F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.

 

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polemique pure

Mardi 24 octobre 2006 2 24 /10 /Oct /2006 00:03

A l’heure où France 2 nous livre sa relecture de l’histoire récente, sous la forme d’un pamphlet audio-visuel anti-chiraquien, sous la plume-caméra du talentueux Patrick Rotman, il nous semblait important d’exhumer plusieurs documents inédits sur notre président de la République… d’abord voilà la preuve de la rencontre presque secrète entre l’homme politique de droite et Georges Brassens, l’auteur génial du « Gorille » et de la « Mauvaise réputation »…  On notera l’endormissement de Alain Souchon, et l’hilarité parfaitement injustifiée de Laurent Voulzy.


 



Georges Brassens accepte une récompense de la part de Jacques Chirac.
Voulchon sont les témoins complices de cette transaction contre-nature.

Il faut toujours faire gaffe aux photographes avant de serrer une pince… ( et là je m'adresse à Georges )...





Les PINCES inquiétantes d'un King Krab soviétique.

Sur cette autre photo inédite on peut voir Bernadette creuser le tombeau de ses illusions bourgeoises, et Jacques rire de bon cœur d’un tel manque d’imagination féminine.




- Vas-y Maman, creuses, creuses...  tu trouveras bien une cassette ici...
- Tu n'es qu'un bon à rien, Bon sang, Jacques... mets plutôt un bleu et va te chercher une pioche !



Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 22:41
Voilà un papier publié sur le webzine "SUR LE RING", lors des sympathiques parades estudiantines anti-CPE de ces derniers mois :

Le lien ici.



Homo-manifestus, animal triste


Par curiosité je suis monté à Paris le mercredi 29 mars au petit matin, au lendemain de la grande manifestation anti-CPE qui a rassemblé dans la France entière pas moins de trois millions de manifestants ( selon les syndicats ), et j'eus la surprise de constater que la Seine coulait toujours dans le même sens... Ma déception fut grande après toutes les récentes promesses syndicales et médiatiques de révolution sociale et culturelle, contre le CPE, et même contre le libéralisme mondialisé ; imaginez un peu : je m'étais levé tôt, je venais de ma banlieue tristounette en transports en commun, je comptais bien voir les stigmates d'un changement de civilisation. Mais la Seine coulait toujours dans le même sens...






Je croise d'abord un agent de la police municipale, bonhomme et souriant, qui me renseigne : « Ah, je ne sais pas Monsieur Ajavon, j'étais en congé hier, mais je crois que c'était la gay-pride, la Fête de la musique, ou les 24H du Mans, une manifestation festive dans ce genre-là avec des jeunes-gens avenants et peinturlurés, des tifosis sous tension, la presse, des cabanes à frites et tout le toutime... en tout cas les copains de la voirie ont ramassé toute la nuit des bris de verre et des préservatifs... » Il m'expliqua encore longuement les dégâts qu'il avait constaté dans les rues de Paris dont il était en charge de la surveillance, mais je crus préférable d'abréger l'entretien avec un proposé, certes affable et sympathique, mais qui n'en savait pas lourd sur la question. Je poursuivis alors mon enquête le long des rues concernées par la manifestation du 28 mars, et rapidement mon opinion fut faite. Après deux bonnes heures d'errance dans l'aube délicate et haussemannienne, après bon nombre de rencontres avec les habitués des lieux, cafetiers, kiosquiers, riverains, poulets, boueux, et autres pique-assiettes qui sillonnent courageusement Paris sans y habiter, mon opinion fut faite. La Seine coulait toujours dans le même sens car la manifestation d'hier, comme toutes les manifs anti-CPE depuis le début du mouvement, ne tendait pas à la Révolution mais à la construction d'une mythologie vendue en kit, d'une mythologie prêt-à-porter, d'une mythologie archéo-fantasmatique de Mai 68. Une illusion lyrique en somme...


