F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.

 

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polemique pure

Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /Nov /2007 09:28
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Le dimanche 18 novembre s’est tenue, place de la République, une grande contre-manifestation rassemblant les usagers des transports en commun, victimes de la paralysie des lignes RATP et SNCF, ainsi que les étudiants opposés au blocage des universités.

"Je ne suis pas inquiète", assure la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, alors que la coordination nationale étudiante est réunie ce week-end à Tours pour décider de la suite à donner à la contestation contre la loi d'autonomie des universités. Qui sont ces enfants immatures qui jouent à faire la grève ?


Par François-Xavier Ajavon.

Les étudiants opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain, dans les rues de Saint-Michel, à même les dalles bétonnées des campus de banlieue ou sur les bancs des « amphis » transformés en tribunes politiques. Ces groupes d’étudiants ressemblent à des bandes d’amis un peu turbulents, sympathiques et rigolards. On pense aux « Pieds Nickelés », à « Quick & Flupke » et surtout à l’univers du « Petit Nicolas » de René Goscinny, avec la belle Marie-Edwige de l’UNEF, « Elle est chouette, elle a des cheveux jaunes, des yeux bleus, et elle est toute rose… je crois qu’on va se marier plus tard… » ; avec Clotaire de la LCR, « C’est le dernier de la classe. Quand la maîtresse l’interroge il est toujours privé de récré » ; avec Alceste de la CNT, qui possède une batte à clous « C’est mon meilleur copain, un gros qui mange tout le temps »….et puis avec Agnan de l’UNI, qui est quand même un bon copain parce qu’il a une voiture, mais que l’on tabasse à la sortie du campus parce qu’il est de droite. Sans parler du Bouillon, le surgé, un appariteur musclé, qui râle tout le temps quand on fume de l’Afghan dans les couloirs. Des gosses un peu trop criards, mais indubitablement « jeunes » et « beaux ». On a l’impression, d’AG en AG, qu’ils font l’école buissonnière ou qu’ils vivent une fête ininterrompue... On a l’impression qu’ils travaillent à vivre une expérience…

A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain, date de la grande manifestation des fonctionnaires. Il est à craindre que les campus restent bloqués durant quelques jours ou quelques semaines encore. Une insidieuse concurrence médiatique s’est d’ailleurs installée entre les revendications des agitateurs étudiants ( opposés à la loi Pécresse sur la modernisation de l’Université ) et celles des cheminots de la RATP et de la SNCF ( opposés à la modernisation de leur régime de retraite ). Communauté d’intérêt dans la lutte contre le président Sarkozy ? Certainement. Mais les étudiants attirent particulièrement l’attention…




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Jean de La Bruyère



On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Je le dis comme ça, au passage, mais c’est une réalité. Demandez à des jeunes-gens sortis des lycées publics : ils ont étudié des textes de Pierre Perret, de Pascal Sevran, de Jean Daniel et de MC  Solaar, en classe de français, peut-être de Victor Hugo ou de Emile Zola, au mieux, mais certainement pas de La Bruyère…  Ok, ok, on me dira qu’ils ont suivi un stage de « slam » sponsorisé par la mairie, mais bon… ! Cependant, on devrait relire La Bruyère… car il s’est longuement penché dans ses « Caractères » sur la situation de l’enfant. L’enfant contestataire. L’enfant révolté. L’enfant qui réclame son dû imaginaire. L’enfant colérique. L’enfant insupportable. L’enfant qui – telle une Salomé mythologique – réclame à son papa la tête de « Jean-Baptiste » sur un plateau… on extrapole, on extrapole… on voit bien Bruno Julliard réclamer à Sarkozy la tête de Valérie Pécresse sur un plateau ( de télévision ? ) ! Sa tête sur un plateau ! Sa tête sur un plateau ! L’enfant colérique et gâté par la vie… le chenapan ! On voit moins bien la danse des sept voiles, mais bon…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Le moraliste du XVII ème siècle a réservé aux enfants ( dans son chapitre « De l’homme », au sein  de son œuvre unique, les « Caractères » ) une place significative. Lucide, La Bruyère résumait ainsi l’homme : « Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. ». Evoquant la prime-enfance des hommes, La Bruyère écrit : « Il y a un temps où la raison n’est pas encore, où l’on ne vit que par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun vestige ».

En voyant les étudiants révoltés, réclament la tête de Valérie/Jean-Baptiste, sur un plateau ( de télévision ? ), on ne peut s’empêcher de repenser à La Bruyère : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colériques, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés…. » Reposant un temps le volume sur ses genoux on pense, ému, aux interventions télévisées du leader estudiantin, et militant socialiste rentré, Bruno Julliard. Mais on poursuit : « Ils ( les enfants ) rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets… ». Reposant à nouveau le volume de La Bruyère on pense, ému, au contenu de la loi Pécresse… Mais on poursuit : « Ils ne veulent point souffrir de mal, mais aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. Les enfants n’ont ni passé ni avenir, et, ce qui nous arrive guère, ils jouissent du présent. ».

On sait que l’actuel mouvement étudiant, opposé à la loi Pécresse, se nourrit de la récente mythologie anti-CPE. On se replonge dans le volume de La Bruyère : « Les enfant ont déjà de leur âme l’imagination et la mémoire (…) et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements ». On revoit les bandes de copains étudiants, soudés aux portes des facultés… Et la Bruyère tance : « L’unique soin des enfants est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus ».

