Bienvenue sur le blog culturel, antique, médiéval et philosophique Apocoloquintose and Co.,
lancé en l'an de grâce 2006. Vous y trouverez quelques uns de mes textes publiés dans la presse, quelques réflexions inédites, et tout un fatras philosophico théologico littéraire de bon
goût.
La chasse aux
musiciens de droite est ouverte. C’est parti pour la chasse aux sorcières ! C’est parti pour la chasse aux Snark ! Qu’on se le dise ! On savait déjà que les Rita Mitsouko étaient passés, il y a quelques semaines, devant le grand tribunal du « Bien », et avaient du répondre dans l’hebdomadaire
Marianne de plusieurs chefs d’inculpation tels que : anti-communisme, sympathie sarkozyste passive, crainte des intégrismes religieux, amitié pour Maurice G. Dantec, etc. mais la fête
n’est pas finie.
L’opération de purification politique de l’aristocratie du spectacle n’est pas terminée. La manœuvre de liquidation des miasmes anti-progressistes est en cours. Le remplacement de toutes les
piquantes individualités politiques et philosophiques, par un monde d’« intermittents du spectacle » dominants, homogènes et obéissants, n’est pas achevé. Quelques boulons doivent être encore
resserrés.
Le grand « Show », fébrile et permanent, tonitruant et médiatique, qui soutient habituellement les artistes, n’hésite pas à les dévorer quand l’occasion se présente. Le grand Moloch médiatique, «
saturne africain », le bel Ba’al Hammon à carte de presse, réclame sa pitance sacrificielle. Le dieu cosmique carthaginois des réseaux d’information veut de la chair fraîche, du rocker
culte, du guitariste virtuose, du chanteur glamour… Il en veut toujours plus. Toujours ! Toujours ! Un jour, quoi qu’il arrive, il veut détruire, avaler, ravaler, reprendre ce qu’il a
construit…
Fred Chichin, des Rita Mitsouko, nous a quitté la semaine dernière, mais la presse française a trouvé dès ce week-end une
nouvelle cible « rock n’roll » à diaboliser : le formidable chanteur britannique Morrissey, ex-leader du groupe culte « The Smiths », et maître à penser glam de toute une génération.
L’excellent webzine de gauche Rue89.com, qui est en général une source d’information particulièrement intéressante, nous livre ce samedi un article dissonant qui règle son compte de manière un
peu expéditive, et sans plus d’enquête, au chanteur Morrissey : "Pour Morrissey, l'Angleterre
est "submergée" par les étrangers".
"Morrissey" en mode "pieds de poule" et "studio harcourt"
Les objets du délit ? Morrissey a donné une interview téléphonique au célèbre magazine britannique « NME » ( New musical express ), dans laquelle il tient des propos particulièrement « limites »,
à la marge de la xénophobie, sur la question de l’immigration en Grande-Bretagne. Pierre Rouchaléou de Rue89 écrit : "(Morrissey) s’est engagé dans un chemin bourbeux, en déclarant (…) que
l’identité britannique est menacée de disparaître, le Royaume-Uni étant "submergé" par les étrangers." Le chanteur déclarant notamment que : « (…) plus l'afflux d’étrangers est en hausse en
Angleterre et plus l'identité britannique disparaît. ».
Vivant entre Los Angeles et Rome, Morrissey n’est plus directement concerné par la situation migratoire britannique, dont il s’est éloigné. Il a notamment coupé le lien avec Leicester "première
ville du Royaume-Uni où les Blancs sont en minorité" comme le rappelle malicieusement l’article de Rue89. Morrissey, échaudé, déclare au magazine anglais NME : "Si vous voyagez en Allemagne,
c'est toujours absolument l'Allemagne. Si vous voyagez en Suède, celle-ci a toujours une identité suédoise. Mais si vous voyagez en Angleterre, vous n'aurez aucune idée où vous êtes."
Tiens, il ne parle pas de la Frnace… Poussières de xénophobie ? Traces ? Certainement. Et on le regrette, parce qu’on l’adore « Moz »… Mais « racisme » ? Certainement pas. Nulle part, dans
la presse ou sur le web, Morrissey n’a fait état de son allégeance à des théories raciales. Quoi d’autre ? Crainte paranoïde face au visage « hyper-tolérant », « ultra-diversifié » et «
super-ouvert » que la Grande-Bretagne a choisi de se donner depuis quelques années, et qui a notamment conduit au scandale du « Londonistan » ?
