Soyons sérieux. Mme Marteau a donc écrit un article de deux pages pour dénoncer la dangereuse droitisation du plus sexy des couples rock « trash » des années 80... le surtitre est évocateur : « Ils pensent comme Dantec, ils admirent Bruckner, ils adorent Sarkozy... » Ouh la la... Dantec, Bruckner, Sarkozy... Ouh la la... La présentation des Rita en tant que « quinquas trash » en dit long, également. Des quinquas... des vieux cons quoi ! Ca sent le procès stalinien, la mise au pilori, l’émasculation, la mastectomie, la remise à plat des acquis culturels, l’exécution publique.
Pour ceux qui auraient raté un épisode, petit rappel des faits : à l’occasion de la sortie de leur nouvel (et remarquable) album Variéty, en mai dernier, les Rita Mitsouko ont été entraînés dans l’habituel vortex communicationnel de la promotion. A cette occasion ils se sont exprimés à plusieurs reprises sur des sujets périphériques à la musique, notamment dans les pages du Parisien où ils ont apporté leur soutien discret à Nicolas Sarkozy : « On espère que cette société va se débloquer après des rêves socialo-communistes qui l’ont gangrenée. » Fred Chichin a même été plus loin dans Télérama sur le thème de l’anticommunisme : « Tout jeune, j’étais confronté à une contradiction flagrante : mon père était un communiste fou de westerns, mais, à cause de ses convictions, il voyait les westerns en cachette. Parce qu’officiellement il fallait détester le western américain, pur produit de l’idéologie impérialiste US. (...) J’ai appris le nihilisme et cette culture de se construire dans la haine de ce que l’on est. Tout ce qui n’était pas blanc était formidable, tout ce qui était blanc était mal. » Sur le rap, le guitariste des Rita n’hésite pas à déclarer : « Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité... Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme antiblancs, antioccidental, antifemmes... C’est affreux. » Voilà, en gros, les objets du délit. La dénonciation de la persistance de l’idéologie communiste en France, sur fond d’histoire personnelle, et la critique musclée d’un genre musical parfois agressif.
Cela n’empêche pas Mme Marteau, de Marianne, d’instruire un authentique procès inquisitoire. On aimerait bien la rencontrer en vrai cette jolie petite fiancée idéale de Bernardo Gui. On aimerait l’entendre chanter quelque chose sur scène... Elle répète à longueur d’article que les Rita Mitsouko ont de la « haine » à cracher (référence inévitable à leur tube des années 90, Y’ a de la haine !), qu’ils sont racistes, intolérants, agressifs, inactuels, dingues, dangereux, etc. Halftime sociologue de bazar, Mme Marteau estime que le parcours des gens fabrique strictement leurs engagements politiques, elle estime que nous sommes tous déterminés par le milieu dans lequel nous avons grandi et par les parents qui nous ont faits : « Aux yeux de tous, ce groupe emblématique des années Mitterrand ne pouvait qu’être de gauche. Tout dans leur histoire, leur milieu, leurs combats semblait l’indiquer. Fred Chichin a grandi à l’ombre des tours d’Aubervilliers, élevé par des parents communistes. Son père, critique de cinéma, a été exclu du Parti en 1967 pour maoïsme. Catherine Ringer, elle, est la fille d’un peintre juif polonais qui a survécu à la déportation. » Le fils d’un communiste et la fille d’un artiste peintre ne pouvaient donc donner que des gens de gauche, de purs humanistes, progressistes, confiants en l’avenir radieux, optimiste en la vie et les hommes...

Le couple infernal domine le quartier.
On avait pensé à : "Deux blancs sur le zinc", mais - vu le contexte - on a renoncé.
Stéphanie Marteau ne supporte pas que le groupe, engagé dans tous les combats médiatiques de la gauche durant les années 80-90, ait changé de bord : « ...la Ringer, diva punk exubérante, et son mari, guitariste destroy et surdoué, étaient de tous les combats de gauche. Devant 100 000 personnes place de la Bastille, en 1986, avec SOS Racisme. Avec Jacques Higelin et leur copine Josiane Balasko pour une soirée organisée par le DAL en 1993 dans un immeuble inoccupé de l’avenue René-Coty, pour empêcher l’expulsion de familles sans logis. » La journaliste donne ensuite des gages documentés de la monstruosité des Rita Mitsouko.
En se reposant sur le témoignage (soumis à caution - car passablement haineux) du frère de Fred Chichin, Fabrice, elle indique que le couple aurait refusé d’héberger un sans-papiers... scandale ! Fred et Catherine n’ont pas voulu accueillir un type innocent, sauvagement pourchassé par les hordes policières françaises à la solde d’un Etat négrier et impérialiste... Quel scandale !
Le second gage de la monstruosité des Rita Mitsouko est qu’ils n’ont pas accepté que la prestation scénique qu’ils ont offerte au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti), soit reprise sur le DVD édité par l’association. La journaliste recueille le témoignage de Stéphane Maugendre, vice-président de l’association : « Les Rita sont les seuls à avoir refusé que leur prestation soit reprise sur le DVD réalisé par l’association. » Quel scandale ! Vouloir garder un droit de regard sur l’exploitation de son image et de ses œuvres est certainement mal vu dans certains milieux...
