F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.






 

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Le 7 août dernier j’ai rendu hommage à la soprano Elisabeth Schwarzkopf dans les pages Rebonds de Libération. Voilà le texte de cette nécro-trash, nécessairement amoureuse, de la grande voix straussienne… Elisa, Elisa, saute-moi au cou… ! Elisa, fais-moi signe…


 


 

Elisabeth Schwarzkopf,

son tout dernier lied

 

Hommage à la grande soprano décédée jeudi à l'âge de 90 ans.

 

 

Ainsi, la grande soprano européenne Elisabeth Schwarzkopf vient de mourir, en Autriche, à un âge avancé, tout rond (90 ans), et au terme d'une carrière exemplaire, unanimement saluée. Les grands médias vont de leur petit couplet nécrologique guindé ; les radios et les télévisions à caractère culturel ressortiront des archives les bobines ad hoc et nous concocteront des émissions spéciales, pleines de fausses surprises... «Est-ce peut-être ceci, la mort ?» chantait-elle, vibrante et inextinguible, cette chère Mme Schwarzkopf, dans le dernier des Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, intitulé Dans le rouge du couchant (Im Abendrot). Les mélomanes ont nécessairement dans l'oreille à la fois son enregistrement des années 50, avec le chef d'orchestre Otto Ackermann à la tête du Philharmonia Orchestra, et celui de 1966 avec George Szell aux commandes du Radio-Symphonie-Orchester de Berlin. Deux profondes visions de l'oeuvre-testament de Strauss, mais aussi deux fascinants portraits de femme (la femme-enfant face à la femme mûre), deux gages de son extraordinaire «métaphysique vocale». Car Schwarzkopf frappe au-delà du sensible, de la chair de poule, de la larme à l'oeil, du frisson débordant, de la fièvre, au-delà ­ même ­ des catégories kantiennes de l'esthétique transcendantale, pourquoi pas, l'espace, le temps…




Sa voix était l'au-delà spatio-temporel, accessible sur compact disc. Elle frappe, elle frappait le coeur de nos interrogations humaines, sans presque le vouloir, pudiquement, en simple médiatrice passionnée des oeuvres qu'elle interprétait. Pour le dire autrement, Schwarzkopf, dans les Quatre Derniers Lieder de Strauss, et ailleurs parfois, c'était la métaphysique «pour les nuls», la méditation philosophique à la portée de tous, l'alpha et l'oméga de l'être et du néant au fond à droite du rayon classique de la Fnac de Concarneau... Elisabeth Schwarzkopf, dans cette oeuvre straussienne, était surtout parvenue à résoudre, sans complexe, l'apparent conflit nietzschéen de l'apollinien et du dionysiaque, de la voix qui dit et de celle qui chante... En épousant de tout son être les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, ce chant absolu de sagesse, de maturité et de mort, ce chant profond de la terre et des hommes, de la terre et des peuples, de la terre et de l'humanité tout entière, Schwarzkopf avait signé un pacte avec la profondeur, avec la rugosité, la détresse, la défiance, et, au-delà, un pacte avec la mort. Que faire, alors ? Rappeler les faits d'armes de la belle ? Les mozartiennes Noces de Figaro, de Salzbourg, à l'après-guerre, ou sa présence sur les planches de la Scala de Milan en 1949, ou bien encore sur celles du Metropolitan Opera de New York dans les années 60. Faut-il évoquer ses disques ? Tous ?





Une voix s'est éteinte, et comme à chaque fois le brouhaha va prendre le dessus ; une voix s'est éteinte, et l'on se demande avec angoisse si elle est perdue à jamais... Ce brouhaha médiatique, paramusical, on l'entend déjà. Ceux qui reprocheront à Schwarzkopf d'avoir été trop travailleuse, trop réfléchie, trop «femme d'intérieur» (i.e. : adepte des studios d'enregistrement, à l'inverse de sa contemporaine Maria Callas, femme de scène...), trop froide, trop introspective, pas assez spontanée. Qu'est-ce que la spontanéité dans le chant ? Les chanteuses spontanées sont-elles celles qui chantent avec leurs prétendues tripes (où sont les tripes ? A quoi servent-elles ?) ou celles qui comprennent, et intègrent, ce qu'elles chantent ? Et puis, dans le brouhaha, on entend déjà, aussi, ceux qui jugeront opportun de rappeler les «liens» prétendus de la chanteuse avec l'Allemagne nazie, et puis ces quelques voix qui reprocheront inexplicablement à la soprano d'avoir été si dépendante de deux hommes, deux génies incontestables de la musique du XXe siècle, mais des mâles... Le chef d'orchestre Herbert von Karajan et le producteur Walter Legge... Mais aujourd'hui ce sont surtout Richard Strauss, Mozart, Wolf, Mahler, Puccini, Schubert ou encore Schumann qui sont en deuil... Echantillon faiblement représentatif de tous ces grands compositeurs qui furent au service intégral de la voix d'Elisabeth Schwarzkopf, et que la chanteuse a eu l'intelligence et la bonté de mettre à notre disposition immédiate, avec la plus-value inestimable de sa chaleur humaine, et de l'épaisseur sensuelle de sa voix. «Est-ce peut-être ceci, la mort ?» chantait-elle à l'après-guerre, sur une musique inoubliable du vieux Richard Strauss, en bout de course... Que dire ? Oui. Merci pour tout.