Avec une mauvaise foi exemplaire ( et un brin d’humour qui me fait quand même aimer Rue89… pardonnez-moi… ), l’auteur de l’article contre-argumente faiblement : « Lors de mon dernier séjour
Outre-Manche, on conduisait toujours à gauche sur l’Albert Bridge peint en blanc et rose, et les toasts, sandwichs, cheddar, puddings, fudge du "five o’clock tea" au Berners Hotel à Londres
étaient toujours, comment dire, plus ou moins inspirés. Mind the gap ! ».
« Mind the gap » : fameuse inscription jaune – mythique - sur les quais des stations de métro londoniennes, informant de la proximité des rails… « Attention à la bordure du quai », «
Attention danger ». « Attention Morrissey, tu deviens ‘limite’ » ? On aime bien l’approche du journaliste, mais on aimerait de la part du journaliste plus d’honnêteté. Loin de moi l’ambition de
justifier les propos de Morrissey, que je trouve globalement assez regrettables ( ne serait-ce que par le tort que cela va encore lui causer… ), mais il faut tenter de comprendre ce qu’est
devenue la Grande-Bretagne depuis quelques années… Il faut tenter d’approcher de l’esprit les prêcheurs radicaux musulmans, faisant l'apologie ( voilée, ou non… ) des attentats du 11 septembre
2001, à la Mosquée de Finsbury Park… Finsbury Park, tentez de vous approcher… Il faut tenter de le pénétrer ce « Londonistan » inquiétant, avec ses fidèles radicaux…. trop
longtemps tolérés par les autorités britanniques, et dont certains fidèles seraient tombés dans la clandestinité au cours des années 2003-2005, peu avant les attentats du 7 juillet 2005 à
Londres. Cela n’excuse en rien la xénophobie « téléphonique » de Morrissey, mais cela apporte des éléments de contexte au dossier…
"Une cravate est une corde au cou" ( Malraux )
On s’étonne de la conclusion de l’article du magazine britannique : « Si Morrissey fut jadis la voix d’une génération, aujourd’hui, elle ne l’est plus pour nous »… signe de la political
correctness du NME ou de la méconnaissance de Morrissey par le journaliste ? En réalité cela fait des années que l’on accuse Morrissey de faire de la provocation subversive sur le thème de
l’apologie de l’identité britannique… dans « National Front Disco » ( album « Your Arsenal », 1992, EMI ) il avait déjà provoqué l’indignation, en chantant « England for the English ! » ( dans
une chanson évoquant le parcours de jeunes britanniques désespérés « finissant » au National Front et dans le hooliganisme ) ; Morrissey avait également choqué avec « Bengali in Platforms » (
album « Viva Hate », 1988, EMI ) à propos de l’immigration pakistanaise. Qui saura faire la part des choses entre provocation subversive ( dans un temps de tolérance absolu ) et adhésion sincère
au nationalisme U.K ?
On reproche même au chanteur, ça et là, d’apparaître parfois sur scène enveloppé dans le drapeau britannique, l’Union Jack…on croit rêver… en furetant un peu sur le web on découvre que
l’un des sites du Nouvel Observateur, Obstyles ( le portail des nouvelles tendances ), n’hésite pas à écrire :
« (Morrissey) a toujours été proche de l’idéologie du mouvement skinhead, n’hésitant pas à apparaître lors de ses concerts enveloppé dans le drapeau Union Jack, symbole des
nationalistes. » Diantre. Voilà « Moz » skinhead ( Ces quatre ou cinq dingues aux crânes rasés qui sillonnent l’Île-de-France ? Vraiment ? ), et l’Union Jack devenu un symbole
fasciste… Peut-être est-ce là le crime intellectuel d’une jeune stagiaire de l’Obs... mais on ne saurait tout de même lui pardonner… et le drapeau français est-il devenu un symbole
pétainiste ? Vraiment ? Aïe… j’ai mail à mon cerveau…
On ne saurait effacer, à l’aune de ces différents éléments contradictoires et discordants, la dimension essentielle des chansons de Morrissey et des Smiths dans l’histoire de la pop musique
actuelle. Rien ne saurait effacer : « The Queen is dead », « Maladjusted », « Driving your girlfriend home », « Angel, angel, down we go together », « Piccadilly Palare », « Speedway », etc.,
etc., etc,...
