
Galère, par Jean Dutourd, 1947.
Jean Dutourd, écrivain français connu surtout pour son grand roman Au bon beurre ( adapté au cinéma ) et pour les Taxis de la Marne, Académicien "conservateur" respecté, traducteur en français d’Hemingway et de Truman Capote, publiait dans l’indifférence quasiment générale - en 1947 - un somptueux recueil de poèmes introuvable aujourd’hui : Galère.

Jean Dutourd, poète, écrivain, académicien.
On se délectera de « Galère », le beau texte qui ouvre ce livre hors-norme, et nous offre un échantillon d’un talent que Jean Dutourd n’a pas exploité suffisamment… mais est-il trop tard, Monsieur Jean ?
Galère.
Lourdes ailes, rangs de rames,
Humes grosses du Levant,
Drapeaux, fanions et flammes,
Tous pressés sur le devant,
Etendards et boucliers
Mâts que le cordage racle
Avec de fins bruits d’osier,
Conspirez au beau spectacle :
La mélodieuse Galère,
Douce à la ferme chair des eaux,
S’attachant des rubans d’oiseaux,
Quitte le soleil et la terre.
Portant l’accord fructueux
De la boussole aux étoiles,
Dans ses escaliers de voiles
S’enfle un vent majestueux.
La mer marche sous sa coque ;
Elle ira jusqu’au Cancer ;
C’est un monument baroque,
Dressé sur la courbe mer.
Stable et aventureux palais,
Poisson rond comme une planète,
Elle prend l’or et le rejette
Aux cieux, aux flots et aux galets,
Cependant que meurt – il est mort –
Derrière un ultime pilastre,
Sans cri, sans mouvement, le Port
Qui poudroie aux gloires de l’Astre.

Allez tas d’bourgeois, de retour de la messe, un peu de jazz….
Gainsbourg - All the things you are
envoyé par Quiche
Serge avec les musiciens de l’époque de Confidentiel et de Couleur café ( 63-64 ). De loin, sa meilleure période…
Z'avez vu à droite ? Vous comprenez mieux le truc de Hegel "La chouette de Minerve ne prend son envol qu'à la tombée de la nuit", etc.
Et puis pour le plaisir ( et le mauvais esprit ) :
Gainsbourg brule un billet
envoyé par gainsbarre
Trop d’impôts tue l’impôt…
Serge, dandy ou anar de droite ?
Par François-Xavier Ajavon.
Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu » : Croquis d’Antoine Pol ( 1970 )

Antoine Pol, Croquis (1970)
Récemment est miraculeusement reparu, grâce à une souscription inespérée, le recueil Emotions poétiques d’Antoine Pol, 87 ans après sa première parution aux « Editions du Nouveau Monde », à Vanves.

Antoine Pol, soldat de la guerre 14-18.
Antoine Pol, industriel et poète d’un autre temps ( 1888 – 1971 ), un peu démodé, un peu oublié, nous offre l’image originale, atypique et attachante d’un grand industriel du XX ème siècle, au « jardin secret » poétique immense. Ingénieur, centralien de formation, ancien combattant de la grande guerre, capitaine d’industrie dans la houille, PDG des Entreprises SECD Châtel et Dollfus dans les années 20 et dès 1945 Président du Syndicat Central des Importateurs de Charbon de France, Pol ne cessa cependant jamais d’écrire de la poésie entre le début du siècle et le tout début des années 70…
Nous devons à ce grand poète « maudit », à ce grand oublié de la littérature française le texte de l’une des plus belles chansons de Georges Brassens : « Les Passantes ».
« Je veux dédier ce poèmes
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets »…