Alors c'était donc cela ces mouvements de foules dans mon poste de télévision hier soir ? C'est en marge d'une « illusion lyrique » que les casseurs habituels et autres « bolosseurs » banlieusards de petits blancs privilégiés se sont distingués hier ? J'arrivais à la place de la République sous un soleil timide qui tigrait le macadam de raies lumineuses. Une jeune et jolie militante rousse d'un syndicat étudiant proche du PS, un peu à la dérive, que j'avais ramassé en chemin, me dit sévèrement : « Pas d'amalgame s'il te plait, la jeunesse est non-violente et cherche simplement à se faire entendre... ».  Il lui fut difficile de m'expliquer en quoi elle cherchait à se faire entendre, cette jeunesse fantasmée, et auprès de qui. Par contre cette jeune-fille savait très bien qui était la jeunesse, la « vraie » jeunesse à ses yeux  : c'était elle, sa s½ur, ses amies du 15ème arrondissement, ses potes d'amphi à la Sorbonne et les copains du syndicat, au-delà c'était l'inconnu et passé la zone 1 du métro...la barbarie... Elle était très remontée contre les jeunes sous-prolétaires de banlieue qui lui avaient volé son sac à main, son Ipod et son téléphone portable hier en fin de manifestation. Ils lui avaient même volé les clés de son appartement et elle avait peur de rentrer chez elle, c'est pour cela qu'elle avait erré dans les rues toute la nuit. Il me parut normal, après un petit verre de calva et quelques promesses, de l'abandonner au sort de ses choix politiques...


 





En revenant sur mes pas, je m'adonnai doucement à la méditation. Trois millions de manifestants de gauche en goguette dans le centre-ville de Paris et des capitales régionales françaises, une majorité d'étudiants encartés dans des mouvements politiques proches des socialistes ou des communistes, des lycéens motivés et turbulents qui ne manqueraient pour rien au monde une occasion d'exprimer leur joyeux goût du désordre, et mon tout accompagné par des éléments syndiqués de la fonction publique. Plus, j'allais l'oublier, ma chère petite militante qui a été confrontée si durement à la réalité de la fracture sociale et urbaine... Je comptais sur mes doigts, gravement... le compte n'était pas bon. Contrairement à ce que les médias annonçaient, toute la France n'était pas dans la rue, mais seulement une petite minorité d'activistes engagés dans toute une série de luttes politiques, incluant le CPE mais le dépassant largement. Les slogans des banderoles d'hier visaient le capitalisme, le libéralisme, l'ordre, le gouvernement Villepin, le réalisme politique, et pourquoi pas le scandale des paysans sans terre au Brésil, les méchantes multinationales du médicament qui laissent mourir du Sida les gentils enfants africains, les règles du jeu de l'OMC et tout un fatras alter-mondialiste hétéroclite du même tonneau


La France qui était dans la rue hier, donc, n'est pas toute la France. C'est une certaine France, engagée, organisée, prompte à la manifestation, avide de luttes syndicales et politiques, qui serait prête à tout pour renverser un gouvernement pourvu qu'il soit de droite, au risque - en l'espèce - de ne pas voir la forêt que cache l'arbre-CPE : c'est à dire l'ensemble de la loi sur l'égalité des chances. Cette France vindicative, souvent très jeune et dynamique, se cherche surtout des valeurs mythologiques personnelles dans les ruines de celles de leurs parents. Voici une jeunesse qui ne se construit pas sa mythologie contre mais avec les mythes de papa-maman, et avec leur consentement amusé. Cette France c'est celle de l'homo-manifestus, animal triste ; la France des nouveaux anti-modernes, ennemis du changement.