On se délectera aussi de l’addenda qui a été prudemment mis en ligne, dès le lendemain de la publication de cet article par Rue89 : « Mise a jour 1 Dec 07 Morrissey a porté plainte
contre le magazine NME pour diffamation. Les avocats de Morrissey ont publié une mise au point sur le site www.true-to-you.net ».
Dont acte.
Alors simple xénophobie…. xénophobie « téléphonique » ? Passagère ? Injustifiée ? Simple accident d’interview ? Simple inadvertance idéologique ? Appel trop tardif ? Appel au saut du lit ?
Habituelles techniques journalistiques de piégeage ? Guet-apens en bonne et due forme ? On repense au texte de la sublime chanson « Speedway » : « I’ve always been true to
you…in my own strange way… I’ve always been true to you… in my own sick way… I’ll always stay true to you… ». Je serai toujours honnête avec vous…
Jusqu’où ira la chasse aux vieux Snark, délicieusement réacs et glamours, du « Rock n’Roll » mondial ? Qui sera la prochaine victime pop-culturelle de la néo-inquisition
politique des médias ? Quel innocent ? Mick ? Paul Mac’Ca’ ? Elton ? La chasse aux musiciens de droite est ouverte. C’est parti pour la chasse aux sorcières ! C’est parti pour la chasse aux
Snark ! Qu’on se le dise !
La fête n’est pas terminée ! Le procès est à venir ! Les procès sont à venir… et que – par pitié – pendant que les très dignes et brillants lawers britanniques engrangent leurs honoraires, le « rock » ne cesse pas de se faire, surtout pas… right side/left side… le rock n’a pas besoin
d’avocats, ni d’inquisiteurs syndiqués, fussent-ils « Maladjusted », ni même de chasseurs de Snark, ou de têtes, curieux ou malsains… le rock réclame un peu de silence médiatique à
présent. Le grand « Show » a besoin de se régénérer en silence, en neutralité, en discrétion…. dans l’écho d’un silence, ou dans l’ombre de l’ombre de géants tels que Morrissey…
*
* *
PS : en haut à gauche de cet article, c'est Jean Marais qui est face contre terre, la tronche dans l'eau, sous l'oeil photographique de Jean Cocteau... et
alors ?
La France est au bord de la nouba sociale, de la grande quinzaine festive de l’automobile calcinée, de la médiathèque municipale Louis Aragon carbonisée, de l’école
maternelle Georges Marchais consumée. Emeutes ? Emeutes ? En même temps la France pleure une étudiante en journalisme, atrocement assassinée dans le RER. Acte impardonnable. Impardonnable. On
craint le retour de l’insécurité. On craint le désordre. On craint une vieille chienlit hivernale. Lourde. Plombée. Il fait froid. Les prix augmentent ( c’est ce que dit ma concierge ! ). Il y a
des courants d’air. Mais le président de la République est heureux. Il fait le VRP en Chine, avec Rachida Dati… Commentaire d’image.
Il y a de superbes images qui tombent manifestement mal. Eric Feferberg, photo-journaliste de l’AFP, qui suit le président Nicolas Sarkozy durant sa visite en Chine a pris ce
superbe cliché dimanche 25 novembre. L’image a été publiée par de nombreux sites Internet et par plusieurs journaux. On y voit le Président de la République, Rachida Dati et un officiel chinois.
C’est ce que l’on appelle une plongée ( les sujets sont photographiés « de haut » : l’appareil de prise de vue surplombe ses sujets ). C’est là une première originalité de ce cliché :
les grands de ce monde et autres porteurs d’écharpes officielles sont rarement représentés sous cet angle, légèrement « réducteur ». Ils sont plus fréquemment pris en contre-plongée ( le
sujet surplombant l’appareil de prise de vue ), comme sur cet autre cliché de l’AFP, pris par le photographe chinois Goh Chai Hin, représentant Nicolas Sarkozy et le président chinois Hu Jintao,
le 26 novembre 2007 à Pékin. La contre-plongée donne de l’importance et de l’épaisseur au sujet, alors que la plongée l’écrase, le contraint, le réduit.
