F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.

 

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polemique pure

Lundi 27 novembre 2006 1 27 /11 /Nov /2006 20:27

Quelques mois après la controverse de Ratisbone, le Pape Benoît XVI entreprend un voyage à haut-risque en Turquie, pays « laïque » selon Radio-Paris, mais dominé indiscutablement par la religion musulmane. Depuis le début du week-end de nombreuses manifestations anti-catholiques se sont tenues dans les rues de plusieurs villes de Turquie, à l’appel de « groupes minoritaires ».


 

Le cardinal Ratzinger au taf. Benoît XVI, premier Pape-écrivain.


 

Pour mémoire la population non-musulmane ( juifs, catholiques, orthodoxes, etc.  ) représentait un tiers de la population à l’issue de la première guerre mondiale… et ils ne sont plus que 100.000 aujourd’hui.


Les chrétiens ont fait l’objet de nombreuses spoliations et brimades au cours de ces dernières années, et notamment l’annexion d’églises par l’état.



Azra Akin, Miss Turquie 2002, élue Miss-Monde. Le bon côté des choses...


A l’heure où la Turquie, menée par son sémillant premier-ministre Recep Erdogan, fait toujours état de son désir de rejoindre l’Union Européenne, alors que l’abcès chypriote n’est pas asséché, devons-nous craindre ce grand pays ambigu ?

 

Après son voyage-symbole en terre d’Islam, nous pouvons conseiller au Pape Benoît XVI de faire un détour par Nice avant de rentrer au Vatican… Nice : sa promenade des anglais, ses établissements de bains, ses casinos, ses femmes… et notamment la courageuse figure mythique de Catherine Ségurane…



Siège de Nice par les turcs, 1543.


Pendant le siège de Nice de 1543, Catherine Ségurane, une blanchisseuse, s'illustra en montant aux créneaux de la tour Sincaire, assomma avec son battoir à linge un porte-étendard turc et lui arracha son drapeau. La tradition locale rapporte qu'en plus de son acte de bravoure, elle aurait dévoilé une partie charnue de son anatomie, ce geste provocateur mettant en fuite les assiégeants turcs.



Un battoir à linge dans ta tronche.


Bien que l'existence de Catherine Ségurane ne soit pas définitivement prouvé, elle a excité l'imaginaire local : Luigi Andrioli lui a consacré un poème épique en 1808, Giovanni Battista Toselli a écrit une pièce de théâtre en 1878. Un monument en bas-relief a été érigé en 1923 à proximité du lieu supposé de son exploit. Un lycée niçois porte son nom.

 

Catherine Ségurane est devenue une figure mythique de la résistance locale, au point que les Niçois sont parfois surnommés les Seguran. Elle est fêtée à Nice le 25 novembre, jour de la Sainte-Catherine.


 

Catherine Segurane, bas-relief niçois de 1923.

 

Sachons-le, donc, l’envahisseur turc n’aime ni les battoirs à linge, ni les poitrines généreuses…


 


OSS 117 "Tête de Turc en Turquie"

( avec Wikipedia )


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Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /Nov /2006 22:04

Michel Desgranges, big-boss des Éditions Les Belles Lettres annonce dans son excellente newsletter hebdomadaire du vendredi, la publication du Manuel de l’Inquisiteur de Bernardo Gui en édition bilingue ( français-latin ).


Manuel de l'Inquisition de Bernardo Gui, réédité aux Belles Lettres.


Bernardo Gui ( 1261 – 1331 ) était un dominicain médiéval couillu, évêque de Lodève dans l’Hérault, qui s’est distingué dans le cadre de l’Inquisition, en ne prononçant pas moins de quarante condamnations à mort par le bûcher pour des hérétiques obstinés ou relaps. D’ailleurs la Sainte Inquisition n’administrait pas des peines, mais des pénitences…


Superbe page enluminée de la "Chronique des rois de France", ouvrage de Bernardo Gui.  Le précieux document est conservé à la BNF.


Durant son activité d’Inquisiteur, Bernardo Gui dut faire face à trois grands types d'hérésies de son époque : le catharisme (1308–1323), le valdéisme (1316–1322) et le béguinisme (1319–1323). Ses promotions en tant qu'évêque lui furent octroyées par le pape Jean XXII en récompense des services rendus en tant qu'inquisiteur.