Philippe Muray, récemment décédé, avait fustigé maintes fois le bobo moderne comme étant un homo festivus... ne vivant que par la fête, la manif, le divertissement, la subversion de vespasienne et toute une morale de la solidarité pompée dans Astrapi ; n'ayant comme carburant spirituel que l'obsession de la sécurité sociale et l'ambition du plaisir individuel. Ainsi, l'homo festivus de Muray, le « mutin de Panurge » aime les 35H car cela lui permet de faire du roller le vendredi soir dans les quartiers chics de Paris, l'homo festivus - archétype de l'héritier à la Bourdieu - aime Paris-Plage et la Fête de la musique, il aime la vie, le sexe et le bonheur en général. Mais la vérité est imparable : la vie humaine, quoi que l'on tente, est une course tragique contre la mort et l'homme festif se ment à lui-même sur le sens de sa vie. La plupart des lycéens et des jeunes étudiants mobilisés contre le CPE sont de ces homo-festivus homo-manifestus du "peuple de gauche", souvent issus de classes sociales privilégiées, qui attendent que la société fasse leur bonheur... il faudrait les prévenir d'urgence : ils iront de désillusion en désillusion, jusqu'à mourir en se disant qu'ils ont été floués. Cette France-là se fiche pas mal du CPE en réalité : elle court naïvement après des idées libertaires agonisantes qui ont été disqualifiées depuis longtemps par le réel, qui a toujours le dernier mot.


Après deux bonnes heures de flânerie dans les rues de la capitale, et fixé provisoirement sur le sens de ce mouvement festif de jeunes tifosis en manque de mythes, courant après le « Mai 68 » ressassé chaque semaine par leur papa autour du gigot dominical, je me décidai à quitter la capitale pour regagner mes pénates. J'en avais assez vu et pour ma part je n'avais pas envie de me forcer à être heureux : le ciel était déjà gris et la Seine coulait toujours dans le même sens. Rive droite, rive gauche. Je traversais le Pont Mirabeau pour récupérer les transports en commun. J'aperçus alors ma jeune militante, un peu paumée : elle me suivait à distance avec de grands yeux éplorés. Finissons-en, me dis-je : je lui donne de quoi se payer un ticket de métro pour rentrer chez elle et lui conseille de s'occuper davantage de son avenir et moins de celui de sa génération, qui n'en est pas une. Mais elle fondit en larmes sur mon épaule. Homo-festivus, animal triste...

Fxa.

 


Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 22:21

Un texte inédit… bonne lecture !

fxa.



L’étoile jaune et la planète naine.

Par François-Xavier Ajavon.


 

 

Un honnête estivant aoûtien pourrait légitimement tomber des nues à son retour en France, après quelques périples aventureux qui l’aurait coupé du monde et de son actualité. Passé la frontière et de retour à la vie réelle il aurait à apprendre coup sur coup deux événements de grande importance : certains astronomes très austères, et très sérieux, veulent priver Pluton de son statut de planète au sein de notre système solaire ; et certains amis de la « Cause Palestinienne », non moins austères, voudraient priver Israël de son statut d’état.

 

 

Les retours de vacances sont toujours difficiles. On découvre avec stupéfaction des factures inattendues ou des lettres de rupture amoureuse ; on  s’est fait cambriolé ou alors un dégât des eaux a ruiné les tentures murales, voire les toiles de maître. C’est le revers de la médaille des grandes vacances, des si joyeux « congés payés »… mais de là à imaginer que, dans son dos, on ait voulu soustraire au monde un état et une planète.

L’Union astronomique internationale vient de décréter, lors de son assemblée générale, à Prague, que Pluton, reconnue depuis les années 30 ( depuis sa découverte par l’américain Clyde Tombaugh ),comme étant une planète, était en réalité une « planète naine ». La conséquence de cette décision est de ramener à huit le nombre de planètes dans notre système solaire, et de faire de Neptune la dernière étape de notre système planétaire. Le lancement, en janvier 2006, de la sonde New Horizon, par la NASA, n’y changera rien… le petit bijou technologique de l’agence spatiale américaine doit arriver sur site, au-dessus de Pluton autour de 2015, pour faire un état des lieux, mais rien n’y changera... On avait déjà son idée bien arrêtée, depuis longtemps, sur cette planète atypique, découverte tardivement… de longue date on ne l’aimait pas trop cet « objet » transneptunien, avec son orbite « décalée », mesurable par son inclinaison et son excentricité orbitale. De longue date elle faisait un peu tâche dans l’establishment scientifique. On lui avait d’ailleurs donné un nom inquiétant…. « Pluton »… à cause de sa nature glacée et désolée. Et puis Pluton ne faisait que 2300Km de diamètre…  à peu de chose près la distance de Paris à Jérusalem, alors que la Lune, notre satellite terrien, fait mille kilomètres de plus. Un corps stellaire pas très sérieux en somme…