On revoit en boucle les images de ces étudiants portant des pancartes contestataires, refusant en bloc le capitalisme, l’occident, la France, le coca à 1€ au distributeur, Valérie Pécresse, l’impérialisme américain, la situation des indiens du Chiapas, les suicidés de chez Renault, Chirac, Sarkozy, Cécilia, la télé poubelle, les courants d’air, Adolf Hitler, Ivan le Terrible et même René Bousquet. La Bruyère me répond : « Aux enfant tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux… ».

On songe toujours à Bruno Julliard et à la ravissante Sophie Binet, leaders syndicaux étudiants plébiscités par les médias, et on lit chez La Bruyère :  « Les enfants commencent entre eux par l’état populaire ; chacun y est le maître, et, ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique : quelqu’un se distingue, ou par une grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différents  et des petites lois qui les composent ». Nous voilà donc au mode monarchique…




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Fausse manif de droite


Et puis on songe, finalement à la gauche, et notamment au Parti Socialiste, qui instrumentalise au quotidien le mouvement étudiant, et l’on entend résonner en soi les mots de l’auteur des Caractères : « Qui doute que les enfants ne conçoivent, qu’ils ne jugent, qu’ils ne raisonnent conséquemment ? Si c’est seulement sur de petites choses, c’est qu’ils sont enfants et sans une longue expérience, et, si c’est en mauvais termes, c’est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs maîtres ». 

On me dira : encore le clash entre les vingtenaires et les trentenaires… encore le clash entre de pseudo-jeunes, agités, passablement instables et de pseudo-vieux, trop intégrés, déjà trop  immergés dans la « vraie » vie, engrenés dans les miasmes de l’indépendance… encore le clash entre les 18-24 ans ( qui ont massivement voté contre Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ) et les 25-35 ans ( qui ont massivement voté pour le président qui est en place )…  Balivernes ! La rupture est entre certains étudiants immatures ( ceux qui ne veulent pas quitter un monde enfantin et infantile ), et ceux qui veulent (se) grandir, et étudier…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain… Les minots opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain… En les voyant on songe aussi aux mots de La Bruyère : « Il y a une espèce de honte à être heureux à la vue de certaines misères »… En les voyant, on se demande : et si le « supérieur » était malade de ses enfants ?





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Photo de l'étudiante : Reuters.



Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 21:10
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Vous êtes fatigué à cause de cette journée sans transports en commun. Vous avez marché, vous avez rampé dans la terre boueuse et vous avez fait du vélo. En somme vous avez fait du sport Vous rêvez du service minimum, mais vous ne savez plus pour qui voter afin qu’il soit mis en œuvre… Mais ce soir à la télé on vous a expliqué avec pé-da-go-gie que la grève vous a amusé en réalité : vous avez fait des rencontres humaines intéressantes sur les quais bondés, vous avez loué votre premier Vélib’, votre entreprise vous a fait bénéficier d’un dispositif sympa ( organisation du co-voiturage, etc. ), on vous a appris que vous êtes solidaires des cheminots, qu’au fond vous les aimez…On vous a même fait le coup de Jean Gabin dans la Bête Humaine… et là, franchement, comment résister ?

Mais vous avez des doutes, vous êtes courbaturé, vous avez mal aux mollets, vous avez posé une RTT alors que vous n’aviez rien à faire chez vous en milieu de semaine et que votre femme a pu aller bosser. Aujourd’hui le cheminot vous a fait mal. Aujourd’hui le cheminot est votre bourreau…


On me fera remarquer que ce n’est pas très moral de se moquer de ses bourreaux. On raconte d’ailleurs que lorsque l’on tendit à Jean Moulin un bloc-note afin qu’il y inscrive les informations qu’attendaient les Allemands, il a dessiné la caricature de son bourreau. On connaît la suite…

Allez, un classique… "Le train pour Pau..."






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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 10:18
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Le Figaro attire notre attention, en ce jour de grève, sur les pratiques d’intimidations et de menaces de certains syndicalistes envers les jeunes recrues dans les entreprises publiques. Voici quelques témoignages éloquents de machinistes RATP ou SNCF, opposés à la grève, qui ont été victimes d’attaques diverses.


Un conducteur de métro déclare : «En 1995 aussi, j’étais contre la grève. Mais des collègues ont crevé les pneus de ma voiture…». Une jeune machiniste RATP confirme : «On faisait pression sur moi pour que je ne travaille pas. C’étaient des menaces verbales, des intimidations d’autant plus dures que nous sommes peu de femmes dans cet univers très masculin, explique-t-elle. On me disait que je ne serais pas commissionnée ( embauchée définitivement ) si je ne faisais pas grève alors que, justement, je voulais travailler pour être intégrée !»


Un syndicaliste confirme également : «On a notamment vu des saccages de véhicules, des oppositions à la sortie des bus, ainsi que des menaces de s’en prendre aux biens personnels des non-grévistes, du type “on va te péter ta bagnole”»


Instructif…



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Samedi 10 novembre 2007 6 10 /11 /Nov /2007 21:53

Par François-Xavier Ajavon

 

 

 

Une grève reconductible commence mardi soir dans les transports publics. Les universités françaises sont à nouveau bloquées par des étudiants minoritaires opposés à la « loi Pécresse ». Tout est en place, la grève peut commencer… Mais qu’est-ce donc que la grève ? Voici quelques notes sur la grève…

 

 

 