 

Le grand Umberto Eco a fait de Bernardo Gui un personnage de son roman Le Nom de la Rose. Gui apparaît dans son propre rôle d’inquisiteur fanatique et brutal. La réalité de ce farouche inquisiteur est certainement ailleurs : historien-chroniqueur de son ordre ( les dominicains ), écrivain infatigable, personnalité épiscopale atypique…


Bernardo Gui, incarné par l'acteur F. Murray Abraham dans le Nom de la rose de J.J Annaud


 

On aurait intérêt à relire Bernardo Gui…  Michel Desgranges note dans sa newsletter :


«…et, pour la torture, dont la barbarie effraie, elle était dans la norme du temps – aujourd'hui où elle est considérée (dans le discours dominant) comme un crime contre l'humanité, elle vient d'être décrétée d'usage légal par les parlementaires américains et elle est routinièrement utilisée, avec des raffinements nouveaux, par les policiers ordinaires d'Inde, Pakistan, Chine etc., mais il est toujours plus confortable de condamner des mœurs médiévales que de regarder des atrocités actuelles. (…) Sans cesse, nous condamnons d'innombrables horreurs du passé, et nous le faisons parce que nous nous disons plus civilisés -- nous aurions effectué un progrès moral ; il arrive que cette prétention soit juste, mais elle n'est trop souvent que mensonge, et nous noircissons le passé pour absoudre un identique présent. Et, autre bonne raison de le lire, Bernard Gui est toujours vivant parmi nous – parce que nous ne cessons de le recréer. »


Pour se faire une idée, voici un passage du Manuel de Bernardo Gui concernant l'interrogatoire des sorciers et des sorcières...


"Ce que sont les sorciers, devins et invocateurs des démons.

La peste et l’erreur des sorciers, devins et invocateurs des démons revêt, en diverses provinces et régions, des formes nombreuses et variées en rapport avec les multiples inventions et les fausses et vaines imaginations de ces gens superstitieux qui prennent en considération les esprits d’erreur et les doctrines démoniaques.

Interrogatoire des sorciers, devins et invocateurs des démons.

Au sorcier, devin ou invocateur des démons inculpés, on demandera la nature et le nombre des sortilèges, divinations ou invocations qu’il connaît, et qui les lui a enseignés.

Item, on descendra dans les détails, prenant garde à la qualité et conditions des personnes, car les interrogatoires ne doivent pas être les mêmes pour tous. Autre sera celui d’un homme, autre celui d’une femme. On pourra poser à l’inculpé les questions suivantes : que sait-il, qu’a-t-il appris, à quelles pratiques s’est-il livré à propos d’enfants victimes d’un sort ou à désensorceler ?

Item, à propos des âmes perdues ou damnées ;
Item, à propos de voleurs à incarcérer ;
Item, à propos d’accord ou de désaccord entre époux ;
Item, à propos de la fécondation des stériles ;
Item, à propos des substances que les sorciers font absorber, poils, ongles et autres ;
Item, à propos à propos de la condition des âmes des défunts ;
Item, à propos de prédictions d’événements à venir ;
Item, à propos des fées, qu’on appelle « bonnes choses » et qui, à ce qu’on dit, vont de nuit ; Item, à propos de des enchantements et conjurations au moyen d’incantation, de fruits, de plantes, de cordes, etc ;

Item, à qui les a-t-il enseignées ? de qui les tient-il ? Qui les lui a apprises ?
Item, que sait-il de la guérison des maladies au moyen de conjurations ou d’incantations ?
Item, que sait-il de cette façon de récolter les plantes, à genoux, face à l’orient, et récitant l’oraison dominicale ?
Item, qu’en est-il de ces pèlerinages, messes, offrandes de cierges et distribution d’aumônes qu’imposent les sorciers ?
Item, comment fait-on pour découvrir les vols et connaître les choses occultes ?
Item, on fera notamment porter l’enquête sur ces pratiques qui sentent une superstition quelconque, l’irrespect, l’injure vis-à-vis du sacrement du corps du Christ, vis-à-vis du culte divin et des lieux consacrés.
Item, on s’enquerra de cette pratique qui consiste à conserver l’eucharistie, à dérober aux églises le chrême et l’huile sainte ;
Item, de celle qui consiste à baptiser des images de cire ou autres ; on demandera la manière de les baptiser, quel usage on en fait et seuls avantages on en retire.
Item, on interrogera le prévenu sur les images de plomb que fabriquent les sorciers ; mode de fabrication et emploi.

Item, on lui demandera de qui il tient tous ces renseignements ;
Item, depuis combien de temps il a commencé à user de telles pratiques ;
Item, quelles personnes et combien sont venues lui demander des consultations, en particulier pendant l’année en cours ;
Item, lui a-t-on antérieurement défendu de se livrer à ces pratiques et de n’en plus user désormais ?

Item, a-t-il récidivé malgré cette promesse et abjuration ?
Item, croyait-il à la réalité de ce que les autres lui enseignaient ?
Item, quels bienfaits, présents ou récompensés a-t-il reçus pour ses services ?"


B. Gui, Le manuel de l’inquisiteur, trad. et éd. G. Mollat,
t. II, Paris, Les Belles Lettres, 1964, p. 21-25.

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Mardi 21 novembre 2006 2 21 /11 /Nov /2006 20:11
Les fêtes de Noël approchent, vous êtes fauché et vos enfants vous accablent déjà de demandes de cadeaux fantaisistes. Vous n'avez pas envie de dépenser votre argent pour des mouflets débiles, dont vous n'êtes qu'à moitié sûr d'être le géniteur... à la place, avec ce fric, vous préféreriez plutôt vous acheter un écran plasma, de l'alcool ou des nuits de plaisir dans des bouges douteux d'Amsterdam... seulement il y a votre femme, et vous devez vous conformer à la norme française. Donc il faut acheter des cadeaux.