Serge Gainsbourg s’était gentiment moqué, avec beaucoup d’esprit, de l’étoile de David, dans sa chanson « Yellow Star », extraite de son album légèrement hermétique de 1975 « Rock around the bunker ». Il chantait « J’ai gagné la Yellow Star / Et sur cette Yellow Star y’a peut-être marqué Shérif / Ou Marshall ou Big Chief (…) / Je porte la Yellow Star / Difficile pour un juif / la loi du struggle for life… »… après l’exclusion de Pluton du système solaire, faudra t-il subir la dénégation de l’étoile jaune ? Et après… la négation de l’état d’Israël ?



Serge Gainsbourg soutient un mur

Depuis le début des combats au Proche-Orient, depuis le début des opérations militaires de Tsahal contre les bastions terroristes libanais du Hezbollah, une foultitude d’intellectuels se sont exprimés, ici ou là, dans les rubriques « tribunes » de quotidiens nationaux chics ou sur les antennes des médias audiovisuels les plus écoutés. Comme il se doit, bon nombre de membres de la communauté juive ont ouvert le bal des critiques. Rony Brauman, par exemple, ex-patron de l’organisation humanitaire MSF a déploré « l'esprit communautaire des juifs de France se retrouvant systématiquement autour d'Israël »… Diable ! En effet, quel malheur de se retrouver autour d’un état légitime, reconnu par la communauté internationale, et garant des libertés de la région proche-orientale. Comme il se doit, bon nombre d’intellectuels bien en vue, issus du monde arabe ou de la communauté juive française « de gauche », n’ont pas hésité à stigmatiser avec violence les opérations anti-terroristes israéliennes, ciblées, visant des nids d’aigles islamistes. L'écrivain Marek Halter, en arriva même à stigmatiser dans la presse ceux qui, « exhibent leur étoile jaune pour condamner Israël ».

 

Partout on lit des libellés douteux contre les Etats-Unis et contre Israël, contre leurs supposées politiques « impérialistes » croisées           animés par des « juifs » de fantasme… partout on lit des articles qui mettent sur le même « plan » géopolitique et stratégique la violence fanatique et  terroriste des groupes armés palestiniens, qui frappent aveuglément la population israélienne, et les activités anti-terroristes structurées, de Tsahal… partout, en France, on veut nous faire croire que le Hezbollah est un interlocuteur honnête et respectable…  Méfiance… « Radio-Paris ment, Radio-Paris est Allemand… », et l’histoire nous a appris qu’il fallait rester sur ses gardes idéologiques…car il se trouve que le Hezbollah a autant de capacité au dialogue politique, sur la scène internationale, que j’en ai personnellement, pour la danse classique, sur la scène de l’Opéra Bastille. C’est un fait, triste. Pleurons-le…

 

 

A l’extrême-gauche, sur le site web alter-mondialiste « Bella Ciao »[1], qui regorge en général  d’informations utiles et désopilantes sur la vie et le monde, une certaine Danielle B…, qui n’hésite pas à caractériser Fidel Castro de « un des plus grands hommes politiques de notre temps » ( article du 4 août 2006 ), n’hésitait pas non plus à demander purement et simplement la suppression d’Israël, peu avant, citons-là in-extenso, avec des gants chirurgicaux et un sac-vomitif à porté de main : «J’affirme qu’il n’y aura de solution qu’à travers la suppression de l’Etat d’Israël, de l’entité étatique qui aujourd’hui fait la démonstration de sa nocivité pour tout le monde (…) Cet Etat, pure création coloniale, à travers lequel depuis les origines jusqu’à nos jours, les Européens, les Occidentaux font payer le génocide nazi à des peuples du Moyen-Orient qui n’y sont strictement pour rien, est de ce fait une monstruosité morale et politique. » ( article du 14 juillet 2006 )