Antoine Pol, Emotions Poétiques, 1918.
Lorsque l’on se replonge dans ses livres, on réalise à quel point Antoine Pol est une voix poétique attachante et parfaitement anachronique dans le siècle dernier, celui des techno-sciences triomphantes et de la progressive mondialisation de tous les enjeux. Si Antoine Pol avait été, aux yeux de la société, un poète à « part entière », à « plein temps », on l’eut certainement rapproché plus souvent de Sully Prud’homme, Albert Samain, Jules Laforgue ou même d’un hypothétique frère cadet d’Apollinaire, à la fois moins doué mais plus touchant lorsqu’il raconte sa guerre de 14-18, celle que l’on préfère. Mais ce statut de poète à « mi-temps » vendu au capital, ce statut de poète « en marge » de la poésie officielle, ne fait pas de lui un artiste raté, tel d’autres figures du pouvoir attirées par la création artistique : comme Néron expirant en disant son impérissable « Qualix artifex pereo », ou encore le jeune Hitler, pas encore vraiment führer, qui persistait à faire de l’aquarelle alors qu’il se battait en France pour le compte de l’armée de Bismarck. Pol c’est au contraire un splendide Janus Bifrons, créateur de richesse, d’emplois, de charbon par wagons, et de pages poétiques incontestablement importantes dans l’histoire littéraire de la France.
Mais malgré cette œuvre riche d’une demi-douzaine de volumes, jamais tirés à plus de quelques centaines d’exemplaires – pour la famille, les amis, et quelques amateurs de « poésie minoritaire », Antoine Pol a touché le monde entier parce que, par le miracle d’une flânerie parfaitement contingente aux puces de Vanves le grand Georges Brassens tomba sur le recueil « Emotions poétiques », et l’acheta pour trois francs six sous comme le rapporte la légende.
Cependant au-delà de l’image d’Antoine Pol véhiculée par « Les Passantes », celle d’un homme plein de regret et d’une légère amertume face à l’indifférence et/ou l’orgueil des femmes, se cache un homme infiniment plus complexe, déchiré entre deux tendances qui sont si rarement réunies dans la même enveloppe corporelle : le pasteur d’hommes, chef d’entreprise et meneur d’industrie, face au poète insoupçonné, à la voix de la lyre sacrée... sous la poussière du charbon, cette splendide séquelle si fragile de la braise…
Pour illustrer cet art poétique patronal, voici un texte rare paru dans le recueil Croquis, illustré par Charles Dublin, publié à 250 exemplaires en 1970.
On notera avec amusement la dimension anti-« soixante-huitarde » et anti-contestataire de ce panorama poétique de l’histoire de France…
Petit aperçu d’histoire de France.
Par Antoine PolNous avons eu la France monarchiste
Puis la Révolution dont on connaît le prix,
Puis la France bonapartiste,
Que suivit à nouveau la France royaliste
Avec trois rois qui n’avaient rien compris.
Le peuple avait voulut modifier le régime
Mais, au bout de trois ans, par un vote unanime,
Nous étions bons
Pour un second Napoléon !
Ca nous donna « La belle Hélène »,
Haussmann et une vie allègre et « parisienne ».
Badinguet avait dit : « L’Empire c’est la paix ! »
On eut soixante-dix ! On l’eut subi sans peine,
Si l’on n’avait perdu l’Alsace et la Lorraine
Et paumé cinq milliards extra-lourds pour les frais !