Dans l’ancienne France le mot « grève » avait du panache, il avait de la profondeur, il avait de la cuisse. Certains de nos plus grands poètes n’hésitaient pas à l’employer ouvertement, tel Victor Hugo dans une évocation échevelée de l’océan :  « Oh ! que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve / Sont morts en attendant tous les jours sur la grève / Ceux qui ne sont pas revenus ! », ou bien Paul Verlaine : « J'ai vu passer dans mon rêve / Tel l'ouragan sur la grève / D'une main tenant un glaive / Et de l'autre un sablier / Ce cavalier… ». A cette époque on n’hésitait pas à faire rimer grève avec rêve. La grève était une plage, un petit banc de sable… On y regardait volontiers les jolies baigneuses étendues, on s’y allongeait parfois pour s’enivrer de vin de palme en écoutant chanter le vent…

 

 

 

Mais la grève a changé, c’est certain. Mais qu’est-ce qu’une grève aujourd’hui ? J’avoue que je ne sais pas vraiment, ignorant que je suis. Dans le doute je vais me documenter à la médiathèque de Saint-Malo... Dans le compte-rendu sténographié du Congrès national de la SFIO de 1913 ( On dira que j’ai de bien étranges lectures… ), le « citoyen » Dewinne n’hésitait pas – déjà - à parler de la grève comme d’un acte de dignité et même de « virilité »…Diantre ! De la virilité ! Faut-il donc en manquer à ce point pour en voir jusque dans l’arrêt de travail… Dans un dictionnaire contemporain on découvre bien des facettes de la grève, qui semble être une activité très festive, très « sympa »… c’est un délassement aux mille visages : la grève, qui est donc une cessation de travail, peut être « générale », « surprise » ( sans préavis ), « sauvage » ( décidée directement de la base ), « tournante » ( affectant alternativement divers ateliers d’une usine ), « sur le tas » ( s’accompagnant de l’occupation des locaux ), « du zèle » ( visant au ralentissement de l’exécution d’un travail ), « perlée » ( interruptions régulières de la production ), etc.

 

 

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Voilà des définitions très liées au monde de l’industrie de transformation, au secteur « secondaire », aux usines, aux cheminées fumantes dans l’azur, aux machines-outils vibrantes et hennissantes de plaisir, façon « La ligne générale » d’Eisenstein… « Virilité » quoi ! Au-delà on pense au « Germinal » de Zola, à Etienne Lantier, à la révolte de mineurs… On pense aux barricades. Ca sent la sueur. Ca sent la pénibilité du travail, l’exploitation de l’homme par l’homme. On pense aux grandes grèves qui ont suivi mai 68. On pense aussi à Jean-Sol Partre sur son baril de pétrole à 100$, devant les usines Renault de Billancourt, en train de haranguer la foule ouvrière…  Il y a du romantisme, donc, dans la grève. De la référence historique et littéraire. Du « gras » culturel. De la matière… La médiathèque de Saint-Malo ferme ses portes. En sortant j’entends la mer gémir au loin. J’en sais un peu plus sur l’imaginaire révolutionnaire des grévistes, mais je ne parviens pas à saisir le rapport entre leurs revendications et le monde moderne, avec le confort social français, avec l’eau et le gaz à tous les étages dans les grandes villes hexagonales, avec le paiement des jours de grève, etc. Je rentre chez moi et j’interroge mes amis sur Facebook : qu’est-ce donc qu’une grève les gars ? Ils ne savent pas… ce sont de rustres travailleurs du privé pour la plupart. Un talon cassé du capitalisme ? Un grain de poussière qui bloque la machine ? Une sardine dans le port de Saint-Malo ? Un jeu sadique de petits enfants gâtés ? ( Vous voyez, une atmosphère à la Simenon, avec des fils de notables qui vont harceler le petit peuple, représenté par des gens aussi dégueulasses qu’eux… ) Cela ne m’avance pas beaucoup. Mais tout est en place. La grève peut commencer…

 

 

 

Je compulse un peu la presse pour en savoir plus. Xavier Bertrand, Ministre du travail et des relations sociales, n’hésite pas à déclarer dans le Figaro à propos de la semaine mouvementée à venir : « Chacun des usagers doit se préparer à une grève qui peut durer ». L’exécutif tremble…les préavis de grève qui ont été déposés à la SNCF, à la RATP à EDF et à GDF sont reconductibles. Autant dire que la France s’achemine vers un engluement sérieux…  La « grogne syndicale » ( un simple « hoquet rectal » me souffle une amie malintentionnée, mais j’en doute ) porte sur la question de la réforme des « régimes spéciaux », ( alignement des régimes spéciaux sur celui des fonctionnaires ), mais tend – en réalité - à un objectif politique nettement plus défini : la lutte contre Nicolas Sarkozy et contre l’action du gouvernement Fillon. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT et sémillant ex-leader chevelu des grandes manifs de 1995 ( Ouch… douze ans dans les dents, au passage, et pas un cheveux blanc ! ), espère bien transformer la « grogne » de ces derniers jours en glorieuse révolution prolétarienne… et il compte bien passer à la télé une vingtaine de fois par jour pour répéter que le temps du « mépris » est révolu, que les types qui portent des Ray-Ban Aviator, même par ciel nuageux, ne peuvent pas régner sur la France – surtout si ils viennent de se faire augmenter, de se faire plaquer par une femme superficielle et que leur nom se termine par un « i » grec ! L’opposition socialiste espère que la France se retournera soudainement contre le président qu’elle a élu et contre le système alternatif qu’elle a démocratiquement appelé de ses vœux ( communication, réformes égalitaires, liquidation des miasmes intellectuels de « mai 68 », réalisme économique, etc. ). Bruno Julliard, prometteur patron d’une UNEF qui fête cette année ses 100 ans dans l’indifférence générale, est dans les starting-block : et si les étudiants minoritaires, qui bloquent actuellement une vingtaine d’universités françaises, se ralliaient au mouvement général ? De son côté la ravissante secrétaire d’état à l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, appelle les étudiants opposés aux blocages à se manifester… On rêve d’un tête à tête romantique - au Fouquet’s ou chez Lipp - entre Bruno Julliard et Valérie Pécresse, devant un vieux Dom Pérignon et des toasts au saumon. Tout est en place. La grève peut commencer…