Flash Gordon et son super-tromblon dans une production des années 40.



L'année dernière votre fils a eu le super-tromblon de Flash Gordon et votre fille le fusil à positrons de Barbarella....





La splendide Jane Fonda est Barbarella dans le film éponyme de Roger Vadim, en 1968. Elle tient fermement dans ses mains un fusil à positrons et honore de son fessier une robe Paco Rabanne...


Ok. Mais cette année, pensez "cadeaux utiles". La société de VPC "L'homme moderne" vous propose d'acquérir pour quelques roubles une reproduction fac-simile du fusil d'assaut soviétique Kalashnikov AK 47, qui a fait les beaux jours de plusieurs dizaines de guerres subtropicales, exotiques et divertissantes...






Cadeau utile... jouet d'exception pour les djeunz contemporains. Dès sept ans, apprenez à vos enfants comment braquer un établissement bancaire au fusil d'assaut, ou organiser une prise d'otage politique dans une ambassade d'un pays proche de l'Empire américain. Sur commande l'Homme moderne propose aussi des rockets Katioucha ( très utiles pour lutter gaiement entre potes contre toute pseudo ôôppppresssssion en contexte proche-oriental... ou pour exploser la paroie d'un fourgon-blindé en zone franche gauloise ).


Et au noël prochain ? On recycle les vieux Skuds de Sadam et on les refourgue à nos petites têtes blondes ? 



Enfant soldat. Document Unicef.



Et le petit black, ci-dessus, on lui offre quoi pour noël, bande de cons ?


Je suis fatigué...


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Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /Nov /2006 22:21

Paul Claudel… diplomate, homme de foi, écrivain de génie - à qui nous devons notamment Le soulier de satin, Tête d’or, L’Annonce faite à Marie, et les « Ecrits bibliques » - nous a également laissé une plus discutable « Ode à Pétain », connue sous le titre « Paroles au Maréchal », publiée dans Le Figaro en mai 41… nous n’hésitons pas à reproduire ici ce texte inoubliable, anti-fleuron de la poésie française…



Paul Claudel ( 1868 - 1955 ), chasse la coquille...


Ce texte a été récité publiquement par l’actrice Eve Francis, à la veille d’une représentation de l’Annonce faite à Marie  à l’orée des 40’s…

 

« Monsieur le Maréchal, voici cette France entre vos  bras, lentement qui n'a que vous et qui ressuscite a voix basse.


 Toute la France d'aujourd'hui, et celle de demain avec elle, qui est la même qu'autrefois! Celle d'hier aussi qui sanglote et qui a honte et qui crie tout de même… elle a fait ce qu'elle a pu !



Laetitia Casta... dernière mise à jour acceptable de Marianne.


C'est vrai que j'ai été humiliée, dit-elle, c'est vrai que j'ai été vaincue.
II n'y a plus de rayons à ma tête, il n'y a plus que du sang dans de la boue.
II n'y a plus d'épée dans ma main, ni l'égide qui était pendue à mon cou.

Je suis étendue tout de mon long sur la route et il est loisible au plus lâche de m'insulter.
Mais tout de même il me reste ce corps qui est pur et cette âme qui ne s'est pas déshonorée !


 

"Marechal, nous voilà"...


Hein, quoi ?!"


Monsieur le Maréchal, il y a un devoir pour les morts qui est de ressusciter.
Et certes nous ressusciterons tous au jour du jugement dernier.
Mais c'est maintenant et aujourd'hui même qu'on a besoin de nous et qu'il y a quelque chose à faire !

France, écoute ce vieil homme sur toi qui se penche et qui te parle comme un père.

Fille de Saint-Louis, écoute-le ! Et dis, en as-tu assez maintenant de la politique ?
Cette proposition comme de l'huile et cette vérité comme de l'or... »


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Alors, jeune poète, lecteur de mon cht'i blog... fais gaffe aux poèmes sur les militaires moustachus... on te demandera des comptes plus tard... un jour ou l’autre…




Borat...

"... fais gaffe aux moustachus..."




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Samedi 11 novembre 2006 6 11 /11 /Nov /2006 20:14

Femmes tondues et femmes à barbe… le mythe du poil signifiant….


Par F-X Ajavon.


Les nombreuses campagnes publicitaires L’Oréal nous l’ont martelé sauvagement ces dernières années : une femme, entendons une femme « qui le vaut bien », une « vraie » femme, compte surtout par sa chevelure. Ainsi, qu’est-ce qui rend « FEMME » une femme ? Qu’est-ce qui la rend profondément femme ? Eh bien, sa capacité à faire virevolter sa crinière, dans un mouvement circulaire à l’ampleur variable…


Dis-moi oui, Andy...