Napoleon III, surnommé Badinguet
La République revint dans la misère
Avec des présidents qui n’étaient pas fougueux,
On pouvait espérer un sort moins belliqueux.
Eh bien, en vingt-cinq ans on s’est payé deux guerres
Avec le même partenaire !
En 14 il paraît que nous étions fin prêts
Et qu’on pouvait tout se permettre,
Comme au temps de Badinguet
Il ne nous manquait pas un seul bouton de guêtre !
On avait pour deux mois d’obus
C’était juste pour un début
Mais ça n’avait pas d’importance
Car, affirmaient nos compétences,
Un conflit, de nos jours, ne peut durer longtemps…
On en a pompé pour cinq ans !
La deuxième devait nous mener à Berlin,
Ah ! Cette fois c’était la bonne !
On s’est retrouvé à Bayonne,
A Toulouse, à Tours, à Moulins,
Car les français, toujours malins,
Avaient pris pour chef Gamelin.
Passons sur les quatre ans vécus avec les Boches :
Menus avec tickets, soupe aux rutabagas,
Ceinture pour le bœuf, le sucre et le tabac !
Essayons d’oublier, car s’était plutôt moche.
Le temps passe… L’on est toujours républicain
On eut la Quatrième… ensuite la Cinquième.
La France est un pays qu’on respecte et qu’on aime
On a, grâce à De Gaulle, un prestige certain.
Quinze ans se sont passés sans connaître la guerre…
Mais la France soudain devient contestataire :
C’était vraiment trop beau… Personne n’était content.
On se bat presque un peu partout sur la planète,
Au Vietnam, en Afrique, au Moyen-Orient.
On détourne un Boeing avec un seul truand.
Mais chez nous, c’est à croire qu’on regrette
Le temps des crapouillots, l’âge des baïonnettes.
Les étudiants qui sont, comme vous le savez,
Des jeunes gens bien élevés,
Sur les flics envoient des pavés.
Ils coiffent leur recteur avec une poubelle,
Et dans les facultés violent les demoiselles.
Les routiers mécontents barrent les grandes routes.
Du coup les commerçants excités en rajoutent !
Ils vont piller jusqu’aux bureaux des percepteurs.
Entre nous, dans ce cas, ce sont des bienfaiteurs
Mais, hélas, on ne peut accepter aux Finances
Un pareil manquement aux us et convenances.
Le mal s’étend ! D’après un journal du matin
Quatre bébés ont fait la grève de la faim !
Ils réclament des vitamines naturelles
Puisées aux sources maternelles,
Proscrivent la tétine et demandent le sein.
C’est ennuyeux, bien sûr, mais voici mieux encore,
Une rumeur surgit comme bombe au phosphore :
Il paraît que dans plusieurs maternités
Les nouveau-nés, mettent le nez à la fenêtre,
Rejettent les forceps et refusent de naître.
On suppose qu’ils sont d’avance dégoûtés
De l’orientation de l’université
Et que, peu soucieux d’affronter
Un inutile et vain bachot
Ils préfèrent rester au chaud.
Certes on peut penser que le gouvernement
Va chercher la parade et trouver la formule.
Oui, mais, pour le moment,
Plutôt que d’être enceinte et gâcher vos ovules,
Madame, abstenez-vous… ou prenez la pilule.
Face aux intimidations des Adorateurs du Poireau,
que doit faire le monde libre ?
Robert Redeker remixé par F-X Ajavon.
Et avec les Adorateurs du Poireau, on a le droit ou pas ?!
Alors voilà….
Les réactions suscitées par l'analyse du Pape Anastase V sur les Adorateurs du Poireau et sur leur violence s'inscrivent dans la tentative menée par ce « botanisme » intégriste d'étouffer ce que l'Occident a de plus précieux qui n'existe dans aucun autre pays : la liberté de penser et de s'exprimer.
La secte des Adorateurs du Poireau essaie d'imposer à l'Europe ses règles : monoculture du Poireau – ou de l’oignon - dans les zones agricoles, interdiction de caricaturer toutes les plantes herbacées de la famille des Alliacées, exigence d'un traitement diététique particulier des enfants de cette religion dans les cantines ( potages, quiches, tartes aux poireaux, etc. ), accusation de poireauphobie contre les esprits libres.

Des Poireaux en ordre de bataille.
Comment expliquer l'interdiction de la teigne du poireau et de la mouche de l’oignon à Paris-Plages, cet été ? Étrange fut l'argument avancé : risque de « troubles à l'ordre public ». Cela signifiait-il que des bandes de jeunes poireauphiles frustrés risquaient de devenir violents à l'affichage de ces insectes parasitaires ? Ou bien craignait-on des manifestations d’Adorateurs de la secte du Poireau ?
Il n'est pas déplacé de penser que cette interdiction traduit la poireauphilie des esprits français, une soumission plus ou moins consciente aux diktats botaniques. Ou, à tout le moins, qu'elle résulte de l'insidieuse pression de cette religion des plantes sur les esprits. « Poireauphilie des esprits » : ceux-là même qui s'élevaient contre l'inauguration d'un Parvis Anastase IV à Paris ne s'opposent pas à la construction de temples en l’honneur des poireaux et des oignons. Le poireau tente d'obliger l'Europe à se plier à sa vision de l'homme. Et ça fait de la peine à regarder.