 

 

 

La grève s’assimile donc à de l’agitation sociale ? Bien. La grève est l’apanage de ceux qui ne travaillent pas encore et des employés du secteur public… Bien. La grève est donc une pratique récréative de nature socialement déterminée, segmentée, particulière. Bien. C’est encore le coup du village gaulois rigolo, aux guerriers un peu crados, minoritaires, bornés, irrésistiblement burlesques… les résistants à une Rome rationnelle et moderniste. Mais René Goscinny n’est plus là pour écrire les blagues. Il est en grève. Il est mort le mec ! C’est un peu « Asterix » mais sans la rythmique implacable des gags. Ca doit être tristounet un local syndical du métro parisien, un jour de grève… même si les types ont de la moustache et des glaives d’apparat. Surtout à quelques mois des élections municipales. Pas certain que ça ressemble à un village gaulois de fantaisie, avec son marchand de poissons pourris, son barde, son chef enveloppé, son livreur de mégalithes, etc. On voit bien les murs recouverts de carrelage froid. Il fait froid d’ailleurs. On imagine bien les posters sur les murs… un portrait de Che Guevara, de la réclame pour la prochaine Fête de l’Huma, une photo dédicacée de Georges Seguy, à côté d’une autre de Manu Chao, etc. On imagine bien les machinistes, en habits décontractés, mais griffés ( cf. la grille de salaires de la RATP… un conducteur de métro gagne davantage qu’un gendarme… j’ai jamais compris ça moi… ), en train de voter à mains levées la poursuite de la grève, contre la pénibilité de leur travail, contre la pression patronale, contre le pouvoir de la finance, contre les courants d’air, contre le cancer du poumon, contre celui de la prostate, contre les mecs qui se jettent bourrés sur les voies pour en finir avec la vie et les grèves, contre la mort, contre les mecs qui se garent en double file, contre les Velib’ qui sont le cauchemar quotidien des chauffeurs de bus, contre la ligne automatisée « 14 », qui rend ses usagers heureux...  C’est triste et beau. Tout est en place. La grève peut commencer…

 

 

 

Ecrivant aux 160.000 cheminots dont elle est la muse parfumée, Anne-Marie Idrac, patronne de la SNCF, craint dans cette nouvelle grève un « divorce ( des cheminots ) avec les français »… Les « français » ? Lesquels ? Certainement ceux qui n’ont pas la possibilité pratique de faire grève, ceux qui travaillent dans le secteur privé, ceux qui se lèvent tôt, ceux qui se couchent tôt, ceux qui n’ont pas la culture de la lutte sociale…  Bien entendu, dans les jours à venir, on verra à la télévision des reportages très favorables à la grève, avec des micro-trottoirs bidouillés ne faisant intervenir que des gens « cool », et même « beaux », qui sont « solidaires » des grévistes. Essentiellement de jolies étudiantes, idéalement souriantes, plutôt blondes et attirantes, qui diront : « Ouais j’attends mon train depuis trois heures, mais c’est pas grave… je suis solidaire avec les grévistes… il faut lutter contre Sarkozy qui reconduit à la frontière de l’ADN et des intermittents sans papier d’Arménie. En plus avec son salaire payé en dollar par Bush, il se prend des vacances au Tchad… C’est un scandale ! Grève générale ! Et demain j’enlève le bas ! ». Les types agacés par la grève passeront pour des crétins. Des barbons moliéresques. Ce seront essentiellement des hommes, des quadras et des quinquas un peu brutaux, en costume-cravate, à lunettes, exprimant leur indignement dans un langage distingué mais ferme, les caractérisant comme psychorigide notoires. Tout est en place. La grève peut commencer…

 

 

 

Mais les pays ont vraiment les grèves et les grévistes qu’ils méritent.

 

 

 

Pendant ce temps là, de l’autre côté de l’océan Atlantique… alors que les petits frenchies s’amusent avec des grèves de machinistes ferroviaires, de fonctionnaires gaziers, et d’étudiants ( la notion de « grève » d’un usager d’un service public d’éducation m’a toujours laissé pantois ), d’autres pays plus importants sont confrontés à des grèves autrement plus sérieuses…   Les Etats-Unis vivent en ce moment une crise sans précédent : les scénaristes hollywoodiens, membres du syndicat de la Writers Guild of America ( la Guilde des auteurs d'Amérique ) sont en grève depuis plusieurs semaines : ils demandent une meilleure rétribution sur la vente des DVD ( 8 cents l'unité au lieu de 4 actuellement ) par les studios – cinéma et télévision – pour lesquels ils travaillent. Les chaînes de télévision ont des épisodes de série en avance, mais seulement de quoi tenir jusqu'en décembre, peut-être même janvier. Mais après ? « Desperate Housewives », « CSI », « Heroes » ou « Grey's Anatomy » devront peut-être s'effacer du petit écran. Pas de scénario, pas d'histoire. Pas d'histoire, pas de tournage possible. Pas de série TV, pas de temps disponible pour Coca-Cola… Au même moment les machinistes des théâtres de Broadway se sont également mis en grève…  « En raison d'un mouvement de grève du syndicat des machinistes, il n'y aura aucun spectacle aujourd'hui samedi dans de nombreuse salles et théâtres de Broadway », a indiqué Charlotte St. Martin, directrice-générale du groupement professionnel « League of American Theatres and Producers », dans un communiqué. Tout est en place. La grève peut commencer…