 

Si la valeur d’une femme se calcule sur la base de sa richesse capillaire, les plus pointilleux pourraient m’objecter le cas de la femme à barbe…


Café de la femme à barbe, Clémentine Delait ( 1865 - 1939 )

 

C’est vrai ? Quoi... Pourquoi les poils d’en-hauts devraient-ils primer sur ceux d’en-bas ? Honteuse injustice…


Et celles-là, là-dessous, elles le valaient bien, aussi ? Ces femmes accusées de collaboration érotico-sexuelle avec les allemands, au terme de la seconde guerre mondiale, elles le valaient bien, aussi ?


Ami lecteur… méfie-toi du poil signifiant… et c’est un homme à l’alopécie galopante qui te parle…

 

 

"La belle qui couchait avec le roi de Prusse
Avec le roi de Prusse"

 



" A qui l'on a tondu le crâne rasibus
Le crâne rasibus
"



"J'aurais dû prendre un peu parti pour sa toison
Parti pour sa toison"

 

 


"Quand, pire qu'une brosse, elle eut été tondue
Elle eut été tondue
J'ai dit : " C'est malheureux, ces accroch'-cœur perdus
Ces accroch'-cœur perdus ""



"J'ai ma rosette à moi: c'est un accroche-cœur
C'est un accroche-cœur"




La femme tondue...image morbide du ressentiment masculin à l'égard du poil féminin tout-puissant ?





"Son penchant prononcé pour les " ich liebe dich ",
Pour les " ich liebe dich "
Lui valut de porter quelques cheveux postich's
Quelques cheveux postich's"






Ava Gardner, dans ses oeuvres diaboliques de beauté... 

"le poil féminin tout puissant"...

j'en écris des conneries parfois, non ?




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Samedi 4 novembre 2006 6 04 /11 /Nov /2006 12:05

L’anniversaire des émeutes d’octobre-novembre 2005 est bien morose. C’est triste et gris. On pense un peu à la « September song » du grand Kurt Weill… «Oh, it's a long, long while from May to December… » Certes, on brûle des autobus entre potes ( parce que – grrrr ! - vraiment les autobus c’est anti-républicain et post-colonial ), on caillasse du flic ( ces scélérats qui passent leurs journées à sacrifier des gentils bad-boys dans des transfos EDF payés par nos impôts ! ), on a la nostalgie des électrocutés de Clichy, on a le blues quoi… mais si on est tristounet c’est parce qu’il manque encore un élément à la fête : le sociologue…

 

Le sociologue Pierre Bourdieu, revu et corrigé par mes soins, grâce au Moustachotron de Nanarland.com

 

Eh oui… le sociologue… Ah la belle invention universitaire que le sociologue. C’est un type qui arrive, toujours propre sur lui, sur les plateaux de TV pour nous donner des explications du genre : « Ces jeunes gens farceurs et facétieux ont peut-être mutilé à vie une jeune étudiante de vingt ans en incendiant un bus, mais c’était pour exprimer un malaise social parfaitement compréhensible… c’était pour se défendre face à la société qui est une vraie putain, et c’était aussi pour dire exaspération face à l’honteuzzze discriiiimination qui frappe les jeunes des cités. Notez bien que je ne cautionne pas les actes de barbarie dans les quartiers chauds, mais je demande un moratoire… » Des phrases comme ça… avec inscrit « CNRS », par exemple, sous leur nom, ça en jette, ça rassure l’électeur de gauche, ça berce l’élu local divers-droite, ça fait bander les journalistes de province…

Symbole phallique, extérieur jour, position couché sur le dos.

 

Parfois ils disent aussi – quand le sociologue est de genre féminin - des choses du genre : « Ah mais si ces jeunes-gens sympathiques incendient des voitures, c’est parce que les autos sont les symboles phalliques d’une société misogyne vouée à la consommation ultra-libérale à outrance… » En attendant les prolos iront bosser en autobus, quand ceux-ci ne brûlent pas… « S’ils brûlent des écoles c’est pour signifier leur refus d’un système scolaire injuste qui les relègue sur des voies de garage… et ne fait pas la part belle à l’histoire de leurs peuples dans les manuels scolaires… » Ah Ah Ah… toujours sympa d’avoir un sociologue dans son poste de TV…  c’est fun !


L'urbanisme désastreux des banlieues françaises

Alors, mes chers sociologues-de-service ! Alors mes petits poussins….  Allez les gars ! Allez les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup ! C’est une date anniversaire, l’heure est grave ! Où êtes-vous, preux firemen de la société… défenseurs des minorités-dans-les-minorités, apôtres de la bienveillante suspension du jugement moral à l’encontre des pires salopards en circulation, chantres ( chancres ? ) de la coexistence pacifique dans la monstruosité et le caca.


