Fétichisme... Apocoloquintose a dégotté pour vous, sur le web, un article de Werner Von Braun publié dans les années 50, à propos de la conquête spatiale. Von Braun ( 1912-1977 ), ingénieur nazi, puis américain, est le concepteur du premier missile balistique de l’histoire, le fameux V2 ( qui contribua à la destruction de plusieurs quartiers londoniens lors de la Seconde guerre mondiale ).
A l’après-guerre, « invité » par les américains à poursuivre ses recherches sur les fusées aux Etats-Unis, il conçoit et supervise le programme « Apollo » qui emporte les hommes sur la lune. Il répond ainsi à la promesse à laquelle s’était engagée le président JFK, à son arrivée au pouvoir : offrir la lune au monde libre…

Werner au bureau.
L’article « Comment j’ai lancé les Explorer », signé par Von Braun, a été publié dans le numéro de Science et Avenir d’octobre 1958. Onze ans plus tard, Braun accompagnait l’homme sur la lune. Consultez l’article en téléchargeant le fichier pdf disponible ici.

Werner joue au con avec JFK dans une décapotable
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Voilà une petite réflexion de quelques pages sur le rapport de Pline l’ancien à la définition de l’humanité. Voilà enfin du « lourd » sur Apocoloquintose…
Pline l’ancien en quête de l’humanité
( une aventure scientifique et littéraire autour de l’homme romain )
Par François-Xavier Ajavon.
Pline l’Ancien ( 23/24-79 ), auteur d’une monumentale Histoire naturelle au 1er Siècle après J.C., dans le contexte de la Rome Impériale, mena une réflexion encyclopédique sans limite sur la nature et la civilisation. Valérie Naas, spécialiste de cet auteur, souligne : « L’inventaire qui semblait initialement promis s’avère une collection de merveilles dont les chefs d’œuvres seraient l’homme et Rome »[1]. Pline bénéficie d’une exceptionnelle ouverture sur le monde, depuis sa vigie romaine, donnant sens et humanité à toute l’étendue de la nature, lui permettant le passage cognitif d’un monde clos à une réalité infinie. Cependant, Pline l’Ancien ne propose pas uniquement un catalogue encyclopédique de la nature telle qu’elle se donne dans la répétition absolue de sa norme, son Histoire Naturelle s’apparente bien souvent à un grand répertoire de mirabilia, curiosités naturelles. Valérie Naas définit ce choix plinien de s’attacher à l’écart par rapport à la règle naturelle de la sorte : « Pline choisit de restituer la nature dans sa diversité et retient comme caractéristique l’exception plutôt que la norme »[2].
Ainsi, dans le Livre VII de son Histoire Naturelle, consacré à l’homme, Pline va s’engager non pas seulement dans une simple anthropologie, mais dans une vaste anthologie humaine, alternant les figures extraordinaires, édifiantes et monstrueuses. A l’inverse de la vision aristotélicienne de la nature attachée aux types les plus communs, le classement plinien recense toute une série de cas particuliers, et au-delà extraordinaires. « Il ne se préoccupe pas de faire entrer l’exception dans la règle : ce n’est pas la norme, mais ce qui s’en démarque, qui l’intéresse »[3].
Source tardive, Pline l’ancien pense donc les problématiques de l’hérédité, de la naissance anormale et du « monstre » humain dans le contexte d’une histoire universelle globale. Dans la perspective de Pline, l’enfant anormal, mutilé, malade, le monstre, est là toujours pour rappeler à l’homme la précarité extrême de sa condition sur terre. Selon Pline le nouveau né humain est déjà une représentation archétypique de la faiblesse, et il prend des accents très pessimistes inspirés par Lucrèce pour le rappeler[4] : « L’homme ne sait rien, rien qu’il ne doive apprendre, ni parler, ni marcher, ni se nourrir, bref il ne sait rien d’autre par instinct que pleurer ! Aussi beaucoup sont-ils d’avis que le mieux était de ne pas naître ou de disparaître au plus vite. »[5]. Mais ce pessimisme est vite tempéré par une curiosité insatiable et universelle ; Pline va s’attacher à toute la diversité réelle et fantasmée de l’humanité, les types humains étaient collectés patiemment et présentés au lecteur : « Au-delà d’autres Scythes anthropophages, dans une grande vallée du mont Imavus, il y a une région appelée Abarimon, où vivent, dans les bois, des hommes, qui ont la plante des pieds tournée à rebours, sont d’une rapidité extraordinaire et errent à l’aventure avec les bêtes. Ils sont incapables de respirer dans une autre atmosphère ; aussi ne les amène t-on pas aux souverains du voisinage »[6]. Ce catalogue est caractérisé notamment par les pouvoirs étranges des hommes venus des contrées lointaines : « D’après Cratès de Pergame, il a existé sur l’Hellespont, près de Parium, une race d’hommes, qu’il appelle Ophiogènes, habitués à guérir par le toucher les morsures des serpents et à extraire le venin du corps par l’imposition des mains »[7].

