent irrespectueuse de l’impératif épistémologique de vérité. Les phénomènes de violence urbaine relèvent en réalité d’une logique multi-causale  complexe, qui dissout mécaniquement les responsabilités entre les acteurs impliqués. A l’inverse de ce que défendent certains sociologues récemment médiatisés ( dont le discours a été simplifié par le filtre médiatique j’en conviens ) la responsabilité de cette flambée de violence ne peut être précisément déterminée par un facteur unique ( qui relèverait de la politique ). Les jeunes concernés ont d’ailleurs été rapidement ramenés à la réalité des faits lorsque certains d’entre eux ont été jugés devant les tribunaux : c’est leurs actes individuels qui étaient jugés, leur volonté libre, et non la main invisible de la ségrégation sociale et du « malaise des banlieues » tenant le cocktail Molotov. Ensuite à trop développer ces discours psychologiques et sociologiques sur l’actualité ( dissolvant la volonté individuelle et libre respectivement derrière l’inconscient et la société ) nous prenons un risque évident de passer à côté de l’humain dans toute la richesse de son individualité.


Galilée : faut-il sauver les phénomènes ?

La sociologie : sport de combat comme disait malicieusement le grand Bourdieu, ou bien « sport national » chez ses petits épigones ? Le problème de la prédominance de ce discours sociologique-explicatif dans les médias est de première importance car il a tendance à déteindre sur les journalistes eux-même et à transformer certains reportages en une vulgate sociologique compassionnelle, moralisante, emprunte de bons sentiments et d’un paternalisme insupportable. Nous devons nous demander à la manière de Galilée étudiant le système copernicien : ce dernier est-il vrai ou ne fait-il que « sauver les phénomènes » ? Les sociologues détiennent-ils la vérité sur les événements ou bien tout en sauvant simplement les phénomènes nous passent-ils un baume médiatique apaisant et bien-pensant qui offre un angle ( partiel et partial ) sur ces événements ?


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Publié dans : polemique pure
Jeudi 2 novembre 2006

L’écrivain américain William Styron est mort hier, le jour de la Toussaint, fête des morts, fêtes des Saints, Halloween, fête des fleuristes, et tutti-quanti ! Merde ! 81 ans c'est toujours trop jeune pour un mec qui a du talent... Le romancier mondialement connu pour le très bon  best-seller Le choix de Sophie ( adapté au cinéma dans les années 80 ), a laissé une œuvre plutôt dense et complexe, qu’il reste encore à explorer.


Son petit essai Face aux ténèbres ( Darkness visible, 1990 ), décrivant plusieurs phases de son état dépressif, restera certainement comme l’un de ses textes les plus originaux. Le ton « faulknerien » de son premier texte Sur un lit de ténèbres ( Lie down in darkness, 1951 ), rappelant par bien des aspects Tandis que j’agonise, est un livre à lire également au plus vite.



William Styron, écrivain américain.


Dans sa nécrologie pour Le Monde, Josyane Savigneau rapporte un petit détail tragi-comique sur la fin de la vie de l’écrivain – elle rapporte les propos de Styron : « Je voulais téléphoner à mon éditeur. Au standard, j'ai demandé à lui parler, en disant c'est William Styron. Après un bref silence, on m'a dit 'Pouvez-vous épeler votre nom ?' »


Pour info :

A l’occasion de ce décès le magazine Lire met à disposition une interview de l’écrivain avec Claude Servan-Schreiber, datant de 1984.

Par ailleurs la BBC donne accès à plusieurs courtes interviews audio de l’écrivain, en anglais, datant de 1991; ainsi qu'à une vidéo.





William Styron et son reflet.


Eh, Bill, tu me laisses une partie de ton ombre ?

