Dans la série « Les livres que vous n'avez pas lu ».
Louis-Joseph-Marie Robert, Essai sur la mégalanthropogénésie, ou l'Art de faire des enfants d'esprit, qui deviennent des grands hommes ; suivi des traits physiognomoniques propres à les faire reconnaître, décrits par Lavater, et du meilleur mode de génération, Paris, 1801.
Vers le surhomme napoléonien ?
Le Dr. Robert s'inscrit dans la « préhistoire » de l'eugénisme, et proposait dans ce livre introuvable une méthode pour produire - ni plus ni moins - que des « grands hommes » - concept au succès européen incontestable au début du XIX ème siècle, notamment via les analyses de Hegel sur l'histoire.
Dans son coin, le p'tit Doc. Robert défend une théorie sélective intransigeante visant à développer dans la société les « grands hommes » qui sauront prendre en main la toute jeune France démocratique d'après la Révolution de 1789, la toute jeune France napoléonienne...
Extraits...
Si les sciences et les beaux arts font la gloire et le bonheur des sociétés, quoi qu'en ait dit un grand philosophe, l'état le plus florissant sera toujours celui qui, comme la France, pourra joindre aux richesses d'une abondante population, le secret vraiment admirable et jusqu'ici inconnu, de créer des grands-hommes à volonté. C'est une vérité pour moi démontrée, qu'il n'est pas plus difficile d'avoir des enfants d'esprit, que d'avoir un cheval arabe, un basset à jambe torse, ou un serin de race. Les esprit superficiels et mon siècle m'appeleront peut-être un fou, mais je n'ambitionne recueillir dans la postérité que la voix du sage.
L'expérience et l'anatomie nous apprennent que non seulement les enfants héritent des passions de leurs parents, mais encore qu'ils en empruntent la charpente osseuse. « La matière, dit Aristote, prend dans la génération une forme semblable à celle des individus qui la fournissent » ; et les vieillards décrépits qui engendrent, ont, au rapport de Buffon, moins de part que les autres hommes à leur propre production ; et de là vient aussi que de jeunes personnes qu'on marie avec ces vieillards difformes, produisent souvent des monstres, des enfants contrefaits, plus défectueux encore que leur père. Dans l'économie rurale, ne voit-on pas tous les jours le preuve de cette vérité ? Sur quoi est fondée la pratique des haras ? N'est-ce pas sur la perpétuité des races pures ? « N'aide t-on pas la nature, disait, il y a plus de deux mille ans, Platon, lorsqu'on accouple de beaux étalons avec de superbes cavalles, et si l'on ne choisit pas ce que l'on a de meilleur dans les écuries, peut-on avoir autre chose que des haras détestables ».
Chevaux limousins, et écuyères de circonstance
Un cheval d'Arles ne produira jamais un limousin, ni un bidet de corse un normand. Il en est de même pour l'espèce humaine : on sait que les plus beaux couples, et les plus parfaits à tous égards, donnent à l'état une postérité mieux conditionnée de corps et d'esprit. C'est toujours sur le même principe qu'est fondée la naturalisation de ces fameux troupeaux espagnols, qui, quoique transportés sous des climats divers, conservent toujours le type de leur origine et de leur race primitive. N'est-ce pas sur l'hérédité des qualités paternelles dans le faucon et le limier, que le chasseur fonde son art, établit ses jouissances et varie ses plaisirs. Eh bien ! je le répète, les mêmes lois régissent l'homme dans son économie ; il se reproduit par copulation et engendre, comme tous les autres animaux, par la transmission de ses particules organiques : pourquoi donc le germe des vertus et des talents ne serait-il pas aussi chez lui héréditaire ?
L'histoire journalière des sociétés humaines nous apprend que les vices se transmettent dans les familles. L'amour des femmes et du vin, la passion du jeu se propagent de père en fils. Eh bien ! si la folie est héréditaire, pourquoi la raison ne le serait-elle pas aussi ? Si un idiot, atteint de crétinisme, n'engendre, suivant toutes les lois de la nature, qu'un idiot, un homme de génie ne doit avoir que des enfants d'esprit. Mais pourquoi, me dira t-on, les grands-hommes sont-ils donc si rares ? Pourquoi un père illustre laisse t-il le plus souvent un fils ignoré ? C'est que jusqu'ici on a ignoré le secret de la Mégalanthropogénésie ; c'est qu'on a négligé d'observer ce qui se passe dans la nature, et de voir le mécanisme de la génération ; et il en est résulté que les grands-hommes « n'ont été jusqu'à ce jour, suivant Helvétius, que l'ouvrage d'un concours aveugle d'heureuses circonstances ».
Les mariages mégalantropogénésiques sont donc l'unique moyen de pouvoir conserver la race pure des grands-hommes, et de la perpétuer de siècle en siècle. Mariez un homme d'esprit avec une femme d'esprit, et vous aurez des hommes de génie.
Napoléon Bonaparte, "imperator"...
La dégénérescence des races se fait toujours par les femelles, suivant Buffon ; et ce principe reconnu, il est aisé de concevoir pourquoi Louis Racine est si fort au-dessous de Jean. Catherine Romanet, épouse du grand Racine, n'avait jamais connu, ni par la représentation, ni par la lecture, les pièces qui ont immortalisé son mari. D'après une telle rouille dans les organes cérébraux de Catherine, on ne peut nier que la dégénérescence de la race ne se soit faite ici par la femelle?
La dégénérescence de la race par la femelle? Mmmm....
La plupart des grands-hommes ont été célibataires ou livrés à des caprices bizares ; presque tous ont recherché dans leurs épouses plutôt les vertus du coeur que les talents de l?esprit ; ils ont semé, pour ainsi dire, des terres ingrates et stériles ; le germe de l'imagination n'a pu lever au milieu des ronces de l'ignorance, et quelque excellent caractère qu'ait eu Thérèse, elle ne pouvait produire que des enfants indignes de Jean-Jacques. Peut-être est-ce à cette considération que Rousseau ? Mais le doux nom de père aurait été sacré pour lui, et la voix de la nature devait lui crier plus fort que les préjugés de la raison.
Je crois avoir démontré jusqu'à l'évidence la vérité de mon système : tout être qui pense doit en désirer l'execution. Voilà sans doute un de ces projets qui sont vraiment utiles, et qu'un génie tel que Bonaparte, né pour opérer des merveilles, ne laissera pas échapper. Si la boussole ouvrit à l'homme le chemin de l'univers, et lui en applanit la route, la Mégalanthropogénésie ouvrira au savant le labyrinthe de la nature ; ses secrets lui seront dévoilés, et la puissance créée ( témoin déjà les nouveaux phénomènes de la chimie ) atteindra peut-être un jour le pouvoir créateur.
Un grand jury national, présidé par le premier consul, pronconcerait, le premier jour complémentaire, sur la sortie des élèves de l'Athénée, qui auraient achevé leur éducation, et désignerait les places qu'ils devraient occuper.
Tous les ans, à la fête de la République, le premier consul donnerait une récompense nationale aux six éleves de chaque Athénée, qui se seraient le plus distingués dans le cours de leurs études, et ce serait ce jour-là que l'on célèbrerait les mariages mégalanthropogéniques. Bientôt la fête du premier vendémiaire deviendrait aussi célèbre que celle des jeux olympiques de l'ancienne Grèce ; le monde savant accourerait à cette cérémonie, et contemplerait avec admiration des couples fortunés, destinés à devenir le foyer des connaissances et des lumières qui doivent éclairer un jour l'univers.(...)
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