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Quoi… le nazisme aurait sombré dans les ruines d’un bunker berlinois, avec le suicide d’une petite brune complexée et de son boyfriend moustachu, artiste-peintre raté ? Foutaise…

 

 

Les nazis refont surface... tremblez !

 

Au cœur de la campagne de l’élection présidentielle française, alors que toute la grande presse agite la menace d’un retour au fascisme… Ah ! Sarko et son ministère de l’identité nationale ! Ah Le Pen et ses éternelles facéties ! Regardons les choses en face… regardons l’atroce visage du commando des zombies SS « Shock waves » qui revient hanter un occident insouciant, habité par le culte du plaisir et du bonheur. L’occident libéral est en danger, la France est en danger, la société ouverte est face à ses ennemis… tremblez, innocents ! Le nazisme est à notre porte…

 

 

"SHOCK WAVES"

Film américain de 1976. ( Bande-annonce allemande… ).

 

 

 

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Extraits de textes médiévaux lus par Michael Lonsdale




L'heure poétique / L'heure du conte
Lundi 19 mars 2007 à 19h

Le Graal, aventure suprême proposée aux chevaliers de la Table Ronde, a fasciné l'Europe entière depuis le XIIe sicèle jusqu'à nos jours. Découvrir la nature et les raisons de cette fascination, c'est se lancer dans une autre quête du Graal, celle du Graal tel qu'il existe, comme objet poétique. C'est se plonger dans la lecture des romans du Graal. Il s'en est écrit dans toutes les langues de l'Europe médiévale : français, allemand, espagnol, catalan, italien, anglais, néerlandais, islandais.
La vérité du Graal, c'est la quête à laquelle il invite plus que la révélation qui doit en être l'aboutissement. La quête du Graal, c'est le cheminement à travers les romans du Graal, pour s'y perdre et s'y trouver.

Textes choisis par Michel Zink, membre de l'Institut, professeur au Collège de France, directeur de la collection "Lettres gothiques", dans les ouvrages édités au Livre de Poche : La Quête du Saint-Graal et le Haut Livre du Graal (Lettres gothiques) ainsi que La Légende du Graal dans les littératures européennes (La Pochothèque).


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Par François-Xavier Ajavon[1].

 

Le terme « eugénisme » ( ainsi que eugénique, eugéniste, etc. ) a connu une recrudescence médiatique notable ces derniers mois, dans le double contexte de l’ « affaire Pascal Sevran » et des critiques de certains responsables catholiques contre le Téléthon. Dans la presse quotidienne nationale française nous comptabilisons pas moins de 48 citations de ces termes entre le 1er novembre et le17 décembre 2006 ( contre six occurrences dans la même période l’année dernière, et sept en 2004 )[2]. Comment expliquer ce succès sémantique si extraordinaire ? Ce « concept » a t-il toujours été utilisé à bon escient ces dernières semaines par la presse et les intellectuels participant au débat public ?

 

Dans un communiqué de presse, daté du mercredi 8 novembre 2006, la commission bioéthique de l’observatoire socio-politique rattaché au Diocèse de Toulon dénonçait la « stratégie eugéniste » du Téléthon, et mettait en garde les fidèles contre « des dons qui vont à des laboratoires pratiquant le tri sélectif d'embryons et non une recherche éthique et moderne ». La critique du diocèse du Var concernait particulièrement l’action de l’Association française contre les myopathies ( organisatrice du Téléthon ), qui a obtenu la signature des décrets d’Etat sur le diagnostic pré-implantatoire, qui visent notamment à autoriser les médecins à écarter du processus de reproduction les embryons « malades ». Pour donner une illustration parlante de l’intérêt de cette biotechnologie : elle pourrait permettre, par exemple, d’identifier au stade embryonnaire une prédisposition des sujets à certains cancers, ou plus souvent de s’assurer de la « viabilité » des embryons issus de couples déjà frappées par des naissances « anormales ». Certes, les technologies de l’assistance médicale à la procréation ont dépassé depuis longtemps la simple lutte contre la stérilité, mais cela constitue t-il pour autant une dérive eugénique ?