Une représentation de Pline
La question semble être partout celle de la détermination du seuil d’humanité des hommes dans leur diversité ; une diversité qui se caractérise comme différence, et cela jusqu’au monstrueux : « Calliphane relate qu’au-delà des Nasamons et de leurs voisins, les Machlyes, habitent les androgynes, qui sont pourvus de l’un et l’autre sexe, dont ils usent à tour de rôle dans le coït. Aristote[8] ajoute que leur sein droit est celui d’homme et leur sein gauche, celui d’une femme. »[9]. Si ces merveilles ( miraculis[10] ) tantôt monstrueuses, étranges, ou manifestement absurdes, forment la catégorie générale de l’humanité, Pline les caractérise toujours comme des écarts avec l’humanité. Plus on s’éloigne du monde greco-romain, plus l’étrangeté de l’homme semble caractéristique, mais près de Rome il peut aussi y avoir des hommes différents de la norme : « Non loin de la ville de Rome, sur le territoire des Falisques, il y a quelques familles, qui portent le nom de Hirpes ; au sacrifice annuel qui a lieu près du mont Soracte en l’honneur d’Apollon, ceux-ci marchent sur un bûcher enflammé sans se brûler. »[11]. Cependant l’Inde reste une terre de mystère-miracle absolu, où la nature dans son foisonnement n’hésite pas à aller aux extrêmes de la fertilité, de la beauté, de la grandeur et du « bizarre » : « Ctésias signale encore une population de l’Inde, où les femmes n’accouchent qu’une fois dans leur vie et où les enfants ont aussitôt des cheveux blancs. Le même auteur cite une race d’hommes, appelés Monocoles en raison de leur jambe unique, qui sont doués d’une agilité surprenante pour le saut ; on les appelle également, dit-il, Sciapodes, parce qu’au fort des chaleurs ils se couchent par terre sur le dos, pour se protéger par l’ombre de leur pied. (…) »[12]. Une étrangeté qui marque toujours à la fois la proximité et la distance si inquiétante de l’humain par rapport à la « bête » dans le règne animal : « Tauron mentionne les Choromandes, une peuplade qui vit dans les bois : ils sont privés de voix, émettent d’affreux cris stridents, ont le corps velu, les yeux glauques et des dents de chiens »[13]. Il y a là évidemment le « barbarisme » d’une langue incomprise et d’une plastique éloignée quelque peu des canons de l’art gréco-romain, reste pour Pline à savoir si c’est humain, animal, les deux, ou aucun des deux. Il donne une réponse claire, en réunissant l’ensemble de cette diversité sous la catégorie d’humanité ( ou plutôt de genre humain : hominum genere ) : « Telles sont, parmi d’autres, quelques variétés de l’espèce humaine, que l’ingénieuse nature a créées pour son amusement à elle, pour notre émerveillement à nous. »[14].
Ainsi l’humanité, jouet dans les mains de la Nature, est l’espace de mille prodiges fantaisistes, et d’autant d’anomalies fréquentes comme des triplés, siamois ou hermaphrodites : « L’exemple des Horaces et des Curiaces établit avec certitude la naissance de trijumeaux. (…) Il naît aussi des êtres, qui participent des deux sexes : nous les appelons hermaphrodites ; jadis on les appelait androgynes et on les considérait comme des prodiges, aujourd’hui, au contraire, comme une source de plaisir. »[15]. Même si l’enfant anormal est un objet d’amusement ou devient source de plaisir, il se caractérise néanmoins par l’écart qui l’éloigne pathologiquement d’une norme de l’humain pré-définie, et classiquement il peut en naître un sentiment de crainte de la part de la société. « … Alcippe accoucha d’un éléphant. Ce dernier fait passe d’ailleurs pour un mauvais présage. En effet, au début de la guerre des Marses, une servante mit également au monde un serpent : la naissance de monstres peut se produire sous les formes les plus variées. L’empereur Claude signale dans ses écrits qu’un hippocentaure, né en Thessalie, périt le même jour ; nous même, nous en avons vu un, conservé dans le miel, qui lui avait été apporté d’Egypte pendant son règne. A Sagonte, on cite le cas d’un bébé, qui rentra immédiatement dans le ventre de sa mère, l’année où cette ville fut détruite par Hannibal »[16]
L’enfant peut également naître dans de mauvaises conditions ; Pline connaissait les risques auxquels sont exposés les nouveau nés lors de l’accouchement, et les conséquences que cela peut avoir sur leur développement : « Naître les pieds en avant est contraire à la nature ( contra naturam ) : pour cette raison, on a donné à ces enfants le nom d’Agrippas, qui veut dire ‘enfantés difficilement’ »[17]. Ces enfants mal-nés sont frappés d’une sorte de malédiction, et Pline évoque la descendance funeste d’Agrippa, le premier d’entre eux : il eut deux filles, les Agrippines, qui enfantèrent des empereurs Caligula et Domitius Néron, qualifiés de « fléaux du genre humain »[18]. Et au-delà ces enfants, s’ils rencontrent la mort prématurément, bénéficient de rites funéraires particuliers, destinés symboliquement à éviter leur « retour » sur terre : « La loi naturelle veut que l’homme naisse, la tête la première, la coutume, qu’il soit porté en terre, les pieds les premiers »[19].