 

 

 

C’est là que l’on s’interroge… qu’est-ce qui touchera le plus les français ? La paralysie durable des transports en commun, ou l’arrêt de la diffusion de certaines de leurs séries télévisées favorites ? Alors « virile » la grève ? En sortant de cette déambulation sur la capacité des français à s’auto-mutiler et à se nuire mutuellement, je repense – étendu sur la grève - à ces vers du grand Gérard Manset…

 

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin, toujours
Avec ta barque sur la grève.
Marchand de rêves
Laisse tomber au fond du sac
Les têtes coupées
Qui chantent encore.
Y'a plus personne debout
Dans les rues d'Angkor.

 

 

 

 

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Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /Sep /2007 11:30

Figure flamboyante des années 70, le juge François Renaud, dit « Le shériff », ancien résistant et formé dans la « Coloniale » au métier de magistrat ( magistrat dans la coloniale c’est : apprendre à être flic+juge+gardien de prison+aventurier… ) était respecté des milieux policiers et foncièrement détesté par toute la pègre lyonnaise… c’est certainement pour cette raison qu’il fut exécuté froidement.

Avec sa gueule de séducteur, à mi-chemin entre Romain Gary et Carry Grant, le juge Renaud n’avait pas peur de brutaliser les gangsters de sa juridiction de « shériff »… c’était un authentique provocateur, ennemi du juridiquement-correct qui règne de nos jours ( « Les pauvres petits anges ne sont pas vraiment responsables de leurs violences, c’est la société inégalitaire, injuste et violente qui les a poussé à faire ceci et cela, etc. et blablabla » ) … Le juge Renaud, lui, n’avait pas peur de prendre des décisions efficaces et rudes, telles que le mandat de dépôt à la barre ou encore la pression psychologique à l’encontre des familles de mis en examen… ( gardes à vue, incarcérations, etc. ) pas le genre de mec à prendre sa carte au Syndicat de la Magistrature, quoi… 


 

 

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Le juge François Renaud


 

Jeudi 3 juillet 1975, 2 h 45. Après avoir passé la soirée chez des amis, François Renaud, premier juge d'instruction au tribunal de Lyon, a regagné à bord de sa BMW son domicile de la montée de l'Observance, sur les pentes de Fourvière. Il fait très doux et, après avoir garé sa voiture, le juge et l'amie qui l'accompagne cheminent jusqu'à la tour La Vigie, où il habite. Lorsque la vitre du conducteur d'une Audi 80 en stationnement s'abaisse et qu'apparaissent les silhouettes de trois hommes, François Renaud réalise brusquement le danger. Il s'enfuit avec son amie, un coup de feu claque, le juge est atteint dans le dos. Il parvient à se traîner derrière une VW coccinelle et s'y recroqueville avec sa compagne. Un homme masqué s'approche, et tire deux balles dans la nuque du blessé.

 

 

 

Pour la première fois en France, un juge en exercice vient d'être assassiné. Le crime est le point d'orgue d'une décennie furieuse. Enlèvements, règlements de comptes, braquages... Lyon est alors surnommée " Chicago-sur-Rhône ".

 


 

La série documentaire « Faites entrer l’accusé » de France 2, présentée par Christophe Hondelatte, a consacré au personnage, et aux très troubles circonstances de son assassinat, un numéro assez intéressant. Le voici.




 

 




Voici la seconde partie.



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Mardi 21 août 2007 2 21 /08 /Août /2007 09:17

 

J’ai fait le test. Franchement. Je voulais connaître les doux agréments quotidiens de la vie d’un homme de gauche. Un vrai, un dur, un tatoué. Un type plein d’espérance en l’homme. Un progressiste pur jus. Un authentique anti-raciste. Un humaniste garanti sur facture. Un amoureux de l’environnement, tenaillé par l’angoisse de la « terre » qu’il va laisser aux générations futures. Un homme qui n’est jamais avare d’une franche indignation, jamais économe d’un coup de gueule « citoyen », jamais lassé d’une prise de position publique contre le capital, le patronat ou encore contre le sexisme qui fait rage à Saint-Germain-des-Prés.



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J'ai franchi le pas : je me suis abonné aux Inrocks