Dans un registre légèrement plus trivial, le présentateur de télévision Pascal Sevran, habitué des décors aux couleurs pastels et des refrains rétros, a été également accusé d’eugénisme, suite aux propos qu’il a tenu dans son autobiographie Le privilège des jonquilles[3], concernant la famine en Afrique. Le quotidien France Soir a titré début décembre « Heil Sevran », afin de donner une amplitude nationale aux récentes déclarations de l’animateur dans Nice-Matin[4] :  « L'Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Il faudrait stériliser la moitié de la planète ! ». Sevran tentait maladroitement de justifier les propos tenus dans son livre : « Le Niger. Safari-photo insoutenable. Des enfants que l’on ramasse à la pelle dans ce pays où le taux de fécondité des femmes est le plus élevé au monde. Les coupables sont facilement identifiables, ils signent leurs crimes en copulant à tout-va. La mort est au bout de leur bite. ».  Le MRAP, et plusieurs autres associations de gauche et de défense des droits de l’homme, ont immédiatement crié à l’eugénisme. Au PS, le secrétaire national adjoint à l'égalité et au partenariat équitable, Faouzi Lamdaoui, n’hésitait pas à dénoncer « une véritable apologie du racisme et de l'eugénisme ». Mais ces propos parfaitement excessifs, et certainement racistes, d’un showman cathodique soumis aux pires pressions, et coutumier des virevoltes idéologiques, constituent-elles pour autant réellement des allégations précisément eugénistes ? 

 

Qu’est-ce que l’eugénisme, précisément ? Avant d’avoir une histoire contemporaine, marquée par la création du mot lui-même, cette volonté d’améliorer l’homme en contrôlant sa reproduction a des origines qui se perdent dans la nuit des temps. On en retrouve des traces importantes dans l’antiquité greco-romaine : depuis la cité de Sparte où la légende rapporte que l’on tuait à la naissance les nouveau-nés malformés qui feraient des individus inassimilables à cette société belliqueuse, jusqu’à la Callipolis ( belle cité ) platonicienne où le contrôle étatique de la reproduction est instauré afin de garantir la qualité des gardiens de la cité idéale ; en passant par le gynécologue romain Soranos d’Ephèse qui étudiait dans l’un de ses traités : « Comment reconnaître le nouveau-né qui vaut la peine qu’on l’élève ? ». A l’inverse de cette tradition antique disparate, accordant relativement peu de valeur au vivant, la tradition judéo-chrétienne a construit toute une part de son identité sur le respect de la vie, et plus spécifiquement sur celle des nouveau-nés.

 

Le terme eugénique ( eugenics ) a été construit par le théoricien britannique Francis Galton en 1883, sur la base d’une double racine grecque : eu qui signifie bien et genès, né. L’enfant eugénique est donc celui qui est « bien né ». Pour Galton l’eugénisme est « la science de l’amélioration des lignées ( improving stock ), qui ne se limite aucunement à des questions de croisement judicieux, mais qui, tout particulièrement dans le cas de l’homme, prend appui sur tous les facteurs qui tendent, à un degré quelconque, à donner aux races ou souches les plus convenables une plus grande chance de prévaloir ( prevailing ) rapidement sur celles qui le sont moins »[5]. Francis Galton, cousin de l’immense Darwin, défendait l’idée d’une science nouvelle visant à maîtriser les lois de l’hérédité, mais aussi d’une technologie visant à les infléchir dans le sens d’un perfectionnement biologique de l’espèce humaine. Ainsi, l’eugénisme peut être négatif ( il est alors construit sur des processus de discrimination qui écartent de la reproduction certains groupes : handicapés, malades, etc. ), ou bien positif ( il est alors basé sur une politique de normalisation de l’humain ou d’hyper-normalisation, reposant sur l’idée que la reproduction doit être organisée par l’Etat afin d’atteindre une norme, celle de la santé ou bien celle d’une sur-humanité fantasmée ).