Autre visage de Pline
Mais Pline a bien conscience des limites de sa connaissance de l’hérédité, il reconnaît qu’il y a là un facteur extrêmement difficile à maîtriser : « … des êtres de conformation normale peuvent donner naissance à des enfants mutilés, et des êtres mutilés, à des enfants qui peuvent être aussi bien normaux qu’affligés de la même malformation »[20]. Cependant, malgré cette modestie intellectuelle à l’endroit de la maîtrise de la reproduction, Pline souligne l’existence de nature incompatibles entre elles : « Il existe une véritable incompatibilité entre certaines natures physiques ; bien que stériles entre elles, elles deviennent fécondes, si elles contractent d’autres unions, ainsi Auguste et Livie. »[21]. L’information scientifique vient ici directement de la source aristotélicienne[22], mais Pline la complète par plusieurs anecdotes édifiantes empruntées à l’histoire romaine.
Par ailleurs Pline a une vision étrange et un peu excessive de l’état d’esprit féminin au moment des règles : « Mais on trouverait difficilement rien de plus de plus prodigieux que l’écoulement menstruel. L’approche d’une femme en cet état fait tourner les moûts ; à son contact, les céréales deviennent stériles, les greffons meurent, les plantes des jardins sont brûlées, les fruit des arbres sous lesquels elle s’est assise, tombent ; l’éclat des miroirs se ternit rien que par son regard, la pointe du fer s’émousse, le brillant de l’ivoire s’efface, les ruches des abeilles meurent »[23]. Si la menstruation est une étape capitale de la reproduction, le dérèglement de ce processus peut conduire à des naissances anormales – surtout si l’on prend en compte l’aspect satanique et destructeur du fluide tel que Pline vient de le définir : « …si, malgré la grossesse, le flux persiste, Nigidius[24] soutient que les enfants naissent débiles ou non viables ou encore pleins de sanies »[25].
Mais l’anormalité de certains individus peut aussi se définir comme un avantage sur le groupe, comme pour les hommes caractérisés par une force physique prodigieuse. Pline traque toujours l’humain entre l’inhumanité du monstre et la surhumanité du héros, fut-il un simple esclave, gladiateur de fonction : « Dans son livre sur les prodiges de force, Varron cite Tritanus qui, maigre de corps, mais extraordinairement vigoureux, était célèbre parmi les gladiateurs qui portaient l’armure des Samnites (…) (il) vint à bout d’un ennemi qui l’avait provoqué au combat, avec son bras pour seule arme, et, pour finir, il le prit avec un seul doigt et l’emporta dans le camp »[26]. Si cette force surhumaine de certains individus ne les pénalise pas en tant que « monstre », Pline les décrit comme des bêtes de sommes, réduits à leur puissance de travail : « Quant à Vinnius Valens, qui servit comme centurion dans la garde prétorienne du divin Auguste, il soulevait couramment des voitures pleines d’outres, jusqu'à ce qu’elles fussent déchargées ; attrapant d’une main les chariots, il les immobilisait, en dépit des efforts de l’attelage et il accomplissait d’autres exploits, qu’on peut lire sur l’inscription de son tombeau. »[27]. Des prodiges de forces réduits aussi à la simple anecdote : « Quand l’athlète Milon de Crotone s’était raidi sur ses jambes, personnes ne pouvait le déloger de sa place ; s’il tenait une pomme, personne ne pouvait lui redresser un seul doigt »[28] ; mais parfois également rapportés dans un contexte plus valorisé de compétition sportive[29].

Sciapode. Monstre médiéval.
Eglise Saint-Parize-le-Chatel, près de Nevers. 12ème siècle.
Mais dans l’Histoire Naturelle plinienne la surhumanité de certains individus peut aussi être parfaitement indépendante des modalités d’un éventuel entraînement physique, et peut s’expliquer par une capacité initiale, comme c’est le cas avec l’acuité visuelle : « Cicéron nous apprend que le poème d’Homère, l’Iliade, écrit sur une feuille de parchemin, a pu être enfermé dans une noix. Selon le même, il y eut un homme capable de voir à une distance de 135.000 pas. M. Varron nous donne même son nom : il s’appelait Strabon ; il avait coutume, pendant la guerre punique, de s’installer sur le promontoire de Lilybée en Sicile : quand la flotte sortait du port de Carthage, il arrivait à dire le nombre des navires »[30].
Mais Pline, dans son catalogue d’hommes d’exceptions, va également laisser une place pour ceux qui dépassent littéralement la condition humaine dans leur résistance physique et morale à la torture : « …Anaxarque, qui, torturé pour une raison analogue ( en l’occurrence une demande de dénonciation d’individus tyrannicides ), se coupa la langue avec les dents et la crache au visage du tyran : il lui enlevait ainsi le seul espoir d’une dénonciation »[31]. Ainsi Anaxarque, en ne dénonçant pas les individus coupables de la tentative de tyrannicide dépasse son statut moyen, ordinaire, et commun d’être humain, pour tendre à l’héroïsme quotidien, une forme de surhumanité morale parfaitement exceptionnelle, et inhumaine à bien des titres, que les moralistes pourraient qualifier de sainteté.