J’ai repensé à vous en lisant Le Temps, quotidien genevois… Le dessinateur de presse Chappatte résumait le french paradox par ce petit cartoon irrésistible… En effet, qui appeler en premier après l’incendie criminel d’un bus : les pompiers ou les sociologues ?

 

 

"Les sociologues vont arriver d'une minute à l'autre". Chappatte dans Le Temps de Genève.

 

J’en profite pour re-publier ici l’article que le journal Le Monde avait passé vers la fin des émeutes de banlieue, en novembre 2005 : « Adeptes de la causalité flasque », dans lequel j’épinglais la fascination médiatique généralisée pour ces drôles de petits scientifiques qui donnent des causes claires, précises et acceptables à toutes les saloperies du moment… en voici la version complète, avant publication par le fameux quotidien du soir, qui – d’ailleurs - n’a fait que des coupes anecdotiques.

 

Adeptes de la causalité flasque.

( 17 novembre 2005 – Le Monde )

Par François-Xavier Ajavon

 

Depuis le début des « événements » en France les médias semblent redécouvrir avec une curiosité candide et un plaisir perceptible les explications que les sociologues peuvent apporter aux crises de notre société et aux vagues-à-l’âme fluctuants de nos contemporains. On se souvient déjà de la sur-médiatisation de Pierre Bourdieu à l’occasion des grandes grèves de 1995, qui avait ouvert la brèche à ce discours d’expertise, qui semblait alors détenir des clés de compréhension pour tous les maux de la terre. Les médias ont visiblement cédé à la même facilité dans le traitement des émeutes qui frappent aujourd’hui les banlieues : pas un jour sans intervention de cette « voix » sociologique, souvent très politisée, dans le concert des déplorations, entre l’élu local, le médiateur, la responsable associative, le grand-frère anonyme et le petit-frère flouté. Mais le sociologue a t-il de vrais clés explicatives sur les événements ? « D’où » parle t-il en règle général ? Son expertise est-elle vraiment neutre ? Les journalistes n’ont-ils pas tendance à lui emprunter son outillage conceptuel ?

 

La « causalité » est l’un de ces outils. Le principe de causalité est l’un des axiomes fondamentaux de pensée rationnelle. Rien n’advient sans cause ou raison déterminante : par exemple l’eau bout car sa température est arrivée à 100° c. Les sociologues, questionnés sur un certain nombre de phénomènes de violence urbaine ( déprédations diverses, attaques d’écoles, incendies de voitures ), et même parfois sommés de répondre par le jeu de l’impatience médiatique, fournissent tout un ensemble d’explications causales, tout un jeu de chaîne déterminante qui aboutirait logiquement à ces faits. Chacun le fait bien-entendu depuis le champ de sa spécialité sociologique. Jean-Marc Stébé ( Le Monde 11/11/2005 ) estime que le « terreau » de la crise est l’abandon par Jean-Louis Borloo de médiation dans les quartiers. Fabien Jobart ( L’Humanité 12/11/ 2005 ) incrimine la police qui « cristallise » à ses yeux la discrimination ; même si Gérard Mauger dans la même édition du quotidien communiste souligne l’hétérogénéité de la « banlieue » il n’en souligne pas moins que tous ces jeunes sont « solidaires » face à une « ségrégation de classe ». Et c’est là occulter la cohorte des sociologues qui accusent dans le désordre Sarkozy, les séquelles du colonialisme, l’urbanisme des 70’s, et la pensée libérale. Un article non-signé ( Le Monde 5/11/2005 « Un petit Mai 68 des banlieues » ) appelait même à la transformation possible de ces jeunes d’« objets d’étude sociologique » en « citoyens ». 

 

Et si tout le problème était précisément là… à trop vouloir les considérer comme un groupe homogène ne passons-nous pas à côté de ce qu’ils sont véritablement, des individus avec un libre-arbitre, la maîtrise de leurs choix et de leurs actions. Et par-là même, au-delà de droits, avec des devoirs et des responsabilités ? Les « sciences humaines », dans leur explication des violences urbaines ne passent-elles pas à côté de l’homme ?

 

Deux problèmes se posent au fond : la causalité des sociologues est une « causalité flasque », car elle est toujours simplificatrice et souvent irrespectueuse de l’impératif épistémologique de vérité. Les phénomènes de violence urbaine relèvent en réalité d’une logique multi-causale  complexe, qui dissout mécaniquement les responsabilités entre les acteurs impliqués. A l’inverse de ce que défendent certains sociologues récemment médiatisés ( dont le discours a été simplifié par le filtre médiatique j’en conviens ) la responsabilité de cette flambée de violence ne peut être précisément déterminée par un facteur unique ( qui relèverait de la politique ). Les jeunes concernés ont d’ailleurs été rapidement ramenés à la réalité des faits lorsque certains d’entre eux ont été jugés devant les tribunaux : c’est leurs actes individuels qui étaient jugés, leur volonté libre, et non la main invisible de la ségrégation sociale et du « malaise des banlieues » tenant le cocktail Molotov. Ensuite à trop développer ces discours psychologiques et sociologiques sur l’actualité ( dissolvant la volonté individuelle et libre respectivement derrière l’inconscient et la société ) nous prenons un risque évident de passer à côté de l’humain dans toute la richesse de son individualité.