 

Dans le contexte du développement d’une pensée de la « santé publique » ( lutte contre l’alcoolisme, la tuberculose, développement de l’hygiène domestique et amélioration des conditions sanitaires en contexte urbain, etc. ), au début du XIX ème siècle, l’eugénisme a rencontré un très vif succès. Rapidement les sociétés savantes et les revues spécialisées ont donné à la notion d’eugénisme une assise idéologique considérable, qui a conduit à sa mise en pratique par plusieurs pays occidentaux, tout au long du XX ème siècle. Cet eugénisme « pratique » a connu plusieurs visages : depuis la stérilisation forcée d’individus handicapés dans plusieurs pays scandinaves, jusqu’au projet hitlérien des « Lebensborn » ( haras humains ), dont l’objectif était de favoriser la reproduction des éléments « aryens » les plus remarquables, en passant par les nombreuses lois américaines qui pendant toute une partie du XX ème siècle ont encadré strictement les conditions du mariage, en l’interdisant à certaines catégories ( malades mentaux, alcooliques, marginaux, etc. ), puis d’autres lois, plus sévères encore, qui en organisaient la stérilisation.

 

On pense parfois, à tort, que l’eugénisme a disparu dans les décombres du Troisième Reich, et qu’il fut condamné par la communauté internationale lors du procès de Nuremberg. Jamais, au cours du fameux procès, l’eugénisme n’a été explicitement condamné, et il n’a été considéré comme un « crime contre l’humanité » que bien plus tardivement. La volonté de contrôler et d’améliorer la qualité de l’homme a connu plusieurs autres visages après la seconde guerre mondiale, notamment aux Etats-Unis. Le premier directeur général de l’UNESCO ( de 1946 à 1948 ), le biologiste Julian Huxley[6], était un ardent défenseur de ce concept, il écrivait à ce propos : « Grâce au génie de Darwin et de son cousin Galton, la notion de perfectionnement évolutionnel par la sélection a fourni à l’eugénique une base scientifique solide, et au cours des années récentes, on a obtenu des progrès marqués dans l’application, à l’espèce humaine, des découvertes triomphales de a génétique moderne »[7].

 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale l’eugénisme est au centre du débat bioethique sur l’encadrement médical de la reproduction humaine. On parle régulièrement de « risque » eugénique ou de « résurgence » de l’eugénisme concernant le clonage ( notamment le clonage thérapeutique ) et le diagnostique pré-implantatoire, permettant de connaître précocement les caractéristiques génétiques d'un embryon, afin qu'il soit implanté dans le corps de la mère tout en s'assurant qu'il soit exempt d'une affection génétique ou d'une anomalie chromosomique.

 

Qu’en est-il de l’eugénisme sur le plan légal en France, aujourd’hui ? Peut-on qualifier certaines lois d’eugénistes ? Si la consultation médicale « pré-nuptiale » est effectivement une survivance des législations de l’Etat français, il paraît délicat de qualifier d’eugénistes les lois qui encadrent aujourd’hui les pratiques médicales relatives à la reproduction. L’eugénisme est une volonté de normalisation ou d’amélioration, qui est politique avant d’être médicale. Les lois autorisant l’avortement thérapeutique ( lorsque l’embryon est identifié comme anormal ) ou le diagnostic pré-implantatoire ne sont pas rattachées à un idéal politique d’homme nouveau, idéal et réformé ( par l’exclusion de certaines populations notamment ), mais sont liés à une stratégie thérapeutique neutre. Si danger il y a dans ces législations, il ne tient pas au fantasme du surhomme mais à celui du bébé « zéro défaut », symbole de notre refus moderne de la maladie et de la mort. L’eugénisme authentique vise une forme de sur-humanité, alors que la plupart des législations modernes qui encadrent le « vivant » visent un idéal médical de santé totale.

 

Ainsi la question demeure : doit-on être plus vigilant sur l’usage du terme « eugénisme » dans le débat public ? L’eugénisme est un de ces mots-pièges, qui compte aussi parmi les « mots-clés » de notre imaginaire collectif moderne, et sa seule prononciation nous jette dans des abîmes d’inquiétude et de perplexité… L’eugénisme, au croisement symbolique d’eros et de thanatos, de la reproduction humaine sexuée et de son contrôle autoritaire, fascine et bouleverse. Mais cette fascination nous autorise t-elle l’imprécision conceptuelle ?