Le troisième gage de la monstruosité des Rita Mitsouko est donné par un « proche » anonyme du couple, qui déclare : « Ils ont très peur de la montée de l’intégrisme musulman, confie un proche. Depuis les attentats du 11 Septembre (2001), c’est un sujet qui les hante, qui les angoisse beaucoup, surtout Fred. » Frappé du sceau de l’anonymat ce témoignage est instructif... D’abord il semble nécessaire de rappeler aux lecteurs de Marianne que le « 11 Septembre » est un événement qui s’est passé en 2001. Ensuite il est scandaleux, semble-t-il, pour un guitariste, de s’inquiéter de la montée des intégrismes religieux...
Le quatrième gage de la monstruosité des Rita Mitsouko est leur intérêt pour l’œuvre de l’essayiste Pascal Bruckner (qui a notamment - ô infamie ! - défendu l’intervention militaire américaine en Irak).
Le cinquième gage de la monstruosité des Rita Mitsouko est leur intérêt pour l’œuvre du romancier Maurice G. Dantec : « Comme leur copain, le romancier Maurice Dantec, qu’ils vont parfois voir au Canada quand ce n’est pas lui qui leur rend visite à Paris, ils redoutent une guerre civile en France. »

Glam, glam, glam, glam...
Paranos et droitisants, donc, les Rita ? Je fais le point : il m’arrive de lire Dantec, je suis un lecteur occasionnel de Bruckner (qui ne me déplaît pas du tout quand il s’exprime dans mon téléviseur secam couleur), je n’ai pas de « sans-papiers » sous la main, et je ne goûte pas particulièrement au rap... Je vis dangereusement... ?
Le sixième gage de la monstruosité des Rita Mitsouko est que le site Occidentalis a repris en ligne certaines de leurs interviews. Diable ! Les Rita seraient donc responsables des récupérations et reprises « extrémistes » de leurs propos... Où va-t-on ?
Pour finir, la critique de cette « dérive » politique des Rita Mitsuko est cautionnée, dans cet article, par le témoignage d’un ancien employé de Virgin, Thierry Planel, dont on ne sait pas très bien s’il fut vendeur à mi-temps au rayon world music des Champs ou directeur artistique : « Leur intransigeance artistique s’est transformée en intolérance politique. » On craint pour les prochaines productions de David Bowie ou de « Love-Symbol »-Prince... si l’intransigeance est un signe d’abomination droitisante... Ziggy Stardust et le kid de Minneapolis vont-ils virer fascistes ?
C’est pas très rock’n’roll tout ça... Baby, j’sens comme un vide... remets-moi Johnny Kidd ! C’est même un joli tissu d’âneries tout ça. On n’a pas peur de cracher au visage de l’un des meilleurs groupes français, de dévaloriser leurs créations, de s’asseoir sur leur patrimoine, pour la seule raison qu’ils seraient devenus « de droite »... On en oublierait même que le couple le plus glam de la scène rock française est au centre du film Soigne ta droite de Jean-Luc Godard...
Et si on laissait les gens s’exprimer librement ? Et si on s’astreignait, dans la presse, à juger les artistes sur pièces ? Si on s’astreignait à ne juger les artistes que sur leurs œuvres ?
Et si on admettait que les créatifs peuvent aussi avoir des opinions conservatrices ?
Pourquoi pas ?
Hein ?
* *
Par François-Xavier Ajavon
Une grève reconductible commence mardi soir dans les transports publics. Les universités françaises sont à nouveau bloquées par des étudiants minoritaires opposés à la « loi Pécresse ». Tout est en place, la grève peut commencer… Mais qu’est-ce donc que la grève ? Voici quelques notes sur la grève…
Dans l’ancienne France le mot « grève » avait du panache, il avait de la profondeur, il avait de la cuisse. Certains de nos plus grands poètes n’hésitaient pas à l’employer ouvertement, tel Victor Hugo dans une évocation échevelée de l’océan : « Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve / Sont morts en attendant tous les jours sur la grève / Ceux qui ne sont pas revenus ! », ou bien Paul Verlaine : « J'ai vu passer dans mon rêve / Tel l'ouragan sur la grève / D'une main tenant un glaive / Et de l'autre un sablier / Ce cavalier… ». A cette époque on n’hésitait pas à faire rimer grève avec rêve. La grève était une plage, un petit banc de sable… On y regardait volontiers les jolies baigneuses étendues, on s’y allongeait parfois pour s’enivrer de vin de palme en écoutant chanter le vent…
Mais la grève a changé, c’est certain. Mais qu’est-ce qu’une grève aujourd’hui ? J’avoue que je ne sais pas vraiment, ignorant que je suis. Dans le doute je vais me documenter
à la médiathèque de Saint-Malo... Dans le compte-rendu sténographié du Congrès national de la SFIO de 1913 ( On dira que j’ai de bien étranges lectures… ), le « citoyen » Dewinne
n’hésitait pas – déjà - à parler de la grève comme d’un acte de dignité et même de « virilité »…Diantre ! De la virilité ! Faut-il donc en manquer à ce point pour en voir
jusque dans l’arrêt de travail… Dans un dictionnaire contemporain on découvre bien des facettes de la grève, qui semble être une activité très festive, très « sympa »… c’est un
délassement aux mille visages : la grève, qui est donc une cessation de travail, peut être « générale », « surprise » ( sans préavis ), « sauvage » (
décidée directement de la base ), « tournante » ( affectant alternativement divers ateliers d’une usine ), « sur le tas » ( s’accompagnant de l’occupation des locaux ),
« du zèle » ( visant au ralentissement de l’exécution d’un travail ), « perlée » ( interruptions régulières de la production ), etc.