Une armée fanatique de Poireaux
Comme jadis avec le communisme, l'Occident se retrouve sous surveillance idéologique. La religion du Poireau se présente, à l'image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental, saturé de graisses animales et de légumes impurs. À l'instar du communisme d'autrefois, les Adeptes des Poireaux, pour conquérir les esprits, jouent sur une corde sensible. Ils se targuent d'une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des plantes de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd'hui elle viendrait de la bonne glèbe de France, du monde rural, de la « terre » ! Aujourd'hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Poireau, comme ils incarnaient l’œil de Moscou hier.
Dans l'ouverture à autrui, propre à l'Occident, se manifeste une sécularisation du christianisme, dont le fond se résume ainsi : l'autre doit toujours passer avant moi. L'Occidental, héritier du christianisme, est l'être qui met son âme à découvert. Il prend le risque de passer pour faible. À l'identique de feu le communisme, l’adepte du Poireau « Allium Porrum » ou encore « asperge du pauvre » tient la générosité, le l'ouverture d'esprit, la tolérance, la douceur, la liberté de la femme et des mœurs, les valeurs démocratiques, pour des marques de décadence.

Théophraste ( 372 - 287 ), maître à penser des Adorateurs du Poireau
La bible des Adorateurs du Poireau, le Traité des plantes du grec Théophraste est un livre d'inouïe violence. Georges Dupont énonce, dans l' Encyclopédia Universalis, quelques vérités aussi importantes que taboues en France. Par exemple Théophraste n’hésite pas à écrire « Le monde de demain sera dominé par les plantes. Et particulièrement par le Poireau, qui est la reine des plantes herbacées. »

Affiche du film "L'attaque des tomates tueuses"
La lapidation de la Tomate tueuse géante, chaque année à San Francisco, n'est pas qu'un phénomène superstitieux. Elle ne met pas seulement en scène une foule hystérisée flirtant avec la barbarie. Sa portée est anthropologique. Voilà en effet un rite, auquel chaque adorateur du Poireau est invité à se soumettre, inscrivant la violence comme un devoir sacré au cœur du croyant. Le Poireau doit l’emporter sur la tomate !

Affiche du film "Le retour des tomates tueuses"
Cette lapidation, s'accompagnant annuellement de la mort par piétinement de quelques fidèles, parfois de plusieurs centaines, est un rituel qui couve la violence archaïque de l’écrasement des tomates. Le quiche au Poireau doit l’emporter sur les tomates farcies !
Au lieu d'éliminer cette violence archaïque, à l'imitation du christianisme, en la neutralisant, l’église des Adorateurs du Poireau lui confectionne un nid, où elle croîtra au chaud.

Plat de riz de palourdes aux poireaux
Haine et violence habitent le livre de Théophraste sur les plantes, dans lequel tout adorateur du Poireau est éduqué. Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique pour poser sa chape de plomb sur le monde. Anastase V en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l'Occident « le monde libre » par rapport au monde botanique, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’œil de Théophraste, pullulent en son sein.
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Nota : je ne suis pas en accord avec toutes les idées de R. Redecker, et ce papier n'est en rien une attaque contre les religions. Appelons ça une variation sur le thème de la liberté, et mettons-le sur le compte d'un exercice de style "Oulipien"…
Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 ( dans un peu plus d’un an ) sera peut-être un peu difficile à supporter pour un certain nombre de français. En effet, au mois de mai 2008 nous fêterons - dans une liesse médiatique qu’il faut craindre - les quarante ans des événements de 1968. Si, si, vous savez, le truc qui renvoie nos parents à leurs premiers émois érotico-idéologiques ; le conte d’automne plein d’aventure, de bruit et de fureur, qui tire des larmes aux anciens maos reconvertis dans la pub et la finance ; l’épopée d’une génération qui a voulu faire table rase mais barbotte chaque soir dans des baignoires en marbre de Carrare et sirote des Bordeaux millésimés dans du cristal de Baccarat.