C’est encore par les qualités de l’esprit que les hommes vont pouvoir se distinguer, à commencer par la mémoire : « Le roi Cyrus pouvait désigner par leurnomm tous les soldats de son armée ; L. Scipion, tous les citoyens romains ; Cinéas, ambassadeur du roi Pyrrhus, les sénateurs et les chevaliers de Rome, au lendemain de son arrivée. Mithridate, qui était roi de vingt-deux peuples, leur rendait la justice en autant de langues et pouvait haranguer chaque peuple, sans interprète. Quand au nommé Charmadas de Grèce, on pouvait lui désigner n’importe quel volume dans une bibliothèque : il le récitait par cœur, comme s’il lisait »[32]. Charmadas représente ici l’extrême encyclopédisme en chair et en os ; l’univers infini dans sa globalité, réduit au monde clos de l’intériorité. Mais comme ce qui est humain, chez Pline, une mémoire fut-elle proprement surhumaine, est d’une grand précarité : « Rien n’est plus fragile en l’homme : les maladies, une chute, même une simple frayeur peuvent lui porter atteinte, soit partiellement, soit totalement »[33].
Au premier rang des qualités de l’esprit on retrouve bien évidemment l’intelligence, qui permet aux hommes de se distinguer entre eux, et certains autres de dominer leur siècle ; selon Pline c’était le cas de César : « On dit qu’écrire ou lire, tout en dictant et en écoutant, était une habitude chez lui ; ses lettres, qui traitaient de sujets si importants, il les dictait à raison de quatre à la fois à ses secrétaires, ou, s’il ne faisait rien d’autre, à raison de sept à la fois. »[34]. Aussi, le grand homme a un double aspect monstrueux : de par la violence des batailles qu’il mène et conduisent à de vrais génocides, mais aussi de par l’anormale supériorité de son intelligence, qui le conduit à une domination logique sur ses contemporains.
[1] Valérie Naas, Le projet encyclopédique de Pline l’Ancien, collection de l’Ecole Française de Rome n°303, Ecole Française de Rome, 2002. p.2.
[2] Ibid. p.8.
[3] Ibid. p. 310.
[4] Cf. aussi Sénèque, Ad Marciam de consolatione, 11, 3.
[5] Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, VII, (1), 4.
[6] Ibid. VII, 2, 11.
[7] Ibid. VII, 2, 13.
[8] Fragment Rose n°606.
[9] Ibid. VII, 2, 15.
[10] Ibid. VII, 2, 21.
[11] Ibid. VII, 2, 19.
[12] Ibid. VII, 2, 23. sur les Sciapodes, peut-être les créatures les plus archétypiques de la monstruosité grecque ancienne, cf. une première occurrence chez Alcman « d'hommes qui se font ombre avec leurs pieds » cité par Strabon ( Géographie, VII, 3, 6 p. 85 chez Budé - c'est le fragment 148 de Alcman )
[13] Ibid. VII, 2, 24.
[14] Ibid. VII, 2, 32.
[15] Ibid. VII, 3, 33-34.
[16] Ibid. VII. 3, 35.
[17] Ibid. VII. 3, 45.
[18] Ibid. VII. 3, 46.
[19] Ibid. VII, 3, 46.
[20] Ibid. VII. 3, 50.
[21] Ibid. VII. 3, 57.
[22] Aristote, Histoire des Animaux, 7, 6, 585 b.
[23] Ibid. VII. 3, 64.
[24] Cf. P. Nigidius, De animalibus, fr. 110-111 ( ed. Swoboda ). La source est encore aristotélicienne : Histoire des animaux, 7, 2, 582 b.
[25] Ibid. VII. 3, 66.
[26] Ibid. VII. 3, 81.
[27] Ibid. VII. 3, 82.
[28] Ibid. VII. 3, 83.
[29] Ibid. VII. 3, 84.
[30] Ibid. VII. 3, 85.
[31] Ibid. VII. 3, 87. On relira en complément un texte contemporain, qui résonne ici comme en écho : le très beau discours d’André Malraux pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, Oraisons funèbres, 1971, Gallimard.
[32] Ibid. VII. 3, 88-89.
[33] Ibid. VII. 3, 90.
Le grand Houellebecq va mettre en scène une pièce de théâtre du journaliste Michel Polac, grande cover-girl et sinistre égérie des années mittrrand « Maman, pourquoi tu m’as laissé tomber de ton ventre ? ».