 

 

Cet arbitraire carottage idéologique dans la pensée alter-machin d’extrême-gauche est très partiel, évidemment, et certainement assez peu représentatif de la philosophie réelle des leaders d’opinion, musulmans ou non, du monde arabe et de l’extrême-gauche occidentale pro-palestinienne… cependant les mots sont là… et on commence à les entendre ici et là…  « la suppression d’Israël »… et ça me donne des frissons dans le dos… d’autant plus que l’opinion publique, imbécile comme il se doit, donnera toujours sa compassion mécanique à David contre Goliath, symbole du mal universel, et de la puissance mythologique… il donnera toujours sa si précieuse compassion au plus pauvre, au plus faible, sans voir qu’il est parfois aussi le fanatique religieux le plus dangereux…

 

Supprimer l’Etat d’Israël… supprimer Pluton… supprimer Pluton… supprimer l’Etat d’Israël… supprimer l’Etat d’Israël… supprimer Pluton… l’étoile jaune et la planète naine…  où va t-on, ainsi ?

 

Les orbites les meilleures sont les plus courtes… comme les bonnes blagues… et les étoiles jaunes, comme les planètes naines, connaîtront leurs éclipses… mais elles ne seront jamais totales.



[1] http://www.bellaciao.org/fr/

Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 21:54
Voilà le dernier papier que j'ai fait paraître dans "Le Monde" le 22 septembre 2006, concernant l'image des femmes dans les médias. Les "surfemmes" fantasmatiques des représentations médiatiques doivent-elles résumer à elles-seules la situation de toutes les femmes de france ?

Une réaction très positive de femme bretonne ici.
Une réaction plutôt négative ( encore que ) ici.
La réponse d'une féministe charmante et patentée, dans les mêmes pages ici.
Mon papier cité dans le Christian Science Monitor de Boston ici.

 

 

Le mythe de la " surfemme "

 


Nos sociétés occidentales seraient-elles en train de passer du dénigrement éternel du genre féminin à une mystique progressiste de la femme surpuissante et idéale ? Le reniement de tant de siècles obscurs d'odieuses discriminations à l'égard des femmes doit-il se faire au prix de la naissance d'une encombrante figure médiatique nouvelle, la " surfemme ", qui ne concerne que très peu la population.

 

Evidemment, on objectera le fait qu'Hélène de Troie ou Marie-Madeleine, Golda Meir ou Margaret Thatcher, Marie Curie ou Hannah Arendt, Virginia Woolf ou Mme de Staël, et bien d'autres, n'ont pas attendu les mouvements de libération de la femme pour prendre le pouvoir dans nos contrées et nos esprits, ou pour avoir du génie ; certes, mais le mythe actuel de la surfemme exige des femmes qu'elles allient tout ce qui constituait leur identité préalable de genre opprimé (le culte du corps forgé pour le désir et la reproduction, la superficialité d'agrément, l'adhésion à des valeurs de douceur, de réserve, l'attachement aux enfants comme projet de vie, etc.) à de nouvelles exigences caricaturales, puisées dans ce que l'imaginaire masculin peut donner de pire : la réalisation de soi dans l'épuisement au travail, la combativité débridée en contexte économique libéral, le goût viril du pouvoir et des honneurs, comme autant d'attributs phalliques.

 

La femme moderne, la femme d'aujourd'hui, la surfemme telle qu'on nous la présente dans les médias, doit donc être à la fois une archaïque et belle " dame du temps jadis ", mais aussi une figure féminine dépouillée de ses attributs, et singeant même les hommes. Le passage de la misogynie à la philogynie doit-il se faire au détriment des femmes réelles ?