Images de Mai 68
D’abord les médias donneront à cet anniversaire un écho démesuré. Le Figaro titrera peut-être : « Génération 68 : pour un droit d’inventaire ». Si Libé est toujours en kiosque, il nous gratifiera d’une photo géante d’une jolie militante trotsko, aux allures baba, avec le titre « 68, année érotique ». L’Huma osera certainement quelque chose dans le genre « 68-08 : la lutte continue ». Plus prudente la Tribune titrera sobrement: « Sarkozy revient de Chine avec une commande ferme pour 300 Airbus ». Et oui, car alors c’est Sarkozy qui sera président. Qu’on se le dise !
Et puis les médias audiovisuels en feront des tonnes et des tonnes : on sera saturé de ces délicieuses images d’actualité en noir et blanc des années 60, siglées INA. On rendra le culte aux idoles en invitant sur les plateaux de télé les anciens combattants de cette drôle de guerre… Oh ! ce seront des moments de télévision émouvants, efficaces, et d’un pouvoir de nostalgie évident. Ces vieux Messieurs et ces Dames âgées, très dignes, très beaux, nous offriront même peut-être quelques larmes, luisantes à souhait sous l’effet des sunlights. Ils diront que leur AVANT était meilleur que notre AUJOURD’HUI, qu’on aurait du les écouter et changer le monde, que leur génération avait tout compris à la vie et que Mitterrand a brisé les illusions de la gauche. Alors on les écoutera béatement, en se disant que nos parents et grands-parents sont en train de tristement rentrer dans l’histoire.

Images de Mai 68
Daniel Cohn-Bendit, toujours aussi frais et séducteur, en veste de velours côtelés verte dira, dans l’émission spéciale que France 2 consacrera à la question, que ça avait été pour lui une bonne blague, et même peut-être que « Mai » avait été la période de sa vie où il avait le plus baisé, des commentaires dans ce genre, mêlées d’attaques politiciennes perfides contre le président Sarkozy. Il dira des phrases comme « Monsieur Drucker, mais comment voulez-vous que nos petits français aient de nos jours le sens du rêve et de l’utopie ? Comment voulez-vous que les jeunes se passionnent pour la politique ? Pour eux c’est quoi la politique ? Un petit bonhomme qui prend un Airbus pour aller en Chine, et en vendre trois-cent autres… ( rires dans la salle et sourire complice de Michel Drucker ) Alors que ma génération avait le sens des illusions… on croyait que les choses allaient changer, merde ! »
La chaîne de télévision M6 jouera subtilement sur son logo, et complétera - lors de la semaine spéciale qu’elle consacrera à l’anniversaire historique – grâce à une infographie façon « tag » les lettres qui manquent entre M6 et Mai 68.