Polac, speakrin-krin moisi
L’information, révélée le 5 janvier 2007 par le quotidien suisse, La Tribune de Genève, est passée presque inaperçue. Voici le texte de la brève :
« Ça bouge à Carouge D’ici là, la saison de la Comédie réserve encore quelques belles surprises, la prochaine consistant en l’adaptation par Michel Houellebecq – sa première mise en scène – de Maman, pourquoi m’as-tu laissé tomber de ton ventre? du journaliste Michel Polac. »
En dehors d’une mauvaise blague du Théâtre de Carouge ( à Genève ) – mais pourquoi ? , de Polac – n’est-il pas mort ?, ou de Houellebecq lui-même – qui s’amuserait à mettre en scène la prose d’un zozo télévisuel qui a passé sa vie à croire qu’il mettait en scène les auteurs qu’il croyait avoir lu – nous risquons bien de voir notre très cher Michel Houellebecq mettre bientôt le feu aux planches genevoises…

Clément joue avec son Houellebecq empaillé, devant la cheminée
Eh Michel, si tu écrivais un bouquin à la place ?
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Le 28 février 2006, il y a un peu moins d’un an, je publiais ce petit texte dans les pages « Rebonds » de Libération, dans le seul but de briller aux yeux d’une charmante jeune-femme que je savais abonnée au quotidien de Serge July… comme je ne savais pas quoi dire, et que j’étais plutôt malheureux, j’ai parlé du compositeur soviétique Dimitri Chostakovitch. Il va de soi que cela n’a nullement impressionné la susdite jeune-femme…
Le texte ( titré abusivement "Chostakovitch ce dissident par le journal ) n’était plus accessible sur le site de Libé, en voici la version « longue ». Bonne lecture.
Chostakovitch 2006 : un guetteur de l’apocalypse socialiste.
Par F-X Ajavon.
Le quatre-vingt-dixième anniversaire de la naissance du grand compositeur soviétique Dimitri Chostakovitch ( 1906-1975 ) donne l’occasion de se pencher sur un fascinant destin artistique paradoxalement brisé et affermi sous le joug d’une idéologie aveugle.
Au jeu des anniversaires la presse musicale est imbattable : chaque année se transforme systématiquement en événement international de célébration. Il y a des années Beethoven
comme il y a des années Brahms, et les années Bach se succèdent presque les unes aux autres, indécemment… 2006 est une année Mozart, c’est un fait : le sale gamin a 250 ans d’âge. Ce n’est
qu’un mauvais moment à passer, c’est promis. Quand toute la « caravane » publicitaire du marketing et du commerce culturel sera passée, le silence retombera sur le gentil petit prodige
autrichien. Mais 2006 marque aussi d’autres anniversaires dans la musique classique, moins tonitruants : le compositeur britannique Benjamin Britten nous a quitté
il y a trente ans ; le plus talentueux des compositeurs français vivants, Henri Dutilleux, a fêté discrètement ses quatre-vingt-dix printemps ; le compositeur espagnol Manuel de Falla a
été rappelé à Dieu il y a soixante ans… et puis surtout en 1906, il y a exactement cent ans, naissait un géant de la musique classique contemporaine, à qui nous devons certainement l’une des
œuvres les plus riches, les plus inventives et les plus iconoclastes du XX ème siècle : Dimitri Chostakovitch.
Ce grand compositeur, par une ironie magnifique de l’histoire, naquit Russe un an après la révolution avortée de 1905 et mourut soviétique au milieu des années 70, sans jamais avoir renoncé à l’impérieuse nécessité d’écrire une œuvre personnelle malgré le contexte politique. L’itinéraire humain et artistique de Chostakovitch nous donne une leçon de vie au quotidien, et nous montre que la force de la volonté triomphe de tout, même de l’innommable.
Quel autre compositeur se serait relevé des pires attaques de ces quelques intellectuels occidentaux soumis aux dogmes du modernisme, tel Théodore Adorno qui estimait dans
l’introduction de sa Philosophie de la nouvelle musique[1]
que l’univers de Chostakovitch était un mélange débile de routine et d’impuissance ? Quel autre compositeur aurait résisté aussi bien que lui aux
milles attaques dont il a été victime dans sa propre patrie soviétique
[2], à laquelle il est pourtant toujours resté fidèle, et qui ne l’a remercié que par une guerre intellectuelle incessante menée tour
à tour par Jdanov et Khrennikov, deux des fidèles chiens de garde insipides de l’esthétique stalinienne ? « Esthétique stalinienne »… ça fait bizarre d’écrire cela en 2006, un an
avant l’anniversaire des quatre-vingt-dix ans de la Révolution d’octobre et des dix ans de la mort de Georges Marchais[3]. On pense au réalisme socialiste évidemment, quand on est peintre ça va, on se dit
que ça pourra donner du André Fougeron
[4], avec un petit effort… mais comment être réaliste, et derechef socialiste, quand la matière première est
sonore ?
Il fallait assurément du génie et de l’endurance mentale pour survivre en contexte soviétique avec une si forte personnalité et produire une œuvre si impressionnante ( quinze symphonies, quinze quatuors, de nombreuses œuvres lyriques dont une Lady Macbeth qui est l’un des opéras les plus importants du siècle dernier, etc. ) Il fallait du génie, et une dose tragique de volonté, pour réussir ce projet fou : se dresser en tant qu’artiste-roi, individu total, face à la dictature collectiviste toute puissante qui se voulait elle-même œuvre d’art.