Voilà des définitions très liées au monde de l’industrie de transformation, au secteur « secondaire », aux usines, aux cheminées fumantes dans l’azur, aux machines-outils vibrantes et hennissantes de plaisir, façon « La ligne générale » d’Eisenstein… « Virilité » quoi ! Au-delà on pense au « Germinal » de Zola, à Etienne Lantier, à la révolte de mineurs… On pense aux barricades. Ca sent la sueur. Ca sent la pénibilité du travail, l’exploitation de l’homme par l’homme. On pense aux grandes grèves qui ont suivi mai 68. On pense aussi à Jean-Sol Partre sur son baril de pétrole à 100$, devant les usines Renault de Billancourt, en train de haranguer la foule ouvrière… Il y a du romantisme, donc, dans la grève. De la référence historique et littéraire. Du « gras » culturel. De la matière… La médiathèque de Saint-Malo ferme ses portes. En sortant j’entends la mer gémir au loin. J’en sais un peu plus sur l’imaginaire révolutionnaire des grévistes, mais je ne parviens pas à saisir le rapport entre leurs revendications et le monde moderne, avec le confort social français, avec l’eau et le gaz à tous les étages dans les grandes villes hexagonales, avec le paiement des jours de grève, etc. Je rentre chez moi et j’interroge mes amis sur Facebook : qu’est-ce donc qu’une grève les gars ? Ils ne savent pas… ce sont de rustres travailleurs du privé pour la plupart. Un talon cassé du capitalisme ? Un grain de poussière qui bloque la machine ? Une sardine dans le port de Saint-Malo ? Un jeu sadique de petits enfants gâtés ? ( Vous voyez, une atmosphère à la Simenon, avec des fils de notables qui vont harceler le petit peuple, représenté par des gens aussi dégueulasses qu’eux… ) Cela ne m’avance pas beaucoup. Mais tout est en place. La grève peut commencer…
Je compulse un peu la presse pour en savoir plus. Xavier Bertrand, Ministre du travail et des relations sociales, n’hésite pas à déclarer dans le Figaro à propos de la semaine mouvementée à venir : « Chacun des usagers doit se préparer à une grève qui peut durer ». L’exécutif tremble…les préavis de grève qui ont été déposés à la SNCF, à la RATP à EDF et à GDF sont reconductibles. Autant dire que la France s’achemine vers un engluement sérieux… La « grogne syndicale » ( un simple « hoquet rectal » me souffle une amie malintentionnée, mais j’en doute ) porte sur la question de la réforme des « régimes spéciaux », ( alignement des régimes spéciaux sur celui des fonctionnaires ), mais tend – en réalité - à un objectif politique nettement plus défini : la lutte contre Nicolas Sarkozy et contre l’action du gouvernement Fillon. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT et sémillant ex-leader chevelu des grandes manifs de 1995 ( Ouch… douze ans dans les dents, au passage, et pas un cheveux blanc ! ), espère bien transformer la « grogne » de ces derniers jours en glorieuse révolution prolétarienne… et il compte bien passer à la télé une vingtaine de fois par jour pour répéter que le temps du « mépris » est révolu, que les types qui portent des Ray-Ban Aviator, même par ciel nuageux, ne peuvent pas régner sur la France – surtout si ils viennent de se faire augmenter, de se faire plaquer par une femme superficielle et que leur nom se termine par un « i » grec ! L’opposition socialiste espère que la France se retournera soudainement contre le président qu’elle a élu et contre le système alternatif qu’elle a démocratiquement appelé de ses vœux ( communication, réformes égalitaires, liquidation des miasmes intellectuels de « mai 68 », réalisme économique, etc. ). Bruno Julliard, prometteur patron d’une UNEF qui fête cette année ses 100 ans dans l’indifférence générale, est dans les starting-block : et si les étudiants minoritaires, qui bloquent actuellement une vingtaine d’universités françaises, se ralliaient au mouvement général ? De son côté la ravissante secrétaire d’état à l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, appelle les étudiants opposés aux blocages à se manifester… On rêve d’un tête à tête romantique - au Fouquet’s ou chez Lipp - entre Bruno Julliard et Valérie Pécresse, devant un vieux Dom Pérignon et des toasts au saumon. Tout est en place. La grève peut commencer…
La grève s’assimile donc à de l’agitation sociale ? Bien. La grève est l’apanage de ceux qui ne travaillent pas encore et des employés du secteur public… Bien. La grève est donc une pratique récréative de nature socialement déterminée, segmentée, particulière. Bien. C’est encore le coup du village gaulois rigolo, aux guerriers un peu crados, minoritaires, bornés, irrésistiblement burlesques… les résistants à une Rome rationnelle et moderniste. Mais René Goscinny n’est plus là pour écrire les blagues. Il est en grève. Il est mort le mec ! C’est un peu « Asterix » mais sans la rythmique implacable des gags. Ca doit être tristounet un local syndical du métro parisien, un jour de grève… même si les types ont de la moustache et des glaives d’apparat. Surtout à quelques mois des élections municipales. Pas certain que ça ressemble à un village gaulois de fantaisie, avec son marchand de poissons pourris, son barde, son chef enveloppé, son livreur de mégalithes, etc. On voit bien les murs recouverts de carrelage froid. Il fait froid d’ailleurs. On imagine bien les posters sur les murs… un portrait de Che Guevara, de la réclame pour la prochaine Fête de l’Huma, une photo dédicacée de Georges Seguy, à