Mais revenons à l’image d’Eric Feferberg. Sur ce cliché Nicolas Sarkozy, qui fait face à l’objectif, a un regard extatique de petit garçon qui s’amuse, et la belle Rachida - gainée de fourrure -
sourit à un ami quelconque, qui est hors-champ. Ca sent le bonheur. Ca sent la communauté amicale, chaleureuse. C’est pour ça qu’elle tombe mal cette image ; surtout cette semaine. Très mal. Et
pour plusieurs raisons. D’abord la France s’est réveillée avec une méchante gueule de bois, lundi, en apprenant l’agression sauvage – et le meurtre au couteau - d’une étudiante en journalisme de
23 ans, Anne-Lorraine Schmitt, dans une rame du RER D, par un récidiviste d’origine turque. Ensuite la France est un peu groggy depuis quelques jours, en assistant à la reprise des
affrontements télévisés entre « jeunes » des « banlieues » et policiers. Les violences semblent concentrées sur la zone de Villiers-le-Bel ( charmante bourgade bucolique et pittoresque du Val
d’Oise ), mais chaque soir ce sont plusieurs dizaines de policiers qui sont blessés par des jeunes qui tirent à balles réelles sur les forces de l’ordre. On ne doute pas que la grande quinzaine
anti-flic de 2005 va reprendre, sous les feux croisés des commentaires sociologiques et des scansions morales des « grands frères » et autres « directeurs de Mjc »… ( « C’est l’ennui, ma bonne
dame, qui conduit à brûler des voitures ! Ce sont les contrôles d’identité, répétés, subis par les jeunes, qui leur donnent envie de bouffer du poulet ! C’est l’architecture, ma bonne dame,
l’architecture… et oui, ça rend con l’architecture, ce sont les tours le problème… ça rend con les tours… regardez les Amériques ! Regardez New-York, ma brave dame ! » ).
Alors cette photo tombe mal. Très mal. Car l’homme du Karsher, celui qui promettait de nettoyer les quartiers de leurs « racailles », semble prendre des vacances loin de la France. Certes, il est
au taf, il est au taquet, cela ne fait pas le moindre doute… il vend des Airbus, des usines Sanofi et des tas de trucs qui ne risquent pas de m’enrichir, mais il fait le touriste quand même. Le
cliché de l’AFP laisse songeur. Pourquoi est-il si loin de nous, si loin de l’objectif… alors qu’on aurait aimé le voir consoler la famille déchirée ( "broyée" dit une proche dans l'Est
Républicain ) d’Anne-Lorraine Schmitt, alors qu’on aurait aimé le voir en chef d’équipe auprès de son gouvernement, en chef de l’état auprès des policiers à Villiers-le-bel.
Pendant ce temps là, la Ministre de l'Intérieur, Mme. Alliot-Marie, lance des appels dans le vide : "Il faut que des mesures soient prises pour empêcher ceux qui tirent sur les policiers de le
faire”. Qui doit prendre la responsabilité de telles mesures ? Suivez mon regard. Ou, non, suivez plutôt son regard sur la photo...
Sur le cliché il est loin, le Président, mais pas seul. Il est accompagné de la ministre de la justice, Rachida Dati. On se demande pourquoi. Evidemment, ça fait un peu couple présidentiel, mais
elle est juste ministre de la justice. C’est entendu. Tiens, une ministre de la justice… ça aurait été pas mal, en France, pour commenter le parcours du tueur d’Anne-Lorraine, criminel
sexuel multirécidiviste, remis en liberté sans contrôle… Mais bon, on se dit : ils sont là-bas en copains, pour vendre des Airbus et faire des photos. D’accord. Ils sourient. D'accord. La France
qui se lève tôt a le sourire. D’accord. Sont-ils heureux ? Ils seraient donc au moins deux. C’est un bon début. D'accord.
Sur le cliché d’Eric Feferberg l’arrière plan est constitué de l’un des plus célèbres chefs d’œuvres de la sculpture chinoise, l’armée en terre cuite de l’Empereur Qin, située à Xian. Ce site
archéologique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est composé de 6000 statues de guerriers – strictement singulières – mesurant environ 1M80. L’Empereur Qin, unificateur de la Chine, fit
enterrer à côté de son tombeau une copie de son armée dans les positions traditionnelles du combat. C’était il y a plus de 2000 ans… On se demande, à l’heure où la poudrière de Villiers-le-Bel
projette ses premières étincelles inquiétantes sur les villes voisines et les départements limitrophes, si Nicolas Sarkozy ne devrait pas les emporter dans la valise diplomatique, ces guerriers
chinois de l’antiquité. Ces valeureux combattants. Ces soldats. On se demande si il ne devrait pas leur demander, à l’oreille, des conseils pour juguler les violences, dans les rames de RER comme
dans les rues de certaines villes françaises. On se demande, absorbé dans une rêverie fantasque, si Sarkozy ne devrait pas prendre la tête de l’armée de Qin, et rentrer en France à cheval. A la
tête d’une armée de chinois, en terre cuite, armés de Karsher…
Et puis non, finalement. On reprend la photo de l’AFP. On la regarde dans tous les sens. Il y a de superbes images qui tombent manifestement mal. Très mal. On se demande surtout pourquoi il n’est
pas déjà en France, le Président…
*
* *
PS: on lira avec profit le bouleversant hommage rendu par Frédéric Pons, de Valeurs Actuelles ( sur le blog de VA ), à Anne-Lorraine Schmitt, qui fut stagiaire au sein de l’hebdomadaire.