On a parlé ironiquement de « Staline œuvre d’art totale »[5] : on sait à quel point le petit père des peuples s’ingérait dans les affaires
culturelles de l’URSS. Au-delà, on sait aussi le lien troublant entre art et tyrannie, depuis le Néron musicien raté[6] jusqu’au jeune caporal Hitler peintre médiocre[7], en passant par ce Staline critique musical, imposant sa vision de
l’esthétique soviétique « anti-formaliste » aux plus grands compositeurs de son temps. A l’artiste tyrannique, imposant partout sa volonté propre sur la forme comme sur le fond, le
régime totalitaire semble répondre par le tyran-artiste, fixant les contours et les contenus de la représentation de sa propre histoire. C’est dans ce contexte de tensions entre
politique et création que Dimitri Chostakovitch, guetteur de l’apocalypse socialiste, a produit quelques unes des plus grandes œuvres musicales du XX ème siècle.
C’est là toute la grandeur paradoxale de cet homme, qui n’a quasiment jamais quitté l’URSS mais a noué des liens avec quelques uns des plus grands musiciens de son temps ( Rostropovitch, Bernstein, Britten, etc. ), qui n’a recherché que sa voie stylistique propre mais a été frappé tour à tour par les foudres soviétiques ( car on le trouvait trop moderniste ou « formaliste » ) et occidentales ( car on le trouvait trop classique et asservi au régime socialiste ) ; paradoxe, enfin, d’un artiste qui a su faire tenir à sa musique un double-langage fascinant, inextricable, s’adressant à nous comme individus-collectifs, animaux politiques, confrontés à l’horreur collective de l’histoire, mais aussi comme individus absolus confrontés à l’angoisse de notre finitude.
Le Chostakovitch populaire de la Seconde Suite pour orchestre de jazz, celui patriotique des XIème et XIIème Symphonie, celui ironique de la VIème Symphonie ou de la mini-cantate Raïok, longtemps restée clandestine, celui érotique de la Lady Macbeth ou encore le Chostakovitch si intimiste et déchirant de la musique de chambre n’en font qu’un, et il est bon de constater que cent ans après sa mort l’œuvre du grand compositeur n’a pas été emportée dans la chute du système soviétique, et que parmi les décombres brillent ça et là des œuvres importantes comme autant de témoignages de l’imbrication difficile de la politique et l’art, et de son dépassement dans le génie. Ce centenaire, quinze ans après l’éclatement du bloc de l’est, est l’occasion pour les mélomanes et musiciens de rompre définitivement avec cette dialectique grossière du « compositeur officiel du régime » et du « résistant de l’intérieur » : Chostakovitch n’était rien de tout cela, avant d’être un homo-sovieticus[8], il était un compositeur angoissé avec la lourde charge de laisser une « Œuvre ». A t-on jamais reproché à Mozart ou Bach de répondre à des commandes officielles ?
Chostakovitch était surtout un militant de lui-même, et notre époque – si prompte à encourager les engagements politiciens les plus divers - a besoin de se tourner vers lui afin de comprendre que l’on peut aussi résister à un environnement politique oppressant par la noblesse d’un exil intérieur et artistique.
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[1] Theodor W. Adorno, Philosophie de la nouvelle musique, Gallimard, collection TEL, p. 17.
[2] Ce furent des attaques frontales, évidemment, mais aussi des critiques insidieuses à l’image de ce commentaire publié dans le livre de Ludmila Poliakova, La musique soviétique ( Editions en langues étrangères, Moscou, 1961 ), destiné au public francophone, qui est une tentative manifeste de raccrocher l’œuvre du compositeur à l’esthétique ambiante de l’URSS : « Mais malgré le caractère contradictoire des premières œuvres de Chostakovitch ( l’opéra Lady Macbeth, le Premier concerto pour piano, les 24 préludes pour piano, la Sonate pour violoncelle ), peu à peu s’y fait jour un flux de vivant humanisme, un élan vers une représentation véridique de la réalité : on sent de plus en plus nettement le pouls de l’artiste soviétique qui se libère des influences esthétiques fausses qui lui sont étrangères ». ( p. 17 ).
[3] Georges Marchais ( 1920-1997 ), cadre dirigeant du Parti Communiste Français, plusieurs fois candidat aux élections présidentielles, et longtemps secrétaire général du parti.
[4] André Fougeron ( 1913-1998 ), artiste-peintre français, adepte du réalisme-socialiste, et membre du Parti communiste.
[5] Boris Groys, Staline œuvre d’art totale, Editions Jacqueline Chambon, 1998.
[6] Les derniers mots de l’empereur Néron, assassiné par un affranchi, furent « Qualis artifex pereo » ( quel artiste périt avec moi… ).
[7] Voici quelques exemples d’œuvres picturales de l’artiste-peintre Hitlter : <http://www.oskarschindler.com/Albums6/album.htm>
[8] Cf. notamment Michel Heller, La machine et les rouages, la formation de l’homme soviétique, Calmann-Lévy, 1985.