côté d’une autre de Manu Chao, etc. On imagine bien les machinistes, en habits décontractés, mais griffés ( cf. la grille de salaires de la RATP… un conducteur de métro gagne davantage qu’un gendarme… j’ai jamais compris ça moi… ), en train de voter à mains levées la poursuite de la grève, contre la pénibilité de leur travail, contre la pression patronale, contre le pouvoir de la finance, contre les courants d’air, contre le cancer du poumon, contre celui de la prostate, contre les mecs qui se jettent bourrés sur les voies pour en finir avec la vie et les grèves, contre la mort, contre les mecs qui se garent en double file, contre les Velib’ qui sont le cauchemar quotidien des chauffeurs de bus, contre la ligne automatisée « 14 », qui rend ses usagers heureux... C’est triste et beau. Tout est en place. La grève peut commencer…
Ecrivant aux 160.000 cheminots dont elle est la muse parfumée, Anne-Marie Idrac, patronne de la SNCF, craint dans cette nouvelle grève un « divorce ( des cheminots ) avec les français »… Les « français » ? Lesquels ? Certainement ceux qui n’ont pas la possibilité pratique de faire grève, ceux qui travaillent dans le secteur privé, ceux qui se lèvent tôt, ceux qui se couchent tôt, ceux qui n’ont pas la culture de la lutte sociale… Bien entendu, dans les jours à venir, on verra à la télévision des reportages très favorables à la grève, avec des micro-trottoirs bidouillés ne faisant intervenir que des gens « cool », et même « beaux », qui sont « solidaires » des grévistes. Essentiellement de jolies étudiantes, idéalement souriantes, plutôt blondes et attirantes, qui diront : « Ouais j’attends mon train depuis trois heures, mais c’est pas grave… je suis solidaire avec les grévistes… il faut lutter contre Sarkozy qui reconduit à la frontière de l’ADN et des intermittents sans papier d’Arménie. En plus avec son salaire payé en dollar par Bush, il se prend des vacances au Tchad… C’est un scandale ! Grève générale ! Et demain j’enlève le bas ! ». Les types agacés par la grève passeront pour des crétins. Des barbons moliéresques. Ce seront essentiellement des hommes, des quadras et des quinquas un peu brutaux, en costume-cravate, à lunettes, exprimant leur indignement dans un langage distingué mais ferme, les caractérisant comme psychorigide notoires. Tout est en place. La grève peut commencer…
Mais les pays ont vraiment les grèves et les grévistes qu’ils méritent.
Pendant ce temps là, de l’autre côté de l’océan Atlantique… alors que les petits frenchies s’amusent avec des grèves de machinistes ferroviaires, de fonctionnaires gaziers, et d’étudiants ( la notion de « grève » d’un usager d’un service public d’éducation m’a toujours laissé pantois ), d’autres pays plus importants sont confrontés à des grèves autrement plus sérieuses… Les Etats-Unis vivent en ce moment une crise sans précédent : les scénaristes hollywoodiens, membres du syndicat de la Writers Guild of America ( la Guilde des auteurs d'Amérique ) sont en grève depuis plusieurs semaines : ils demandent une meilleure rétribution sur la vente des DVD ( 8 cents l'unité au lieu de 4 actuellement ) par les studios – cinéma et télévision – pour lesquels ils travaillent. Les chaînes de télévision ont des épisodes de série en avance, mais seulement de quoi tenir jusqu'en décembre, peut-être même janvier. Mais après ? « Desperate Housewives », « CSI », « Heroes » ou « Grey's Anatomy » devront peut-être s'effacer du petit écran. Pas de scénario, pas d'histoire. Pas d'histoire, pas de tournage possible. Pas de série TV, pas de temps disponible pour Coca-Cola… Au même moment les machinistes des théâtres de Broadway se sont également mis en grève… « En raison d'un mouvement de grève du syndicat des machinistes, il n'y aura aucun spectacle aujourd'hui samedi dans de nombreuse salles et théâtres de Broadway », a indiqué Charlotte St. Martin, directrice-générale du groupement professionnel « League of American Theatres and Producers », dans un communiqué. Tout est en place. La grève peut commencer…
C’est là que l’on s’interroge… qu’est-ce qui touchera le plus les français ? La paralysie durable des transports en commun, ou l’arrêt de la diffusion de certaines de leurs séries télévisées favorites ? Alors « virile » la grève ? En sortant de cette déambulation sur la capacité des français à s’auto-mutiler et à se nuire mutuellement, je repense – étendu sur la grève - à ces vers du grand Gérard Manset…
Marchand de rêves,
Va t'en plus loin, toujours
Avec ta barque sur la grève.
Marchand de rêves
Laisse tomber au fond du sac
Les têtes coupées
Qui chantent encore.
Y'a plus personne debout
Dans les rues d'Angkor.
*
« Le Prisonnier », mystérieuse - et cultissime - série télévisée britannique de la fin des années soixante, fête en 2007 ces quarante-ans…. A cette occasion Jérôme di Costanzo, correspondant à Londres du RING, rend un hommage précis à passionné au personnage profondément « anar de droite » du Numéro Six de cette série… individu total, absolu, et catholique…. confronté à la dictature abjecte du « Village » collectif, collectiviste et hyperfestif… dont on ne peut pas s’échapper…. Jérôme di Costanzo rend aussi hommage, dans cet article, à Patrick Mc. Goohan, l’acteur irlandais qui incarna à l’écran cet individualiste intégriste… amoureux de la liberté… Une fois n’est pas coutume, Apocoloquintose-and-Co. s’ouvre à un auteur ami, que nous remercions.