Depuis plusieurs années, les membres des Untergunthers investissent des sites divers de la capitale (églises, bâtiments, cryptes...) qu'ils... restaurent clandestinement. « Ce sont des
initiatives extrêmement spontanées. Généralement, il s'agit de sites que l'administration a abandonnés ou dont elle ignore jusqu'à l'existence », explique Lazar Kunstmann, leur
porte-parole…
Un article de Clarisse Fabre, dans Le Monde, attire notre attention sur un très sympathique groupe d’activistes clandestins BCBG – les « Untergunthers » - dont
le but est de « restaurer les parties invisibles du patrimoine ». Loin d’avoir des profils de terroristes, de faucheurs d’Ogm, ou de délinquants de droit public, les membres d’Untergunther ont
entre 35 et 40 ans et sont parfaitement rangés ( avocats, magistrats, intellectuels, profs, etc. ). Ils ont simplement le goût de la subversion chic, et un tropisme culturel marqué pour
l’occupation illégale des monuments historiques.
De septembre 2005 à septembre 2006, plusieurs membres de cette organisation ont occupé le Panthéon - à l'insu de l'administration - dans le but de réparer son horloge. "C'est une horloge Wagner,
qui date de 1850. Elle ne fonctionnait plus depuis 1965 et tout le monde l'ignorait. On l'a remise en état avant qu'il ne soit trop tard", raconte l'un des porte-parole d'Untergunther, Lazar de
son nom de code. "On n'est pas des squatteurs. Créé dans les années 1980, à l'époque où les soirées dans les carrières étaient à la mode, UX investit des sites inutilisés tout ou partie du temps,
comme une station de métro la nuit. Ces lieux sont des "délaissés urbains". On y organise des activités positives et apolitiques : festivals de films, rénovation patrimoniale", a expliqué Lazar
au Monde.
Le Panthéon, à Paris.
L'atelier de restauration, baptisé UGWK, a été piloté par Jean-Baptiste Viot, un ancien horloger de chez Bréguet, place Vendôme. Entouré d'une équipe, le jeune homme a refait des
pièces manquantes et remis en marche le mécanisme, pour un coût d’environ 4 000 euros. De sources autorisées on murmure que la restauration est de grande qualité…
C’est au cœur du mois d’août que des membres du groupe Untergunther se sont fait arrêter par la police, alors qu’ils tentaient de pénétrer à nouveau dans le Panthéon. Le 23 novembre dernier ils
comparaissaient devant le tribunal correctionnel pour avoir dégradé le mécanisme d’une serrure. Faute d’éléments suffisants ils ont été relaxés.
Le Centre des monuments nationaux se réserve le droit de faire appel. "Il est encore trop tôt pour le dire", a déclaré le directeur du CMN, Vincent Leroux, qui ajoute : "Je ne suis pas sûr
que l'objectif d'Untergunther soit la réparation de l'horloge. N'y a-t-il pas le goût du challenge, de la transgression des interdits ?"
Moralité de l’histoire : il y a donc plusieurs manières d’entrer au Panthéon…
Pour compléter cette déambulation je vous recommande de visionner le très beau court-métrage "Exploration
urbaine" de Lazar Kunstmann, datant de 2002. (14 minutes)
( Tableau : Dali, La persistance de la mémoire - détail )
Certaines mauvaises langues ( dont je ne suis pas
), diront qu’il s’agit peut-être de la plus belle œuvre de Malraux…
En hommage à l'un de ses plus fidèles clients, Jean-Louis Nomicos, chef de Lasserre, a entièrement révisé la recette du pigeon André Malraux sans en trahir l'esprit. La farce est composée de foie
gras et de chair de veau passés au cutter. Il fait ensuite revenir quelques cèpes avec un peu de foie gras, ajoute l'échalote, avant de déglacer au vin blanc d'Arbois et au jus de truffes.