Bon, les p’tits gars… il faut le dire… je me fais horreur, j’ai honte de moi… Je me suis laissé rattraper par la pire des modernités et la plus détestable des branchitudes… vous le croirez ou non, mais je suis en train de rédiger ce message depuis la terrasse du « Luxembourg », café de Saint-Germain, sur mon ordinateur portable connecté au www via le réseau wifi. Expérience nouvelle, intéressante. Je commence à me laisser envahir par l’offre infinie du monde contemporain en gadgets, totems inutiles et autres prothèses phalliques désenchantées.
Et puis je me suis laissé rattraper par le RING, plate-forme littéraire et créative d’un genre nouveau…
J’ai signé deux papiers :
- « Everlasting Ring, 2007 » : une petite fiction écrite sous tension.
- « A la rencontre de Bertrand Burgalat » : une interview du patron des disques Tricatel.
N’hésitez pas à rendre une petite visite de courtoisie à cet excellent webzine, dans lequel il faudra vous habituer à supporter ma logorrhée tyrannique.
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Voilà un petit papier que j’avais publié l’année dernière dans la revue « Immédiatement » au moment de la crise du CPE ( mais si, si, souvenez-vous : la fête quotidienne de l’idéologie au J-T de 20h, les couleurs vives dans le poste, le grand sabbat d’une jeunesse vociférante et moisie jusqu’à l’os, les petites-filles de bonnes-familles qui se font voler leurs Ipod dans la rue à cause de la lutte des classes et du sous-prolétariat garant de la justice. )
Déjà du passé tout ça… mais pas encore de l’Histoire… Avec le temps va tout s’en va, comme disait l’autre…
CPE : Opération bonheur.
Par François-Xavier Ajavon.
On juge une révolution à la qualité de ses slogans. On a tous retenu l’apprêté de ceux de 1789, on se souvient de la sévérité de ceux de la Commune, on a tous en tête la recherche poétique et littéraire, souvent très subtile, des graffitis de Mai 68 ( « Cache-toi, objet ! », « Sous les pavés, la plage ! », « Je décrète l’état de bonheur permanent ! », « Soyez réaliste, demandez l’impossible ! », ou encore « Mangez vos professeurs ! » )… aujourd’hui, massification aidant, les slogans sont frappant de fadeur et de pragmatisme. Ca et là pointent quelques grammes de poésie dans ce monde de brutes, mais c’est du folklore référentiel, de la citation… Libération, dans son édition du 5 avril dernier a relevé quelques slogans récurrents dans les récentes manifestations anti-CPE, et l’on constate que la mini-révolution de 2006 se caractérise surtout par des motifs politiciens : « Chirac, Villepin et Sarkozy votre période d’essai est finie ! », « Ils nous prennent pour des kleenex, mouchons-les ! », « Villepin t’es comme le papier-peint, t’es beau mais tu ne sers à rien ! » et autres détournements à l’infini du sigle C.P.E.… Cependant au sein de ces cortèges bigarrés pointent aussi des motifs plus abstraits, plus ambitieux. On sent des velléités poétiques, une aspiration confuse au concept, une prétention au bon mot, au calembour à la française. Ainsi, dans les rangs des manifestants, on lit souvent des appels un peu naïfs au « Rêve général », au plaisir, à l’abolition des contraintes, à l’amour absolu, et – n’ayons pas peur des mots – à l’amitié entre les peuples opprimés de la rive gauche. On sent que nos graphomanes révolutionnaires post-modernes tentent péniblement d’atteindre le niveau de 68, en bons épigones, en bons petits carabins, mais le cœur n’y est pas, et le talent non plus… C’est de l’exercice de style, ce n'est ni bon ni mauvais, ce n'est rien du tout, du pastiche... une façon de "Lamanièredeux"... un peu pathétique.