Après avoir signé une pétition en faveur de la cause palestinienne, et une autre contre la guerre d’Irak, j’ai ouvert l’ « Internationaliste » dans le métro, ligne 6. C’était sur le conseil d’une amie de Montreuil. Dieu me pardonne. Le regard concentré, mais bienveillant, je parcourais la splendide prose de cette confidentielle – mais si hype -  publication bolchevique. Tout en me restaurant, avec grâce et préciosité, d’un sandwich bio vénézuélien, aux concombres, issu de l’économie équitable, je vivais un moment d’intense joie littéraire en lisant cette phrase remarquable : « Si au fond l’essence du Que faire ? réside dans la lutte contre les idées de la classe dominante au sein de notre classe, il faut savoir que la seule garantie de succès réside dans une grande quantité de travail en profondeur parmi les masses ». Plongé dans une sombre et voluptueuse introspection sur la situation des indiens du Chiapas, sur le destin du maoïsme, sur le sens métaphysique de la lutte des classes et sur la situation précaire de José Bové, victime du complot industriello-millitaro-capitaliste, je ne fus soustrait à ma rêverie que par l’arrivée dans le wagon de deux magnifiques jeunes-femmes :  Aliénor et sa sœur-jumelle Hilda. Aliénor me demanda : « Monsieur, vous lisez l’Internationaliste ? Vous devez être un homme exceptionnel alors… ». Modeste, comme tous les hommes de gauche, je me perdis en dénégations, et proposa aux deux jeunes-femmes quelques bouchées de mon sandwich végétarien – garanti sans OGM et sans additif issu de l’industrie chimique nord-américaine. Nous parlâmes un peu de la lutte des classes... Je fis à l’oreille d’Aliénor une synthèse brillante et drôle de l’article « Natalité et transformation impérialiste dans l’offre politique du Vatican ». Elle en fut très troublée. Il me parut de bon ton de glisser quelques sentences bien senties contre la chasse, la pêche et la corrida… le sujet étant toujours très porteur avec les femmes. Les deux sœurs descendirent à l’arrêt Bercy, non sans m’avoir laissé un moyen de les joindre : je leur promis de les emmener à la Fête de l’Huma, dans une voiturette électrique à énergie solaire, afin d’assister à un concert du chanteur « engagé » Renaud Séchan, fils du célèbre helléniste. Je leur fis aussi la promesse solennelle de m’engager davantage en faveur de la lutte pour les droits des femmes, pour l’avortement et pour la défense des mères célibataires en contexte urbain.





J'ai décidé d'être un homme heureux en Vélib'



A l’arrêt Daumesnil je pris la décision ferme – et définitive - de faire un geste citoyen. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Certainement une pulsion. Je sortis du métro afin d’enfourcher un Vélib’, je fis trois tours de la place, un, deux, trois, avec un sourire de bienheureux, puis je remis avec détermination la glorieuse monture citoyenne à sa borne métallique. La loupiotte passa du rouge au vert. Clic-clac. J’étais déjà un autre homme. J’hésitais à faire un crochet par « Paris Plages », pour étrenner mon nouveau maillot de bain « Dior Hommes », mais le fond de l’air était un peu frais.

En passant devant un lycée professionnel j’entendis des cris : de sales flics à la solde d’un état policier dictatorial étaient en train d’interpeller en pleine classe un enfant de couleur noire, âgé d’à peine 24 ans… en voyant passer le triste convoi jusqu’à la voiture de police, gyrophare hurlant, je pris mon courage à deux mains et cria : « C’est un scandale ! Vous êtes de sales racistes… vous savez demain c’est mon cours de squash, au sporting club, j’en parlerai à un ami avocat à la Ligue des droits de l’homme et à SOS Racisme. ». Sans me démonter j’ai levé le poing et hurlé : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! ».



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J'ai passé un cap : je rêve d'inviter Aude Lancelin au zoo de Vincennes



Comme je me sentais plein de gloire et de fierté, je pris la décision d’aller louer un dvd. Je pris un documentaire allemand sur l’histoire du féminisme, afin d’aborder en homme progressiste, et libéré des préjugés sexistes, ma nouvelle relation avec Aliénor et Hilda. Avant de reprendre le métro je mis mon Ipod en marche, avec une chanson « générationnelle » de Vincent Delerme. Je m’endormis dans la rame de métro et fis un rêve étrange… toutes les personnalités de la gauche française faisaient une étape du Tour de France, dans les Pyrénées, au départ de Luchon-Superbagnère…  Olivier Besançennot, avec sa monture de postier, et sa glorieuse  gibecière en cuir, se détachait notoirement du peloton. Delanoë sur un Vélib’ en fonte sulfurisée flirtait dangereusement avec la voiture balaie. Ségolène en chiait grave avec ses talons hauts, d’autant plus que François Hollande tentait de la faire chuter en lui criant des insultes obscènes. Salope ! Salope ! Pauvre hyène ! Chienne immonde ! Des insanités atroces. Arlette Laguillier et Marie-Georges Buffet étaient sur un tandem aux couleurs de l’arc en ciel. Elles ne cachaient plus leur joie. Elles gloussaient et pédalaient gaiement. Hi-hi-hi !  Dominique Voynet, sur une patinette à moteur, fonctionnant aux agro-carburants, faisait la course avec José Bové….




J'ai bien envie d'aller manifester : le contact du bois des pancartes me manque


Terminus, Créteil. Réveil. Un peu difficile. Comme un homme de gauche j’arpente le bitume avec hauteur et fierté… bien conscient des problèmes des banlieues, et bien décidé à contribuer à la progression de la « citoyenneté ». Quand j’arrive chez moi je me sers un peu de thé équitable. J’allume ma télé. Devant les programmes de TF1 et M6 je ne parviens pas à réprimer un : « Halte à la télé-poubelle ! TF1… TF-haine…. !  ». Comme j’ai gueulé un peu fort mon voisin tape contre le mur. Bang, bang, bang ! Ces slogans me rappellent quelques vieilles manifs. Chouettes souvenirs. D’ailleurs j’ai bien envie d’aller manifester…. Le contact du bois des pancartes me manque. Parole. J’ai une carence aiguë en slogans simplistes, aux rimes impardonnables. J’ai envie de faire le pitre devant une poignée de journalistes avides. J’ai envie de hurler des conneries gauchistes dans la rue…

Je prends mon Blackberry et j’appelle mon ami Bob, syndicaliste SNCF, que j’ai connu au club de squash… je lui demande si des manifs sont prévues ces prochains jours. Il consulte son calendrier du happening marxiste-léniniste bien-pensant, sur son Mac. Temps mort. J’hésite bêtement entre une petite marche des fiertés gays et lesbiennes, et une manif de cheminots musculeux contre le démantèlement du fret. J’ai toujours été un garçon indécis. « Autant que savoir, douter me plait » ( Dante ). Je m’autorise à suspendre mon jugement, le temps de déguster un merveilleux petit muffin aux myrtilles, acheté à une pâtisserie de Créteil participant courageusement à une opération d’insertion d’anciens détenus pédophiles issus des minorités visibles…  Je vais bien. J’ai fait le test. C’est cool. Finalement, tous comptes faits… je pense que je vais devenir un homme de gauche…


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Texte publié sur Agoravox, le RING et Liberté Politique.