Le pigeon est désossé par le cou, flambé, garni d'un peu de farce et d'un cube de foie gras préalablement coloré sur toutes ses faces. Après 8 minutes à four chaud, le pigeon sera rosé à coeur.
Entre-temps, on aura fait colorer les carcasses avec un filet d'huile d'olive et une noix de beurre, échalotes et ail, jusqu'à la concentration des sucs, avant de déglacer au madère. Le pigeon
sera servi ouvert en deux, avec une garniture de saison, fruits et légumes étuvés, nappé de cette sauce.
Lasserre 17, av. Franklin-Roosevelt. 8e arr. Tél. : 01 43 59 02 13.
Le plat : 60 €
Le dimanche 18 novembre s’est tenue, place de la République, une grande contre-manifestation rassemblant les usagers des transports en commun, victimes de la paralysie des lignes RATP et SNCF,
ainsi que les étudiants opposés au blocage des universités.
"Je ne suis pas inquiète", assure la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, alors que la coordination nationale étudiante est réunie ce week-end à Tours pour décider de la suite à
donner à la contestation contre la loi d'autonomie des universités. Qui sont ces enfants immatures qui jouent à faire la grève ?
Par François-Xavier Ajavon.
Les étudiants opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de
son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain, dans les rues de Saint-Michel, à même les dalles bétonnées des campus de banlieue ou sur les bancs des « amphis » transformés en
tribunes politiques. Ces groupes d’étudiants ressemblent à des bandes d’amis un peu turbulents, sympathiques et rigolards. On pense aux « Pieds Nickelés », à « Quick & Flupke » et surtout à
l’univers du « Petit Nicolas » de René Goscinny, avec la belle Marie-Edwige de l’UNEF, « Elle est chouette, elle a des cheveux jaunes, des yeux bleus, et elle est toute rose… je crois qu’on
va se marier plus tard… » ; avec Clotaire de la LCR, « C’est le dernier de la classe. Quand la maîtresse l’interroge il est toujours privé de récré » ; avec Alceste de la CNT, qui
possède une batte à clous « C’est mon meilleur copain, un gros qui mange tout le temps »….et puis avec Agnan de l’UNI, qui est quand même un bon copain parce qu’il a une voiture, mais
que l’on tabasse à la sortie du campus parce qu’il est de droite. Sans parler du Bouillon, le surgé, un appariteur musclé, qui râle tout le temps quand on fume de l’Afghan dans les
couloirs. Des gosses un peu trop criards, mais indubitablement « jeunes » et « beaux ». On a l’impression, d’AG en AG, qu’ils font l’école buissonnière ou qu’ils vivent une fête ininterrompue...
On a l’impression qu’ils travaillent à vivre une expérience…
A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain, date de la grande manifestation des fonctionnaires. Il est à craindre que les campus
restent bloqués durant quelques jours ou quelques semaines encore. Une insidieuse concurrence médiatique s’est d’ailleurs installée entre les revendications des agitateurs étudiants ( opposés à
la loi Pécresse sur la modernisation de l’Université ) et celles des cheminots de la RATP et de la SNCF ( opposés à la modernisation de leur régime de retraite ). Communauté d’intérêt dans la
lutte contre le président Sarkozy ? Certainement. Mais les étudiants attirent particulièrement l’attention…
Jean de La Bruyère
On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Je le dis comme ça, au passage, mais c’est une réalité. Demandez à des jeunes-gens sortis des lycées publics :
ils ont étudié des textes de Pierre Perret, de Pascal Sevran, de Jean Daniel et de MC Solaar, en classe de français, peut-être de Victor Hugo ou de Emile Zola, au mieux, mais certainement
pas de La Bruyère… Ok, ok, on me dira qu’ils ont suivi un stage de « slam » sponsorisé par la mairie, mais bon… ! Cependant, on devrait relire La Bruyère… car il s’est longuement penché
dans ses « Caractères » sur la situation de l’enfant. L’enfant contestataire. L’enfant révolté. L’enfant qui réclame son dû imaginaire. L’enfant colérique. L’enfant insupportable. L’enfant qui –
telle une Salomé mythologique – réclame à son papa la tête de « Jean-Baptiste » sur un plateau… on extrapole, on extrapole… on voit bien Bruno Julliard réclamer à Sarkozy la tête de Valérie
Pécresse sur un plateau ( de télévision ? ) ! Sa tête sur un plateau ! Sa tête sur un plateau ! L’enfant colérique et gâté par la vie… le chenapan ! On voit moins bien la danse des sept voiles,
mais bon…
On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Le moraliste du XVII ème siècle a réservé aux enfants ( dans son chapitre « De l’homme », au sein de son
œuvre unique, les « Caractères » ) une place significative. Lucide, La Bruyère résumait ainsi l’homme : « Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. ». Evoquant la
prime-enfance des hommes, La Bruyère écrit : « Il y a un temps où la raison n’est pas encore, où l’on ne vit que par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun
vestige ».