Mais tout le peuple de gauche défile, depuis des semaines, derrière ces banderoles vaguement frelatées, aux slogans un peu moisis, sans en dénoncer la faiblesse inventive. Tout un peuple de gauche, dynamique et souvent cultivé, appelle encore dogmatiquement au « rêve général » sans s’apercevoir que ce n’est ni très original, ni très malin : le réel a eu la peau du « rêve » durant les années Mitterand, et le réel a toujours raison… et j’en suis bien triste ! Et même j’en verse une larme ! L’idéalisme un peu borné de ces slogans n’est donc plus qu’un cache-sexe, le paravent de l’atroce déferlement tragique du réel globalisé, agressif, avec son cortège de délocalisations, d’échanges internationaux, et de fusions-acquisitions… Rêvez du bonheur de vivre mes braves petits, rêvez d’un hédonisme de fantasmes assouvis, rêvez d’un monde meilleurs lors de manifs festives, oui, allez-y… mais le réel vous rattrapera un jour ou l’autre par l’Inde et la Chine… allez et retour. Une France « rêveuse » et endormie, dans un monde en éveil est vouée au ridicule…

Voilà un glorieux manifestant anti-CPE
Un fait majeur est passé presque inaperçu : le deux millième numéro du journal « Mon petit quotidien », destiné aux enfants, qui a organisé une enquête sur les mots préférés des enfants. Dans le peloton de tête, donc, il y a chocolat, bonbons, fleurs, dauphin, chat, amour, amitié, paix, musique, vacances et liberté… Rien d’étonnant au fond, l’enfant est un peu naïf, il croit en l’Empire du Bien que ses parents tentent de lui imposer de gré ou de force, mais dès que le curseur est placé plus haut, à l’adolescence, quand le vers du réel est déjà dans le fruit, les mots préférés deviennent argent, richesse, et succès…
Des gosses, alors, nos manifestants anti-CPE ? Non… ils ne défilent pas vraiment pour le chocolat et les bonbons ( du moins à ma connaissance ) ; ils ne défilent pas ouvertement non plus pour les dauphins et les chats, ni pour les vacances et l’amitié… mais ils y pensent ! Ils font des manifestations festives avec de la musique, de l’humour, de la décontraction… Homo Festivus ! Homo Manifestus ! D’ailleurs il fait beau et plus on s’avance dans le printemps plus les copines sont jolies ! Le monde réel leur fait peur, tout comme la vie… c’est trop triste la vie, c’est vrai, il paraît que l’on en meurt. Et ça c’est trop inadmissible eut égard à la sécurité de l’emploi, et au droit syndical !
Alors ils défilent en faveur du rêve et pour la négation du réel ; ils font l’apologie de la jeunesse éternelle, ce sont les fils de la génération « Botox 68 » après tout ! Ils manifestent donc pour tout un tas de valeurs humanistes garanties sur factures, de l’humanisme bon-teint ma Bonne Dame, de l’humanisme de vespasienne aussi… du graffiti anarchiste provocateur, un peu idiot, du bas de gamme… un humanisme qui fait mal à la tête, comme l’alcool frelaté… disant que la démocratie a fait son temps, par exemple, comme on l’a lu sur les murs de l’EHESS tristement ravagé, ou qu’il faut pendre les patrons avec les tripes des derniers ecclésiastiques ou encore que les « anti-blocages » n’ont pas voix au chapitre parce qu’ils sont prétendument de drouaâââte ! Aïe, moi aussi j’ai mal au crâne !
Alors où est notre jeunesse, entre slogans politiciens et plagiats médiocres de mai 68 ? Cette jeunesse est-elle définitivement puérile ? Est-ce encore une génération d’éternels adolescents, vouée à la négation de ses responsabilités ? La génération 06, génération anti-CPE, est-elle cette enfantine génération « dauphin-chocolat », qui refuse de se colleter au réel, ou bien acceptera-t-elle de regarder les choses en face ? Ce « peuple de gauche » on le connaît un peu… étudiants anarchistes, t-shirt Che Guevara avantageux, syndicalistes protégés de la fonction publique, designers socialistes bobo-branchés, keffieh en bataille, plasticiens subversifs de la gauche cultureuse subventionnée, fidèles compagnons de route « apparentés communistes » ( le dernier chic ça ! ) et autres anars professionnels capables de marcher au pas pour la bonne cause du désordre généralisé au moindre signal de la hiérarchie ! Mais ce peuple de gauche « hype » a été durement confronté au réel en marge des récentes manifestations… une réalité au visage sous-prolétarien de casseurs apolitiques, « de banlieue », qui aiment détruire, frapper, voler et s’amuser entre « potes ». Aïe ! Il fait mal à la tête le réel quand il prend le visage d’un pathétique « droit du plus fort » !

CPE : Opération bonheur ! Les jeunes manifestants anti-CPE se cherchent une mythologie sur les ruines des mythes révolutionnaires de leurs parents… et comme des gamins ils n’en tirent que l’écume morale… la quête soixante-huitarde du plaisir et du bonheur ! Philippe Muray avait fustigé le bobo moderne comme étant un homo festivus... ne vivant que par la manif, la subversion onaniste et toute une morale de la solidarité pompée dans Astrapi. Ainsi, l'homo festivus, le « mutin de Panurge » aime la vie, le sexe et le bonheur en général. Mais il se ment à lui-même sur le sens de sa vie. La plupart des jeunes mobilisés contre le CPE, avec leurs slogans avariés sont de cette race, souvent issus de classes sociales privilégiées ils attendent que la société fasse leur bonheur... il faudrait les prévenir d'urgence : ils iront de désillusion en désillusion, jusqu'à mourir en se disant qu'ils ont été floués. Ils n’auront gratuitement ni amour, ni chocolat, ni vacances, ni musique, ni dauphin, ni fleurs, ni chat, ni liberté… et j’en suis bien triste ! Et même j’en verse une larme !
On juge une révolution à la qualité de ses slogans... lors des émeutes de novembre il n’y en avait qu’un seul de slogan : mon cocktail Molotov dans ta gueule ! Et sous « Paris-plage », maintenant il y a les pavés…
FXA.
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