Elections au Village : le N°6 est candidat...
NUMBER SIX… prisonnier de la télévision britannique…
Par Jérôme L.J di Costanzo
Patrick Mc Goohan est un acteur, surveillé, observé, sous contrôle, disséqué et épié. Il n’y a pas une de ses apparitions, interviews ou mots qui ne soient analysés afin d’y déceler quelques allusions ou messages cachés, nous révélant la réelle identité du N°1, ou bien nous donnant quelques mystérieuses clefs, afin que l’entière vérité nous soit enfin révélée sur l’allégorique série télévisée des années 60 : « le Prisonnier ».
Un acteur réservé aux initiés, amateurs de complots, de men in black, paranos socialistes à la sauce «je suis partout ». Il incarne désormais dans l’histoire universelle de la télévision « le supérieur inconnu », maître absolu de tout ésotérisme cathodique.
Pure spéculation ! D’autant plus surprenante, que notre « tant fantasmé » Mc Goohan est un Catholique Romain pratiquant. Et l’oindre de cette odeur de souffre revient à sacrifier, pour quelque cavalcade spiritualiste ou quelque théorie de complot profondément onanique, la réalité de cet artiste prodigieux.
Il est né en 1928 aux USA, à New York, de parents irlandais qui immigreront par la suite en Angleterre, à Sheffield. Cette ville du nord, industrielle, fut un des points de chute de la diaspora catholique irlandaise, main d’œuvre bon marché par excellence. En 1937, George Orwell déclara à propos de la cité industrielle : « Sheffield, je suppose qu'elle pourrait être appelée à juste titre, la plus hideuse ville de l’ancien monde ».
Hideuse, certes, mais un bouillon de culture où prolifère des bactéries de talent : Joe Cocker, Def Leppard, les leaders de Pulp, l’acteur Sean Bean, l’inquiétant Donald Pleasance, ainsi que
Bruce Dickinson, Iron Maiden ( qui consacrera une chanson au « Prisonnier » )… ils sont tous originaires de Sheffield. C’est aussi dans cette industrieuse cité que se déroule l’action
du film « Full Monty ». C’est dans cette ville catapultée de son 19éme siècle sordide, digne de Dickens que notre « Suprem Unknown » a grandi entre misère humaine et foi
catholique. Sa mère le destine à la prêtrise. Il abandonnera cette voie pour devenir acteur, il n’en restera pas moins fortement imprégné par sa foi catholique et cela
influencera indéniablement ses choix de carrière.

Patrick Mc Goohan, acteur et réalisateur
Il débute sur les planches dans les années cinquante. Il incarnera « Star Buck » dans le « Mobby Dick » d’Orson Welles. Ce dernier avoua même avoir été intimidé par le talent du jeune acteur. Les deux personnages ne manquent pas de points communs, d’ailleurs : un certain style, un génie atypique et fulgurant, un culte autour de leur personne, ainsi qu’un certain goût pour les mystères et le trompe-l’œil.
Pour cette période de gestation de notre comédien, remarquons le film « Hell driver » de Cy Enfield, où il incarne un ténébreux et machiavélique conducteur de camion aux côtés de Stanley Baker (réalisateur et interprète du monolithique « Zulu »), Herbert Lom (qui sera cristallisé peu après dans le rôle du commissaire Dreyfus de la panthère rose), Sid Harris (le Francis Blanche anglais, fidèle serviteur des comédies « Carry on… »), Ainsi que, que Jill Ireland (Madame Charles Bronson), David Mac Callum (cultissime agent très spécial Illya Kuryakin) et, et…… Un beau gosse aussi rustique qu’honnête, avec un fort accent Ecossais : Sean Connery.
« Every government has its secret service branch, America it’s CIA, France 2éme Bureau, England M15, NATO also it’s own. A messy job? Well that’s when call on me. Or someone likes me. Oh yes by the way, my name is Drake, John Drake »
Notre acteur a une particularité, né aux USA, de parents irlandais, et ayant grandi à Sheffield, il a un accent neutre et il peut jouer aussi bien les Britanniques que les Américains. C’est sur cette caractéristique que certainement les producteurs de « Dangerman » ont fait leur choix concernant le rôle de John Drake, agent secret de l’Otan dans la série. Quatre saisons, plus de 70 épisodes entre 60 et 68, sur une idée originale du légendaire Ralph Smart, un scripte de George Markstein, deux poids-lourds du monde de la série britannique des sixties. Drake est à l’origine un agent indépendant intervenant sur des cas sensibles voire douteux. Les premiers épisodes veulent le présenter comme un savant mélange d’espion et de privé à la sauce Chandler. Il hérite du style narratif du genre en faisant de l’Espion le propre conteur de ses aventures.
C’est sous l’influence de Mc Goohan que le personnage et la serie évoluent. Il le fait boire plus modérément, évite de lui faire sortir son arme pour un oui ou un non
afin de « dézinguer » des agents-doubles et ne le fait pas rejoindre l’héroïne dans son lit. Et cela sous le prétexte qu’étant catholique, il ne veut pas se faire le propagandiste, aux
yeux du public, de ce genre de vice. Il transforme Drake en un moine-soldat multi-facettes, au service de l’OTAN et plus tard dans la série au Service du MI9.