En voyant les étudiants révoltés, réclament la tête de Valérie/Jean-Baptiste, sur un plateau ( de télévision ? ), on ne peut s’empêcher de repenser à La Bruyère : « Les enfants sont hautains,
dédaigneux, colériques, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés…. » Reposant un temps le volume sur ses genoux on pense, ému, aux
interventions télévisées du leader estudiantin, et militant socialiste rentré, Bruno Julliard. Mais on poursuit : « Ils ( les enfants ) rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées
et des afflictions amères sur de très petits sujets… ». Reposant à nouveau le volume de La Bruyère on pense, ému, au contenu de la loi Pécresse… Mais on poursuit : « Ils ne veulent point souffrir
de mal, mais aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. Les enfants n’ont ni passé ni avenir, et, ce qui nous arrive guère, ils jouissent du présent. ».
On sait que l’actuel mouvement étudiant, opposé à la loi Pécresse, se nourrit de la récente mythologie anti-CPE. On se replonge dans le volume de La Bruyère : « Les enfant ont déjà de leur âme
l’imagination et la mémoire (…) et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements ». On revoit les bandes de copains étudiants, soudés aux portes des
facultés… Et la Bruyère tance : « L’unique soin des enfants est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent
le dessus et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus ».
On revoit en boucle les images de ces étudiants portant des pancartes contestataires, refusant en bloc le capitalisme, l’occident, la France, le coca à 1€ au distributeur, Valérie Pécresse,
l’impérialisme américain, la situation des indiens du Chiapas, les suicidés de chez Renault, Chirac, Sarkozy, Cécilia, la télé poubelle, les courants d’air, Adolf Hitler, Ivan le Terrible et même
René Bousquet. La Bruyère me répond : « Aux enfant tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux… ».
On songe toujours à Bruno Julliard et à la ravissante Sophie Binet, leaders syndicaux étudiants plébiscités par les médias, et on lit chez La Bruyère : « Les enfants commencent entre eux
par l’état populaire ; chacun y est le maître, et, ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique : quelqu’un se distingue, ou par une grande vivacité,
ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différents et des petites lois qui les composent ». Nous voilà donc au mode monarchique…
Fausse manif de droite
Et puis on songe, finalement à la gauche, et notamment au Parti Socialiste, qui instrumentalise au quotidien le mouvement étudiant, et l’on entend résonner en soi les mots de l’auteur des
Caractères : « Qui doute que les enfants ne conçoivent, qu’ils ne jugent, qu’ils ne raisonnent conséquemment ? Si c’est seulement sur de petites choses, c’est qu’ils sont enfants et sans une
longue expérience, et, si c’est en mauvais termes, c’est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs maîtres ».
On me dira : encore le clash entre les vingtenaires et les trentenaires… encore le clash entre de pseudo-jeunes, agités, passablement instables et de pseudo-vieux, trop intégrés, déjà trop
immergés dans la « vraie » vie, engrenés dans les miasmes de l’indépendance… encore le clash entre les 18-24 ans ( qui ont massivement voté contre Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ) et
les 25-35 ans ( qui ont massivement voté pour le président qui est en place )… Balivernes ! La rupture est entre certains étudiants immatures ( ceux qui ne veulent pas quitter un monde
enfantin et infantile ), et ceux qui veulent (se) grandir, et étudier…
On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain…
Les minots opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son
poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain… En les voyant on songe aussi aux mots de La Bruyère : « Il y a une espèce de honte à être heureux à la vue de certaines misères »… En
les voyant, on se demande : et si le « supérieur » était malade de ses enfants ?