 

 

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Publié dans : philosophie
Mercredi 1 novembre 2006



Michel Houellebecq soutient une cabine téléphonique allemande

 

John B. Root, l’un des réalisateurs porno les plus doués de sa génération, à qui nous devons notamment les longs métrages French Beauty et Une nuit au bordel, a récemment raconté sur son excellent blog, Inkorrekt, sa rencontre avec l’écrivain Michel Houellebecq.


Esthète du sexe et « intello » du métier, B. Root, de son vrai nom Jean Guilloré, a mené plusieurs vies : auteurs de livres pour enfants, JRI pour Thalassa, journaliste, etc. et sa rencontre avec Houellebecq, passionné à la fois par le cinéma et par la question de la représentation du sexe ( par les images ou les mots ), n’avait rien d’étonnant…

 


John B. Root, alias Jean Guilloré, (à gauche)  dans ses oeuvres


 

Voilà comment le photographe rapporte sa rencontre avec l’écrivain :

 

Je lui avais écrit une lettre d'admiration, après la sortie de "Plateforme" pour lui dire tout le bien que je pensais de lui et pour l'inviter à la projection de French Beauty. Il n'est pas venu à la projection mais il a vu le film en VHS, je crois. Ensuite, assez régulièrement, il m'a envoyé des cartes postales. "Bonjour, je suis dans le Sud de l'Espagne." C'était mignon.

Un jour, il m'a fait parvenir le scénario des "Particules élémentaires" qu'il avait pondu, je crois, avec Philippe Harel, en me demandant de le lire. Une semaine plus tard, il frappe à la porte du bureau. c'était un samedi, je crois et j'y étais seul. Grand silence entre nous. "Que penses-tu de mes films, Michel?" Silence. "Euh. Il y a beaucoup de sexe dedans." Silence.

 

Neige, l'une des charmantes égéries dénudées de B. Root.

 

"Que penses-tu de mon scénario, John?" "Je ne l'aime pas". "Ah". Silence. Je lui dis que je trouve le scénario inférieur au livre et qu'il y manque le désespoir qui donne le vertige métaphysique final. Je lui reproche d'avoir trop mis en avant les galipettes d'échangistes petit-bourgeois, le marivaudage et d'avoir, finalement, pondu un scénario pour lectrices de magazines féminins. Il rit et me dit qu'il aime beaucoup les magazines féminins. Ah. Silence.

 

Je m'attends vaguement à ce qu'il me propose quelque chose. De l'aider à une ré-écriture, de lui proposer un projet, de lui montrer des trucs... Il ne demande rien. Il regarde les murs. Le silence pèse des tonnes. Je lui demande ce qu'il fait de son temps, maintenant qu'il est riche. Il me dit qu'il vient de passer quelques mois dans le sud de l'Espagne à jouer à la balle avec son chien et que c'était bien. Ah. Et qu'il a lu tout Mauriac et que c'était bien aussi. "Tu as lu Mauriac, John?" J'avoue que non. Silence. "C'est bien, Mauriac."




François Mauriac, l'une des égéries de Houellebecq

 

On sort boire une bière, puis une seconde au rade en face. Peu de mots, pas d'échange ou si peu. On se dit au revoir. Je ne l'ai jamais revu. Pas non plus reçu de nouvelle carte postale. Au total, on a bien du passer trois heures ensemble. Je crois qu'il s'est ennuyé à mon contact. Que je l'ai déçu. Je ne sais pas à quoi il s'attendait.


Ce qui est amusant, c'est que j'ai retrouvé plein d'éléments de notre conversation dans son dernier bouquin "la possibilité d'une île" : le Sud de l'Espagne, la solitude avec le chien sur la plage, les magazines féminins, les trajets en voiture, les problèmes d'adaptation cinématographiques. Je me suis demandé, ensuite, si on avait parlé de ça parce qu'il était en train d'écrire et qu'il avait ça en tête ou si notre conversation l'a mis sur une voie... Je saurai jamais.

 

Source : Inkorrekt ( le 8 septembre 2006 )

Merci à John B. Root de m'avoir autorisé à reproduire son texte ici !

 

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