 

Les organisateurs du Téléthon et l’animateur de télévision Pascal Sevran sont-ils de dangereux eugénistes, au sens strict ? Evidemment, non. Il ne faudrait pas que l’imaginaire collectif investisse dans cette notion des fragments de systèmes idéologiques qui ne lui correspondent pas.

 

Si les propos excessifs et provocateurs de Pascal Sevran ne méritent certainement pas d’être étudiés à la loupe philosophique, il faut reconnaître que rien dans son discours sur l’appendice pénien des africains ne peut renvoyer à l’eugénisme. C’est – au mieux -  dans une perspective démographique que le défenseur de la chanson française se positionne : dans le contexte d’une « réflexion de voyage » sur le Niger, il croit utile de pointer du doigt le niveau élevé de la natalité en Afrique comme étant l’une des causes de la misère de ce continent. Si Pascal Sevran semble défendre l’idée d’une « stérilisation » de certaines populations du tiers-monde, ses propos ne sont aucunement sous-tendus par une idéologie authentiquement raciste instaurant une hiérarchie entre les groupes ethniques. Sevran ne souhaite pas la stérilisation des « noirs » parce qu’ils sont inférieurs, mais parce qu’il estime qu’ils se reproduisent trop, et qu’ils ne sont pas en mesure de subvenir aux besoins de leurs progénitures. Passons sur la dimension insipide des propos du saltimbanque… mais stricto-sensu, Sevran n’est pas un défenseur de l’eugénisme. Son invective médiatique s’inscrit seulement dans le cadre d’une réflexion rudimentaire sur la démographie sub-saharienne.

 

Il est aussi nécessaire de soumettre les propos du Diocèse de Toulon, concernant l’opération « Téléthon », à une critique conceptuelle serrée. Est-ce que le Téléthon a une « stratégie eugéniste », comme le dénonce le diocèse ? Certainement pas. D’abord parce que plus de 40% des sommes récoltées par le Téléthon vont directement, selon l’AFM, aux malades et non à la recherche médicale. Le Téléthon est donc d’abord un grand « financeur » du confort des malades, et il permet d’améliorer notoirement les conditions de vie quotidiennes des petits myopathes. Ensuite, évidemment, l’une des raisons d’être de ce grand show télévisé est de financer la recherche, et notamment les laboratoires qui contribuent au DPI, à destination des couples à risque. Cependant, procéder dans un contexte médical très strict et très encadré, à un tri d’embryons, obtenus via une fécondation in-vitro, constitue t-il un crime eugéniste ? Le diagnostique pré-implantatoire, permettant à certains couples d’obtenir des bébés viables, n’est certainement pas une « stratégie eugéniste » : d’une part il n’est nullement question d’une volonté politique d’amélioration de l’espèce humaine, ou d’élimination d’individus handicapés, et ensuite le DPI ne concerne aujourd’hui que les patients considérés à risque, ou ayant eu à vivre déjà une naissance anormale. Le Téléthon n’a aucunement vocation à organiser l’édification du surhomme, il développe – au contraire - ses activités dans un champ médical éthiquement très balisé.

 

Il faut appeler nos élites intellectuelles, celles qui s’expriment dans les médias, celles qui ont capacité à convoquer des conférences de presse, celles qui ont l’oreille de nos dirigeants exécutifs, celles qui donnent écho à toutes ces opinions ( les journalistes et leaders d’opinion  ), à apprendre à user de certains concepts sulfureux avec parcimonie et précision…  Le philosophe pré-socratique Héraclite déclarait : « Au moindre mot, le sot s’effarouche… » (Fr. 87)… mais ne devons-nous pas, justement, nous effaroucher davantage face à certains concepts, qui mériteraient certainement d’être plus longuement pensés et assimilés, plus longuement « mâchés », avant d’être ainsi manipulés sur l’espace public ?

 

Si l’eugénisme ne faisait pas aussi peur, ce concept servirait-il si souvent d’anathème ? Si l’eugénisme était plus connu, plus étudié, plus analysé, ferait-il aussi peur ? La balle est certainement dans la camp des universitaires, des pédagogues et des chercheurs…  car avant de brandir l’effrayante bannière de l’eugénisme, nous devons apprendre à comprendre ce mot, et à en connaître l’histoire.



[1] François-Xavier Ajavon a publié le livre L’eugénisme de Platon en 2002 chez l’Harmattan. Il a publié en juin 2006 dans la revue Laval Théologique et philosophique ( Université de Laval, Canada ), l’article « L’étrange et inquiétant Platon de Hans F.K. Günther ».