Samedi 11 août 2007 6 11 /08 /Août /2007 18:21

Pour info : le grand quotidien Belge « Le Soir » publie ce jour ( n° du 11-12/08 )  un article que j'ai signé suite à la polémique autour de l'album de bd « Tintin au Congo », qu'un étudiant belge d'origine congolaise poursuit devant la justice - en raison des préjugés xénophobes de l'œuvre.

Voilà le texte :

 

Les aventures de Tintin au pays du « politiquement correct ».

Par François-Xavier AJAVON.

 

Le personnage de bande-dessinée « Tintin », célèbre aventurier et reporter Belge, à la houppette blonde, fait à nouveau l’actualité. Un jeune activiste congolais a récemment porté plainte devant la justice Belge, contre X, et contre la société Moulinsart ( détentrice des droits de l’œuvre de Hergé ), pour dénoncer la dimension raciste de l'album « Tintin au Congo », publié initialement en 1930, et regorgeant - selon le plaignant - de clichés coloniaux paternalistes. L’accusateur, M. Bienvenu M’butu Mondondo, ne demande pas moins que l’interdiction de commercialisation de l’œuvre, ainsi que des dommages et intérêts.




Hergé à sa table de travail

 

Cette plainte s’inscrit dans une longue et pénible tradition d’attaques régulières contre l’œuvre du dessinateur Georges Rémi, alias Hergé ( 1907 – 1983 ), dont nous fêtons cette année les cent ans de la naissance. Par exemple, au début du mois de juillet, déjà, la chaîne de librairies Borders avait demandé à ses succursales britanniques de classer les volumes de « Tintin au Congo » au rayon « BD pour adultes », après la dénonciation par l’association « Commission pour l’égalité raciale » des traits  racistes de cette histoire. Et cela n’est qu’un exemple récent : cela fait plusieurs décennies que les tenants du « politiquement correct » se font un devoir de harceler l’œuvre d’Hergé : il aurait été raciste dans « Tintin au Congo », trop radicalement anti-communiste dans « Tintin chez les Soviets », trop ambigu dans « L’étoile mystérieuse » par rapport aux israélites, etc.

 

Deux mots sur le contexte de la création de cet album, d’abord : en 1930, Hergé est rédacteur en chef du « Petit Vingtième », supplément jeunesse du journal catholique conservateur « Le Vingtième siècle », dirigé par Norbert Wallez, qui aura une influence politique et spirituelle considérable sur le jeune dessinateur. C’est l’Abbé Wallez qui conseillera en 1929 à Hergé d’envoyer un petit reporter chaste et outrageusement « scout » en Union-Soviétique, afin d’en dénoncer la propagande et les falsifications : Tintin était né. Après « Tintin chez les Soviets », l’homme d’église suggère à Hergé de consacrer une nouvelle histoire - exotique et dépaysante - au continent africain, et plus particulièrement au Congo Belge. L’objectif de l’abbé est rempli : donner à son public une image condescendante de l’Afrique, dans laquelle les occidentaux sont présentés comme les « tuteurs » nécessaires d’un peuple d’enfants sauvages, naïfs. Cela passera notamment par la relation ambiguë de Tintin avec son gentil petit « boy », jamais avare de « Bien Missié », et par la figure du missionnaire sauvant Tintin de plusieurs mauvais pas. ( Milou disant « Quels as ces missionnaires ! » après que le Père ait présenté à Tintin l’école et l’hôpital mis à la disposition de la population locale ). Au cours de la publication de cette histoire en feuilleton, dans « Le petit Vingtième », le journal publiera même, non sans un certain cynisme, la lettre d’un supposé lecteur congolais, nommé Kyola Kongo : « Moi contan li Tintin venir ici. Nous pas mangé li ».

 

Hergé sut prendre quelques distances avec le « projet » idéologique initial de cet album : « J’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais. Et je les ai dessinés ces africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste, qui était celui de l’époque, en Belgique ». ( Entretiens avec Hergé, Numa Sadoul ). La version originale de 1930 ( en noir et blanc ), fut modernisée après la seconde guerre mondiale, colorisée, et largement amendée sur le plan idéologique. Le Studio Hergé fit des modifications importantes, visant à effacer un peu de ce paternalisme : par exemple, lorsque Tintin donne un cours à des petits congolais, dans la version de 1930 il leur dit : « Je vais aujourd’hui vous parler de votre patrie, la Belgique »… dans la version de 1946 il leur donne une bien innocente leçon de mathématique.

 

Les deux leçons ( 1930 et 1946 )

Nous souhaitons nourrir, par plusieurs remarques, le débat consécutif à la plainte que M. Mondondo a déposé devant la justice Belge. 