 

Certes, la femme revient de loin, il faut l'avouer. Pour ne prendre qu'un exemple cocasse, le médecin Nicolas Venette (1622-1698) n'hésitait pas à écrire dans son très fameux essai Tableau de l'amour conjugal : " Les femmes sont plutôt légères qu'ingénues ; si elles engendrent et vieillissent plus tôt, c'est aussi une marque de faiblesse de leur chaleur ; l'excès de l'amour ne peut être principalement attribué à la force de cette même chaleur, mais à l'inconstance de leur imagination, ou plutôt à la providence de la nature, qui les a faites pour nous servir de jouet après nos plus sérieuses occupations. L'homme, au contraire, agit avec plus de fermeté, se défend avec plus de courage, raisonne avec plus de force, et contribue à faire un enfant avec plus de promptitude. "

 

Impossible, de nos jours, d'imaginer que la surfemme médiatique puisse être le " jouet " de qui que ce soit, si ce n'est des médias eux-mêmes. On connaît l'effet loupe de la presse, qui s'intéresse en priorité aux événements spectaculaires, aux individus hors normes, aux premiers cercles des pouvoirs culturel ou médiatique, et qui n'a de cesse de mettre le focus sur d'absolus cas particuliers du genre humain... c'est pourquoi la surfemme, figure médiatique inquiétante du monde contemporain, a toutes les chances de prospérer dans nos imaginaires. Les nouveaux symboles de l'émancipation de la femme sont prélevés chaque jour dans des catégories professionnelles pour le moins minoritaires et rattachées à des symboliques de pouvoir : élue, figure du monde associatif, chef d'entreprise, quand ce n'est pas pilote de ligne ou même astronaute. Savoir qu'une femme peut maintenant devenir pilote d'A380 chez Air-France ou présidente de la République doit faire une belle jambe à la majorité des Françaises, qui aspirent surtout à une vraie égalité de salaire ou au respect dans le monde du travail.


 


Kate Moss dans ses oeuvres diaboliques de beauté.


A côté de cela, d'autres mythologies de la surfemme sont tout aussi persistantes. C'est la surfemme aux mensurations idéales, dictées par on ne sait quel nombre d'or mystérieux mais efficace ; c'est le supermodèle, mannequin aux formes adolescentes, sylphides diaphanes. Moins de 5 % des femmes du " pays réel " satisfont aux normes idylliques du 90-60-90 pour 1,78 m, qui est en général le ticket d'entrée nécessaire dans les agences de mannequins. Alors : monstrueuse ou sublime, la surfemme ?

 

Cette surfemme médiatique n'est-elle pas, finalement, un instrument du monde masculin ? En quoi des figures aussi exceptionnelles et remarquables, dans leurs genres respectifs, que Ségolène Royal, le mannequin Kate Moss ou l'astronaute Claudie Haigneré sont-elles représentatives d'un quelconque progrès de la place des femmes dans nos sociétés ? Avec tact et un sens exemplaire de la neutralité politique, France 2 s'apprête d'ailleurs à programmer - en pleine campagne pour l'élection présidentielle - une série télévisée sur le thème d'une femme qui arrive à la présidence de la République et qui découvre, quelques mois après son investiture, qu'elle attend un enfant. Ersatz ségolien de " Commander in Chief ", la série française " L'Etat de Grace ", dont la diffusion est programmée au début 2007, visera certainement encore à montrer une wonderwoman diplômée, en Chanel-Prada, confrontée aux exigences croisées de la maternité, de la féminité, du pouvoir et de la volonté de puissance. Sortira-t-on un jour de cette caricature de femme moderne qui s'émancipe par l'hyper-puissance ? La surfemme médiatique, image " fantomatique " de la puissance ou de l'hyper-beauté, conduira-t-elle à une véritable émancipation - ou plutôt à un effet collectif de réaction et de retour vers les rassurantes figures maternelles du passé ?

 

Les femmes du monde réel résisteront-elles longtemps à la pression si violente exercée par les modèles féminins d'hyperpuissance que les médias leur martèlent au quotidien ? Rien n'est moins certain...

 

 François-Xavier Ajavon

 

 


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