Galilée : faut-il sauver les phénomènes ?

La sociologie : sport de combat comme disait malicieusement le grand Bourdieu, ou bien « sport national » chez ses petits épigones ? Le problème de la prédominance de ce discours sociologique-explicatif dans les médias est de première importance car il a tendance à déteindre sur les journalistes eux-même et à transformer certains reportages en une vulgate sociologique compassionnelle, moralisante, emprunte de bons sentiments et d’un paternalisme insupportable. Nous devons nous demander à la manière de Galilée étudiant le système copernicien : ce dernier est-il vrai ou ne fait-il que « sauver les phénomènes » ? Les sociologues détiennent-ils la vérité sur les événements ou bien tout en sauvant simplement les phénomènes nous passent-ils un baume médiatique apaisant et bien-pensant qui offre un angle ( partiel et partial ) sur ces événements ?


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Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 23:18



Face aux intimidations des Adorateurs du Poireau,

que doit faire le monde libre ?


Robert Redeker remixé par F-X Ajavon.

 

Et avec les Adorateurs du Poireau, on a le droit ou pas ?!

Alors voilà….

 

 

Les réactions suscitées par l'analyse du Pape Anastase V sur les Adorateurs du Poireau et sur leur violence s'inscrivent dans la tentative menée par ce « botanisme » intégriste d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun autre pays : la liberté de penser et de s'exprimer.

 

La secte des Adorateurs du Poireau essaie d'imposer à l'Europe ses règles : monoculture du Poireau – ou de l’oignon -  dans les zones agricoles, interdiction de caricaturer toutes les plantes herbacées de la famille des Alliacées, exigence d'un traitement diététique particulier des enfants de cette religion dans les cantines ( potages, quiches, tartes aux poireaux, etc. ), accusation de poireauphobie contre les esprits libres.



Des Poireaux en ordre de bataille.


Comment expliquer l'interdiction de la teigne du poireau et de la mouche de l’oignon à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l'argument avancé : risque de « troubles à l'ordre public ». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes poireauphiles frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de ces insectes parasitaires ? Ou bien craignait-on des manifestations d’Adorateurs de la secte du Poireau ?

 

Il n'est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit la poireauphilie des esprits français, une soumission plus ou moins consciente aux diktats botaniques. Ou, à tout le moins, qu'elle résulte de l'insidieuse pression de cette religion des plantes sur les esprits. « Poireauphilie des esprits » : ceux-là même qui s'élevaient contre l'inauguration d'un Parvis Anastase IV à Paris ne s'opposent pas à la construction de temples en l’honneur des poireaux et des oignons. Le poireau tente d'obliger l'Europe à se plier à sa vision de l'homme. Et ça fait de la peine à regarder.




Une armée fanatique de Poireaux

Comme jadis avec le communisme, l'Occident se retrouve sous surveillance idéologique. La religion du Poireau se présente, à l'image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental, saturé de graisses animales et de légumes impurs. À l'instar du communisme d'autrefois, les Adeptes des Poireaux, pour conquérir les esprits, jouent sur une corde sensible. Ils se targuent d'une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des plantes de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd'hui elle viendrait de la bonne glèbe de France, du monde rural, de la « terre » ! Aujourd'hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Poireau, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier.

 

Dans l'ouverture à autrui, propre à l'Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l'autre doit toujours passer avant moi. L'Occidental, héritier du christianisme, est l'être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l'identique de feu le communisme, l’adepte du Poireau « Allium Porrum » ou encore « asperge du pauvre » tient la générosité, le l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.



Théophraste ( 372 - 287 ), maître à penser des Adorateurs du Poireau


La bible des Adorateurs du Poireau, le Traité des plantes du grec Théophraste est un livre d'inouïe violence. Georges Dupont énonce, dans l' Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. Par exemple Théophraste n’hésite pas à écrire « Le monde de demain sera dominé par les plantes. Et particulièrement par le Poireau, qui est la reine des plantes herbacées. »




Affiche du film "L'attaque des tomates tueuses"

La lapidation de la Tomate tueuse géante, chaque année à San Francisco, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque adorateur du Poireau est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au cœur du croyant. Le Poireau doit l’emporter sur la tomate !




Affiche du film "Le retour des tomates tueuses"

Cette lapidation, s'accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque de l’écrasement des tomates. Le quiche au Poireau doit l’emporter sur les tomates farcies !

 

Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du christianisme, en la neutralisant, l’église des Adorateurs du Poireau lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud.


Plat de riz de palourdes aux poireaux


Haine et violence habitent le livre de Théophraste sur les plantes, dans lequel tout adorateur du Poireau est éduqué. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique pour poser sa chape de plomb sur le monde. Anastase V en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l'Occident « le monde libre » par rapport au monde botanique, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’œil de Théophraste, pullulent en son sein.