« Mio amore e sta Lontano » : Angelica
Avec l’affaire Profumo et le succès de l’adaptation de Dr No à l’écran, le style « Spy » explose dans les sixties, avec des séries comme : « The advangers », « Department S », « Men of the Uncle », la trilogie « Harry Palmer » avec Michael Caine. Dangerman, se place dans le style aventure d’espionnage subtil, intelligent et sacrément proche de la réalité. Il est vrai que toutes les crises géopolitiques, les tensions diplomatiques, les affaires d’espionnage et faits-divers de l’époque sont illustrés dans la série. Comme dans l’épisode « Journey ends halfway » qui s’inspire de l’affaire du docteur Petiot. « Such men are dangerous » nous décrit les rapports étroits de la pègre et de l’extrême droite au milieu des années soixante. « The mercenaries » aborde le cas des « affreux » ou soldats de fortune en Afrique. « The man on the beach » nous décrit une île qui ressemble trait pour trait à l’HaÏti des Duvalier. Pour cet épisode, il est accompagné de la sulfureuse Barbara Steele, éternelle déesse des enfers de la Hammer Production. Il faut souligner aussi que tout le petit monde des acteurs de télévision de l’époque va faire une apparition dans Dangerman : Delhom Elliot, Lois « Money Penny » Maxwell, Donald Pleasance, John Lemesurier, Ronald Fraser, etc… et souvent avec récurrence, jouant ainsi deux personnages différents dans une même saison.
C’est là, que McGoohan va se lancer dans ses premières réalisations. Au fil des saisons, et grâce aux talents conjugués des différents réalisateurs, comédiens, techniciens, et scriptes, on en
oublie les « décors bidons » redondants, les cascades à « deux balles », les bagarres mimées péniblement, pour être pris sous le charme indéniable de la série. Car il y a une
ambiance dans Dangerman. Drake a affaire non pas comme dans James Bond à des mégalos maîtres du monde mais à des « ouvriers spécialisés » de l’espionnage, à des laborieux du
renseignement, petits agents, minus gangsters, maquereaux, fonctionnaires corrompus.
Les femmes ? Ce ne sont pas des vamps, mais des femmes mariées, qui, pour un gigolo, vendent des renseignements à l’Est, et des comtesses, ex-tapins, qui enfument le network. Bref, du tout-venant de l’espionnage… c’est du renseignement qui sue dans sa chemise et qui sent le tabac.
Quatrième saison, 1967 : deux épisodes se déroulant au Japon, Mc Goohan travaille déjà sur le projet du Prisonnier. Il donne sa démission et quitte le costume de John Drake.
Where am I? In the Village,
What do you want? Information,
Whose side are you? That would be telling…We want information,
You won’t get it. By hook or by crook… We will.
Who are you? The new number two,
Who is Number One? You are Number Six
I am not number… I’m a free man!
(Rire tonitruant de Leo McKern, le N°2)
On retrouve la même « dream team », sur le projet du Prisonnier que sur « Dangerman », Mc Goohan, Markstein, Smart et Chaffey. À L’attention de ceux qui s’acharnent à démontrer quelques points de concordance ou clins d’œil entre les deux séries, je dirais que le monde de la série de l’époque est un « Village », et que les castings sont assez standards : vous cherchez un vieux marin, vous prenez Frederik Piper, un Playboy sulfureux et diabolique : Peter Wyngarde. Vous cherchez un décor Baroque, pour une ville de la riviera italienne, comme dans « Dangerman view from Villa » ? Vous choisissez le village délirant de Portmeiron Gwynedd sur la côte du pays de Galles.
Il y a un parfum de vacances dans ce « Village », quelque chose de léger, festif, oui ! Une société très festive. Une fanfare, jouant uniquement « la marche de Ratzinski », des costumes chamarrés, Boating style ? Ou bien quelque chose d’estudiantin anglais, tous avec le même uniforme et aux couleurs de l’institution. On peut faire du bateau au « Village », mais vous ne quitterez jamais la plage, une « nef des fous » ! Il y a dans ce carnaval perpétuellement surveillé, par ces sphères, ces rôdeurs, rebondissant sur le rivage, quelque chose de Jerome Bosch, nous sommes bien là dans son « jardin des délices ». Tout le monde est apparemment heureux, aussi heureux et enthousiaste que les candidats d’un show de la télé réalité.
16 épisodes, c’est une Œuvre Artistique télévisuelle indiscutable. Un condensé d’Orwell, Huxley, HG Wells, Dante Allighieri, influencé dans son esthétisme par un « fahrenheit 451 » de Truffaut. Mais aussi dans cette omniprésente surveillance, il y a du « Huis clos » de Sartre. Aussi, on reconnaîtra dans le singularisme et l’absurdité, le héros de « l’Etranger » de Camus.
C’est là une critique acerbe et non sans ironie de notre société « moderne » ne pouvant qu’offrir le plaisir en compensation d’une inaccessible et parabolique liberté abstraite. L’obsession sécuritaire, pour rassurer et pour compenser le fait que la science, par son observation, n’a pas tout expliqué et résolu. Alors, on contrôle, on épie, on analyse, non plus la nature mais l’humain. La paranoïa comme équilibre et moteur d’une société. Pour le Village du Prisonnier, un numéro est bien mieux qu’un nom, au moins on peut vivre dans l’illusoire certitude d’avoir une place et évoluer dans un ordre. Idée merveilleusement oppressante ! Être un numéro sans histoire, sans passé, sans géniteur, sans mémoire.