 

Dans l’album « Tintin au Congo » les africains n’ont pas le mauvais rôle de cette aventure exotique. Pour que le plaignant le sache, il eut fallu qu’il lise attentivement cet album – ce qu’il n’a pas fait. Dans cette histoire, le petit reporter belge est aux prises avec des gangsters blancs, affiliés à Al Capone, qui veulent contrôler la production des diamants du Congo. Le vrai « méchant » de l’album est l’homme blanc Tom, cherchant à tuer Tintin à plusieurs reprises, et finissant dévoré par des sauriens, page 48. Les vraies victimes de cet album ne sont guère les africains, mais les animaux sauvages : plusieurs dizaines sont tués, notamment par Tintin, dans le plus pur esprit de chasse « safari » sévissant à l’époque en occident. En attendant, les congolais ne sont représentés ni comme des gens cruels, ni comme des individus avides de richesses, ni comme des peuples servilement soumis. A maintes reprises Hergé cherche même à nous les rendre sympathiques.

 

Ensuite, il ne faut pas oublier que la bande-dessinée du vingtième siècle a développé un thème récurrent : le voyage. Dans la série humoristique « Asterix », Goscinny et Uderzo font découvrir le vaste monde à leurs fameux héros gaulois, et tous les stéréotypes attachés aux différents pays traversés sont l’occasion de mille gags. On se souvient des aussi des aventures internationales de Spirou, dessinées par Franquin, ou encore des voyages risqués de Black & Mortimer de Bob de Moor et Edgar P. Jacobs. Dans les aventures de Tintin, Hergé n’emploie pas un procédé très éloigné : son personnage est un reporter doublé d’un aventurier, il sera donc un grand voyageur. Le dessinateur nourrira alors ses albums d’innombrables petits détails, caricaturaux ou percutants, sur les pays traversés par ses héros, afin que leurs ombres soient portées sur un arrière-plan mystérieux et passionnant, portant à la curiosité. Combien d’enfants sont devenus journalistes ou aventurier à la lecture de Tintin… ou même simples touristes ? Si l’Union Soviétique de « Tintin chez les Soviets » était caricaturale et l’Afrique de « Tintin au Congo » assez schématique, il est nécessaire de reconnaître la subtilité réelle de la représentation du monde dans bon nombre d’albums d’Hergé… on se souviendra de la Chine complexe et voluptueuse du « Lotus Bleu », entre fumeries d’opium et conflit sino-japonais ; on se souviendra aussi des montagnes tibétaines, obsédantes de blancheur symbolique immaculée, et des moines bouddhistes dans « Tintin au Tibet ». Album remarquable, où la tolérance du petit reporter belge à l’égard de la différence s’étend même jusqu’au Yéti, dont la dernière bulle se demande s’il ne serait pas « humain ? ».


Tintin au Congo, édition britannique 


Alors, faut-il interdire « Tintin au Congo » ? Et par la même occasion salir Tintin, un symbole pop-culturel si central dans l’imaginaire contemporain ? Certainement pas… l’Europe a tangué, mais résisté, face au récent débat sur les caricatures de Mahomet, elle doit résister aussi face aux tentatives d’atteintes contre son patrimoine culturel, fut-il un peu frelaté. Ne devons-nous pas conseiller amicalement au plaignant de concentrer plutôt ses efforts sur le racisme contemporain ( celui qui discrimine quotidiennement à l’embauche, par exemple ), et non pas sur celui des années 30… devons-nous abandonner Tintin à une triste aventure au pays du « politiquement correct » ?



Publié dans les pages du Soir et sur Agoravox.

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Addenda :

J’aurais pu évoquer un autre argument, mais il m’a échappé au moment de la rédaction de l’article. Dans l’album Coke en stock ( 1958 ) Hergé met en scène un trafic d’esclave musulmans noirs ( le « coke », charbon, désignant les esclaves ). Enfermés dans les soutes d’un navire, en route vers La Mecque, les pauvres malheureux sont libérés par Tintin et le capitaine Haddock – qui déjouent ce trafic mené par l’infâme Rastapopoulos et un « commerçant » arabe basé à la Mecque. Ce dernier ayant pour rôle d’accueillir les victimes, croyant se rendre en pèlerinage, de les capturer et de les revendre en tant qu’esclaves. Même si cet album a fait aussi l’objet d’une polémique – lancée à l’époque par le magazine Jeune Afrique – et d’une « révision » en 1967 ( les esclaves ne disant plus « Oui Missié blanc », etc. ), le message général qui s’en dégage n’est pas raciste pour un sou. Et sans faire de Tintin un Schoelcher façon « ligne claire », il faut bien admettre que dans cet album il combat l’esclavagisme et rend sa liberté à des centaines de « blacks », victimes d’un commerce illicite n’impliquant que très partiellement des occidentaux.





Case de Tintin au Congo ( version 1930 )

 

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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /Mai /2007 22:40

Le site Rue89.com, crée et animé par d’anciens journalistes de Libération, attire notre attention sur une hilarante parodie de manifestation « de droite », organisée par plusieurs associations gauchistes. Ces spécialistes émérites de l’Agit-Prop donnent ici une vraie leçon de non-sens et de dérision politique… à base de petites filles à barrette façon « triplés du Figaro », de tailleurs Chanel et de gugusses en costume trois pièces fêtant fièrement la victoire de Nicolas Sarkozy…  ils organisent une sorte d’authentique marche des fiertés « réac-libérale », dans une ambiance très festivus-festivus. Ils ne se moquent pas seulement de l’idéologie des gens de droite, mais de leur incapacité totale à organiser ce genre d’opérations de communication…



Est-ce que le « peuple de droite » aurait suffisamment de fantaisie en stock, pour organiser une fausse manif gauchiste ?

 

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