 

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Nota : je ne suis pas en accord avec toutes les idées de R. Redecker, et ce papier n'est en rien une attaque contre les religions.  Appelons ça une variation sur le thème de la liberté, et mettons-le sur le compte d'un exercice de style "Oulipien"…

Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 21:09

Par François-Xavier Ajavon.

 

Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 ( dans un peu plus d’un an ) sera peut-être un peu difficile à supporter pour un certain nombre de français. En effet, au mois de mai 2008 nous fêterons - dans une liesse médiatique qu’il faut craindre - les quarante ans des événements de 1968. Si, si, vous savez, le truc qui renvoie nos parents à leurs premiers émois érotico-idéologiques ; le conte d’automne plein d’aventure, de bruit et de fureur, qui tire des larmes aux anciens maos reconvertis dans la pub et la finance ; l’épopée d’une génération qui a voulu faire table rase mais barbotte chaque soir dans des baignoires en marbre de Carrare et sirote des Bordeaux millésimés dans du cristal de Baccarat.

 

Images de Mai 68

 

D’abord les médias donneront à cet anniversaire un écho démesuré. Le Figaro titrera peut-être :  « Génération 68 : pour un droit d’inventaire ». Si Libé est toujours en kiosque, il nous gratifiera d’une photo géante d’une jolie militante trotsko, aux allures baba, avec le titre « 68, année érotique ». L’Huma osera certainement quelque chose dans le genre « 68-08 : la lutte continue ». Plus prudente la Tribune titrera sobrement: « Sarkozy revient de Chine avec une commande ferme pour 300 Airbus ». Et oui, car alors c’est Sarkozy qui sera président. Qu’on se le dise !


Et puis les médias audiovisuels en feront des tonnes et des tonnes : on sera saturé de ces délicieuses images d’actualité en noir et blanc des années 60, siglées INA. On  rendra le culte aux idoles en invitant sur les plateaux de télé les anciens combattants de cette drôle de guerre… Oh ! ce seront des moments de télévision émouvants, efficaces, et d’un pouvoir de nostalgie évident. Ces vieux Messieurs et ces Dames âgées, très dignes, très beaux, nous offriront même peut-être quelques larmes, luisantes à souhait sous l’effet des sunlights. Ils diront que leur AVANT était meilleur que notre AUJOURD’HUI, qu’on aurait du les écouter et changer le monde, que leur génération avait tout compris à la vie et que Mitterrand a brisé les illusions de la gauche. Alors on les écoutera béatement, en se disant que nos parents et grands-parents sont en train de tristement rentrer dans l’histoire.


Images de Mai 68

Daniel Cohn-Bendit, toujours aussi frais et séducteur, en veste de velours côtelés verte dira, dans l’émission spéciale que France 2 consacrera à la question, que ça avait été pour lui une bonne blague, et même peut-être que « Mai » avait été la période de sa vie où il avait le plus baisé, des commentaires dans ce genre, mêlées d’attaques politiciennes perfides contre le président Sarkozy. Il dira des phrases comme « Monsieur Drucker, mais comment voulez-vous que nos petits français aient de nos jours le sens du rêve et de l’utopie ? Comment voulez-vous que les jeunes se passionnent pour la politique ? Pour eux c’est quoi la politique ? Un petit bonhomme qui prend un Airbus pour aller en Chine, et en vendre trois-cent autres… ( rires dans la salle et sourire complice de Michel Drucker ) Alors que ma génération avait le sens des illusions… on croyait que les choses allaient changer, merde ! »

La chaîne de télévision M6 jouera subtilement sur son logo, et complétera - lors de la semaine spéciale qu’elle consacrera à l’anniversaire historique – grâce à une infographie façon « tag » les lettres qui manquent entre M6 et Mai 68.


Cohn joue au con

On verra aussi quelques vieux fossiles des années trotsko et mao… si tout va bien Jean-Luc Godard nous parlera de cinéma, Michel Pollack d’audiovisuel, et Brigitte Lahaie de reconquête du plaisir féminin. On aura la vieille garde féministe, Mme. Groult si Dieu lui prête vie, certainement Gisèle Halimi, qui évoqueront les luttes des femmes pour le droit à l’avortement et la progression de la parité. Elles ne parleront évidemment pas d’amour. En « Mai » il était question de sexe, pas d’amour…

 