« Once Upon a time », l’avant-dernier épisode du prisonnier a pour sujet justement la mémoire. Le numéro 2, interchangeable à volonté durant le cours de la série, est incarné par Léo
McKern. Un « John Falstaff » qui s’est mis en tête de faire céder le numéro 6 grâce à une confrontation psychanalytique et le faire régresser pour le faire avouer. Un épisode théâtral,
trois acteurs, McGoohan, Mc Kern et Angelo Muscat, le fidèle serviteur muet – et nain - du N°2. Un affrontement rhétorique sans merci, frôlant le théâtre d’avant-garde. Le numéro 6 avoue !
Une pirouette ! Il a démissionné par « paresse ». Il tient et domine ici le numéro 2 qui devient lui-même prisonnier et dépendant de la réponse du 6. Y avait-il vraiment
« information » à divulguer? Tout cela nous apparaît comme une farce… la prison représentée par le village perdrait ici tout son sens d’exister. Le château de carte s’est effondré.
Une ascarade de plus… C’est le moment pour le numéro six de connaître son triomphe.
Dans « Fall out », le dernier épisode, Numéro 6 a dépassé le système. Il est reçu parmi les élus, on lui rend son indidualité. Plus de numéros, mais
« Monsieur ». Le combattant de la liberté a vaincu, et cela au son des trompettes ironiques de « All you need is love » par les Beatles. Il est reconnu et apprécié pour son
combat. Il est mis sur un trône, invité d’honneur, aimé, respecté…
« Its easy ! ».
Il ne s’agit là d’un traquenard qui a pour but d’aliéner sa subversion par la glorification. Il n’est en fait pas plus écouté que ça, son discours est couvert par les acclamations et les applaudissements de juges Masqués. C’est une Mascarade, un rituel, le système honoré pour mieux aliéner, il n’y a plus de prophètes, de rédempteur, ou de sauveur possible… il n’y a que des idiots égocentriques étouffés à coups de reconnaissance. C’est le moment précis pour le numéro 6 de rencontrer le numéro 1 qui se trouve dans une fusée. Il s’approche d’un homme masqué, en toge, qui tient une boule de cristal où se reflète le visage du prisonnier. Ce dernier arrache le masque, une grimace simiesque apparaît, il arrache encore un nouveau masque, et… il découvre son propre visage. Le numéro 1 c’est lui. Une farce, un leurre pour appâter son ego. Il s’aperçoit alors qu’il a été attiré à l’intérieur de la fusée pour être envoyé lui et sa subversion dans l’espace. Avec l’aide de Léo Mc Kern et d’un autre prisonnier, il entame un carnage dans les rangs de ses geôliers, cela sur l’air écœurant « All you need is love », « Its easy ! ». « Un » n’existe pas, « un » c’est vous, il n’y a plus de contrainte, de loi ou de tabou, il faut faire table rase, détruire le système, détruire le village, tuer et éliminer toute survivance du passé. Il fuit enfin ce « Village », le Prisonnier retourne à son domicile londonien, il y retrouve son confort, la porte se referme sur lui automatiquement comme au village. Il n’est pas plus libre, tout autant sous contrôle, sa révolution lui a juste permis de changer de cercle, de changer de geôle. Le Prisonnier n’est qu’un idiot égocentrique.
Cette parabole met en évidence l’interdépendance qu’il existe dans notre société si moderne entre notre envie de Révolte et la volonté d’Ordre. Mc Goohan cyniquement et pertinemment en dénigre son héros, en le rendant corruptible et violent. Il nous montre l’impasse dialectique de notre système oscillant entre révolution et autorité, carnaval et contrôle d’identité.
L’esotérisme et la complexité du dernier épisode déconcertèrent une grande partie des spectateurs, un sentiment mêlé de déception, d’interrogation, et un certain ressentiment à l’encontre de Mc Goohan, qui part tout d’abord en Suisse pour se remettre de ses émotions, puis à Hollywood. On le voit tenir des rôles divers et variés comme celui d’un agent britannique dans « Ice station Zébra », il tient le rôle de Fouquet dans une adaptation du « Masque de fer ». Mais c’est en 1974 qu’il entame sa troisième contribution à une série culte : Columbo.
« By Dawn’s early light », et sa première apparition. Il incarne un général dirigeant une école militaire à l’image de West Point, il participera à l’écriture du scripte et recevra un Emmy Award pour son interprétation. Cela sera suivi du génial et théâtral, « Identity crisis », où il est réalisateur et acteur. Il y incarne un agent double qui élimine un maître chanteur joué par Lesley Nielsen. Columbo le démasquera, mais la CIA interdira à ce dernier de l’arrêter. On reconnaît là l’empreinte de Mc Goohan, déconcertant son public, certes, mais révélant une facette ignorée du sujet. Columbo en échec : MAJONG ! À la fin de la saison 5, les producteurs, à court d’argent, pensent arrêter définitivement la série. Ils confient la direction de « l’ultime Columbo » à Mc Goohan. C’est un chef d’œuvre, où encore une fois il s’amuse à mettre en échec l’enquêteur à l’imperméable crasseux. Comme s'il trouvait drôle que l’on fasse "fermer sa gueule" à Socrate. Pour jouer le suspect il fait appel à un « agent très spécial » Robert Vaughn. Encore la marque de fabrique Mc Goohan est là, déconcertant, un jeu de miroir troublant, faux-semblant, bref , un chant du cygne plus que réussi, pour ce prestidigitateur de la réalisation et de l’écriture du scripte. Il participera en tant qu’assassin à deux autres « Columbo » : « Agenda for murder » qu’il met en scène et réalise avec son ami Peter Falk et « Ashes to Ashes ». Il conclut sa collaboration à la série par la réalisation de l’avant-dernier épisode « Murder with to many notes ».