[2] Comptage réalisé grâce au service en ligne « Pressedd ».

[3] Pascal Sevran, Journal Tome VII, Le Privilège des jonquilles, Albin Michel, 2006.

[4] Nice-Matin, « Il faudrait stériliser la moitié de la planète », 02/12/06.

[5] Francis Galton, Inquiries into human faculty and its development, London, J.M. Dent & Sons, 1883, p.24. Cité par Jean Gayon « Le mot eugénisme est-il encore d’actualité ? » in L’éternel retour de l’eugénisme, Paris, 2006, PUF, p.123.

[6] Frère du romancier Aldous Huxley, auteur du Meilleur des mondes ( 1932 )

[7] Julian Huxley, L’homme cet être unique, 1941. trad. Castier, Presse française et étrangère, Paris, 1947, pp. 52-53.


 


Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu »

 

Maurice Barrès, Voyage de Sparte, 1906.

 

Lorsque Maurice Barrès publie son petit texte consacré à Sparte et à la Grèce ancienne, en 1906, Nietzsche est mort depuis six ans, mais l’engouement pour l’Antiquité et les représentations issues du classicisme est encore très fort. Académicien, penseur de l’individualisme, du nationalisme et du militarisme, Barrès ( 1862 – 1923 ) trouve en Sparte tout à la fois une illustration commode de ses convictions intimes et une sorte de justification historique de son propos. Dans son Voyage, Barrès évoque sa visite du site fameux de la chaîne montagneuse du Taygète, sur laquelle est planté le rocher des Apothètes depuis lequel les enfants non conformes à la norme spartiate étaient éliminés.


Maurice Barrès fait semblant de regarder par la fenêtre.


Lisons de larges extraits du texte de Barrès pour nous permettre de mesurer à quel point Sparte porte au fantasme, mais aussi pour le beauté du style contrastant avec la violence des propos :


« Je ne me lassais point d’errer, à l’ouest de la ville, dans les campagnes comprises entre l’Eurotras et la chaîne du Taygète. Des bosquets d’olivier, de sycomores et de platanes, des mûriers enlacés de vignes laissent pousser dans leur ombre claire de l’orge, des maïs, tous les légumes et toutes les fleurs. A chaque pas murmurent et fraîchissent de petites rigoles, par où la neige, qui blanchit les cimes du Taygète et qui ruisselle impatiente sur tous ses flancs, vient tremper cette terre brûlante. Mais ce paradis est un cimetière. Les cyprès y commémorent le plus illustre des deuils. Sur cette scène étroite, une race extraordinaire a donné sa représentation. (…) On y visite, dans les premiers escarpements du Taygète, le haut rocher des Apothètes, d’où Sparte précipitait tout enfant incapable de faire un guerrier vigoureux. C’est excellent de décourager les fausses vocations. Sparte a prétendu diriger la reproduction de ses citoyens. Les jeunes reproducteurs étaient formés par des danses et des luttes ( …) Voici l’un des points du globe où l’on essaya de construire une humanité supérieure. (…) Lycurgue ( le législateur de Sparte, j’y viens immédiatement ) proposa aux gens de cette vallée la formation d’une race chef. Un spartiate ne poursuit pas la suprématie de son individu éphémère, mais la création et le maintien d’un sang noble. Je sais tout ce qu’on a dit sur la dureté orgueilleuse de Sparte. Ces critiques sentent l’esprit subalterne. (…) J’admire dans Sparte un prodigieux haras. Ces gens-là eurent pour âme de vouloir que leur élevage primât »[1].

 

Je souligne « C’est excellent de décourager les fausses vocations » : humour ou cynisme de Barrès ? Peut-être simple provocation. Il n’en demeure pas moins que l’auteur du Culte du moi ne s’embarrasse pas d’hésitations pour adhérer au modèle spartiate. Cependant, par-delà la radicalisme du propos de Maurice Barrès se dessine une image caricaturale mais assez saisissante de la fantasmagorie spartiate. Sparte porte au fantasme et à l’exagération ; Barrès est fasciné, tout autant que l’était Platon lorsqu’il construisait le plan utopique de sa cité idéale. François Ollier, grand spécialiste français de l’histoire lacédémonienne a trouvé la formule de « mirage spartiate » pour caractériser le phénomène.

 

 

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[1] Maurice Barrès, Le voyage de Sparte, Plon, 1906, pp. 197-199

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