Si tout se passe bien, Josée Dayan tournera un téléfilm en trois parties pour France 3, sur les événements de mai vus à travers le prisme de plusieurs milieux sociaux. Elle appellera ça « 68 et des poussières », par exemple. Ce sera :  « Mai » au lycée Louis Le Grand, « Mai » à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt avec Sartre ( joué par Lorant Deutsch ) sur un tonneau et des 4L neuves, et « Mai » côté gaullien, avec Philippe Torreton dans le rôle du Général de Gaulle et Daniel Auteuil celui de Couve de Murville. Mais si, Couve… l’ancien patron de Romain Gary au Quai d’Orsay. Ce sera pro. Un peu chiant, un peu vulgaire, mais pro. Il y aura de l’action, des scènes filmées « caméra à l’épaule » de manifs, soulignant la « brutalité policière » ( qui n’a pourtant tué personne… ), et puis certainement une histoire d’amour transversale et émouvante entre un ouvrier maghrébin en lutte syndicale dans son usine et une petite minette en pull-over cachemire de chez Louis Le Grand. Péripétie sentimentale qui facilitera de beaucoup la narration de ce film. Il obtiendra quatre « T » dans Télérama, avec l’approbation « Chrétien media », et ce commentaire élogieux mais banal : « Josée Dayan nous fait toucher du doigt la grande histoire, à travers la petite. Toute la beauté lyrique de Mai est rendue avec vigueur et retenue ».

 

On fera des grandes fêtes populaires dans les rues pour commémorer l’anniversaire des émeutes de Mai. On organisera des débats, des concerts, des cafés-philo, des soirées à thème dans des clubs branchés. Des bals costumés, des partouzes… Ce sera une année faste pour le monde de l’édition. Tout le monde sortira son bouquin sur Mai 68 : historiens, essayistes, journalistes. Le moindre petit con aura son mot à dire. Et ils passeront dans des émissions littéraires et de divertissement, pour faire leur promotion, et dire en substance que c’était chouette Mai 68, qu’on avait bien rigolé, et qu’on avait fait une vraie révolution. Comme des grands. Comme la Russie et la Chine. Evidemment, quelques trublions tenteront de troubler la fête, mais on les traitera partout de fascistes, de révisionnistes, et d’adorateurs de Satan. Par exemple Dantec pondra un petit pamphlet sur la question. Houellebecq aussi commettra un petit bouquin de ce genre. P-A Taguieff écrira une somme, lourdement documentée, de 600 p, dans laquelle il démontera avec intelligence et perspicacité les mécanismes idéologiques des groupuscules d’extrême-gauche qui ont animé le mouvement de « Mai », et qui ont progressivement viré à l’antisémitisme dans la fascination politico-religieuse du tiers-monde. On les invitera pour les clouer au pilori, pour mettre symboliquement leurs bouquins au pilon… et bien sûr on se servira d’eux comme de preuve vivante du pluralisme apparent des débats historiques.

 

Le chanteur Renaud nous écrira certainement une petite chanson douce-amer sur l’idéalisme utopique des événements, avec un refrain efficace qui le fera rester dans les charts pendant dix-huit semaines.


La ville de Paris, dont la « mairesse » sera alors Clémentine Autain ( Allez voir son blog vous y comprendrez comment une clémentine se prend pour une cerise ), rendra des hommages nombreux et tapageurs à l’esprit de « Mai 68 ». L’avenue Montaigne sera rebaptisée « Avenue Pierre Bourdieu », la place de la Nation deviendra « Place de la révolution de mai », la voie rapide Georges Pompidou deviendra un « espace civilisé » Manu Chao ( par « espace civilisé » entendez une rue piétonne dans la novlangue de la mairie ), et la prison de la santé deviendra « Centre semi-ouvert de rééducation à la citoyenneté Michel Foucault ». Pour l’occasion on repeindra durablement la Tour Eiffel en rose, et on l’appellera Tour « Mon plaisir ».


Faut-il, aussi, envoyer LA "Clém" se faire désamianter en Inde ?

Clémentine fera une conférence de presse dans laquelle elle dira qu’elle aurait aimé vivre les événements de mai, et que sa génération a beaucoup de reconnaissance pour ceux qu’elle appellera les « résistants » de la démocratie, comparant les lanceurs de pavés à nos glorieux résistants, ceux de l’occup. Si elle est très en forme, la petite Clém osera le rapprochement entre les figures de Cohn-Bendit et de Danton. On peut toujours rêver…

 

Et tout cela arrivera, d’une manière ou d’une autre.

 

Souvenons-nous de la commémoration grand-guignolesque du bicentenaire de la révolution française en 1989, souvenons-nous de la parade de Jean-Paul Goude, des déclarations enthousiastes de la gauche de l’époque, qui se voyait héritière des sans-culottes. La dialectique politique sera certainement comparable en mai 2008 : les grands partis de gauche essaieront de nous faire croire que toutes les révolutions se valent, et que le projet socialiste par exemple – animé par Ségolène Royal devenue secrétaire générale du PS – est un descendant en ligne direct de « Mai », de la « Commune » et de 1789.

 

Une question me taraude, et je suis plein d’angoisse : quand va t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’histoire ? Devons-nous craindre mai 2008 ?

 

Je crois que pour les éléments les plus acharnés des camps réacs et conservateurs, avril 2008 sera une belle saison pour mourir…

 

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