On apercevra sa silhouette longiligne dans « Braveheart » et d’ailleurs il me tira, par son interprétation, de la torpeur que m’avait procurée l’incarnation du héros écossais William Wallace par Gibson. Il prêta sa voix à un épisode des Simpson. Il fut pressenti pour le rôle de Gandalf dans « Le seigneur des anneaux », mais les compagnies d’assurances ne suivront pas. J’aurais aimé voir cet acteur catholique servir un tout aussi catholique Tolkien…. On parla aussi de lui pour « Harry Potter ».
Bref, Mc Goohan n’est pas oublié ou cantonné au seul rôle du Prisonnier. Depuis des années on parle d’une adaptation de la série culte à l’écran. Cela me refroidit un peu quand je vois ce qu’on a fait de « Mission impossible » et des « Advangers ». Je suis pris d’un certain désespoir quand des rumeurs parlent d’un « Amicalement votre » avec Ben Styler... Ne touchez pas au « Prisonnier » ! Par contre je verrais bien Mc Goohan incarnant un Talleyrand, un diable boiteux, un évêque relaps ?
Ainsi revenons en conclusion sur le catholicisme de Mc Goohan en le rapprochant d’un autre Catholique anglo-saxon : Graham Green. Il y a dans John Drake quelque chose de Rollo Martins, le héros du « Troisième homme ». J’aurais bien vu un jeune Patrick Mc Goohan tenir le rôle masculin dans « The end of the affair ». Ou bien en Thomas Fowler du « The quiet american »… Mc Goohan aurait dépassé dans l’interprétation, d’un vieux journaliste, expatrié et cocu, un Michael Caine étant sans surprise, le remake de lui-même. Aussi constatons dans l’absurdité et la facétie d’un Prisonnier, le goût du retournement d’un Green. Un style concis mêlant culpabilité et colère, vérité et trompe-l’œil, une éternelle circonvolution obsessive autour d’un sujet, où chaque angle d’observation dénie le précédent. Ni à gauche et ni a droite, mais athée rencontrant Dieu. Que de bizarreries chez ces deux artistes !
On s’en trouvera à chaque ligne décontenancée, remis en question dans le plus profond de son âme. Leur foi en l’absolu ne fait que constater le paradoxe total de la condition humaine, l’interdépendance des opposés. Harry Lime & Rollo Martins, un démon & un ange, le numéro 2 & le numéro 6, un homme & une femme, un jeune & un vieux, Columbo & le suspect, une histoire…
McGoohan est Culte. Mais, faites attention à ne pas l’idolâtrer, ce serait vexer cet Irlandais, catholique, et quelque peu facétieux.
"Ezekiel connected dem dry bone
I Hear the word of the Lord"
Une honorable correspondante, Peggy Maurras, opérant dans l’éducation nationale, me fait suivre ce reportage de France 3 ( journal national ), ainsi que le corrigé de l’exercice de lecture d’image qu’elle a soumis à ses élèves de CM1.
Medhy B., lui, est éducateur au club de prévention œuvrant justement dans ce quartier. Pour lui, encarté CGT après avoir été de longues années militant à la LCR, le "con-container" est un symbole de la société de consommation et ses nombreux miroirs aux alouettes. Outre le fait qu'il représente un outil de circulation des flux divers animant le marché et sa mécanique capitalistique, le container est un lieu d'entreposage cyniquement dévoyé ici. Caricatural et stigmatisant, ce faux hall sans cadre est un acte politique dangereux et pernicieux qui marginalise encore plus le jeune qu'on entrepose dans un container insensé à l'écart des lieux de vie, des vrais immeubles. Désocialisant, ce container est néfaste, il aurait préféré un lieu charmant (chalet montagnard dans le Nord) servant de foyer dans lequel on pourrait trouver un outil de médiation élémentaire (un baby foot) pour pouvoir exercer son métier dans de bonnes conditions et assurer ainsi un lien socialisant avec les jeunes des quartiers afin d’œuvrer à leur intégration dans la société.
Michèle L., gardienne d'immeuble (responsable d'antenne Alcéane selon la nouvelle appellation des postes élaborée lors de la procédure de mise en conformité des intitulés avec la codification ROME et la convention collective des OPHLM), elle, alors qu'elle doit son pseudo à sa réputation de mauvaise collectrice des échéances des dettes locatives, s'avère plutôt favorable à cette initiative de sa direction. En effet, elle note que ce lieu dédié aux jeunes n'est pas dégradé et quand bien le serait-il, elle s'en fout car elle est payée pour nettoyer les parties communes des locaux d'habitations et pas le machin en tôle d'à côté. En plus, les boites à lettres sont fausses, il n'y a pas d'ascenseur dans lequel uriner et les murs sont en aluminium peint bien plus facile à dé-taguer.
En conclusion, cette initiative est certainement le résultat d’un pari cynique – et savoureux - entre notables quinquas du Havre, au terme d’une soirée
bien arrosée…
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