Cohn joue au con
On verra aussi quelques vieux fossiles des années trotsko et mao… si tout va bien Jean-Luc Godard nous parlera de cinéma, Michel Pollack d’audiovisuel, et Brigitte Lahaie de reconquête du plaisir féminin. On aura la vieille garde féministe, Mme. Groult si Dieu lui prête vie, certainement Gisèle Halimi, qui évoqueront les luttes des femmes pour le droit à l’avortement et la progression de la parité. Elles ne parleront évidemment pas d’amour. En « Mai » il était question de sexe, pas d’amour…
Si tout se passe bien, Josée Dayan tournera un téléfilm en trois parties pour France 3, sur les événements de mai vus à travers le prisme de plusieurs milieux sociaux. Elle appellera ça « 68 et des poussières », par exemple. Ce sera : « Mai » au lycée Louis Le Grand, « Mai » à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt avec Sartre ( joué par Lorant Deutsch ) sur un tonneau et des 4L neuves, et « Mai » côté gaullien, avec Philippe Torreton dans le rôle du Général de Gaulle et Daniel Auteuil celui de Couve de Murville. Mais si, Couve… l’ancien patron de Romain Gary au Quai d’Orsay. Ce sera pro. Un peu chiant, un peu vulgaire, mais pro. Il y aura de l’action, des scènes filmées « caméra à l’épaule » de manifs, soulignant la « brutalité policière » ( qui n’a pourtant tué personne… ), et puis certainement une histoire d’amour transversale et émouvante entre un ouvrier maghrébin en lutte syndicale dans son usine et une petite minette en pull-over cachemire de chez Louis Le Grand. Péripétie sentimentale qui facilitera de beaucoup la narration de ce film. Il obtiendra quatre « T » dans Télérama, avec l’approbation « Chrétien media », et ce commentaire élogieux mais banal : « Josée Dayan nous fait toucher du doigt la grande histoire, à travers la petite. Toute la beauté lyrique de Mai est rendue avec vigueur et retenue ».
On fera des grandes fêtes populaires dans les rues pour commémorer l’anniversaire des émeutes de Mai. On organisera des débats, des concerts, des cafés-philo, des soirées à thème dans des clubs branchés. Des bals costumés, des partouzes… Ce sera une année faste pour le monde de l’édition. Tout le monde sortira son bouquin sur Mai 68 : historiens, essayistes, journalistes. Le moindre petit con aura son mot à dire. Et ils passeront dans des émissions littéraires et de divertissement, pour faire leur promotion, et dire en substance que c’était chouette Mai 68, qu’on avait bien rigolé, et qu’on avait fait une vraie révolution. Comme des grands. Comme la Russie et la Chine. Evidemment, quelques trublions tenteront de troubler la fête, mais on les traitera partout de fascistes, de révisionnistes, et d’adorateurs de Satan. Par exemple Dantec pondra un petit pamphlet sur la question. Houellebecq aussi commettra un petit bouquin de ce genre. P-A Taguieff écrira une somme, lourdement documentée, de 600 p, dans laquelle il démontera avec intelligence et perspicacité les mécanismes idéologiques des groupuscules d’extrême-gauche qui ont animé le mouvement de « Mai », et qui ont progressivement viré à l’antisémitisme dans la fascination politico-religieuse du tiers-monde. On les invitera pour les clouer au pilori, pour mettre symboliquement leurs bouquins au pilon… et bien sûr on se servira d’eux comme de preuve vivante du pluralisme apparent des débats historiques.
Le chanteur Renaud nous écrira certainement une petite chanson douce-amer sur l’idéalisme utopique des événements, avec un refrain efficace qui le fera rester dans les charts pendant dix-huit semaines.
La ville de Paris, dont la « mairesse » sera alors Clémentine Autain ( Allez voir son blog vous y comprendrez comment une clémentine se prend pour une cerise ), rendra des hommages nombreux et tapageurs à l’esprit de « Mai 68 ». L’avenue Montaigne sera rebaptisée « Avenue Pierre Bourdieu », la place de la Nation deviendra « Place de la révolution de mai », la voie rapide Georges Pompidou deviendra un « espace civilisé » Manu Chao ( par « espace civilisé » entendez une rue piétonne dans la novlangue de la mairie ), et la prison de la santé deviendra « Centre semi-ouvert de rééducation à la citoyenneté Michel Foucault ». Pour l’occasion on repeindra durablement la Tour Eiffel en rose, et on l’appellera Tour « Mon plaisir ».

Faut-il, aussi, envoyer LA "Clém" se faire désamianter en Inde ?
Clémentine fera une conférence de presse dans laquelle elle dira qu’elle aurait aimé vivre les événements de mai, et que sa génération a beaucoup de reconnaissance pour ceux qu’elle appellera les « résistants » de la démocratie, comparant les lanceurs de pavés à nos glorieux résistants, ceux de l’occup. Si elle est très en forme, la petite Clém osera le rapprochement entre les figures de Cohn-Bendit et de Danton. On peut toujours rêver…
Et tout cela arrivera, d’une manière ou d’une autre.
Souvenons-nous de la commémoration grand-guignolesque du bicentenaire de la révolution française en 1989, souvenons-nous de la parade de Jean-Paul Goude, des déclarations enthousiastes de la gauche de l’époque, qui se voyait héritière des sans-culottes. La dialectique politique sera certainement comparable en mai 2008 : les grands partis de gauche essaieront de nous faire croire que toutes les révolutions se valent, et que le projet socialiste par exemple – animé par Ségolène Royal devenue secrétaire générale du PS – est un descendant en ligne direct de « Mai », de la « Commune » et de 1789.
Une question me taraude, et je suis plein d’angoisse : quand va t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’histoire ? Devons-nous craindre mai 2008 ?
Je crois que pour les éléments les plus acharnés des camps réacs et conservateurs, avril 2008 sera une belle saison pour mourir…

Le Mariage du Dr. de Bourgogne
6ème édition, 1941.
Et par ailleurs, le Doc de Bourgogne était un passionné de bagnoles...
Et vous prendriez de préférence une voiture de marque connue. Ce faisant, vous agiriez sagement.
[1] P. de Bourgogne, Le mariage, conseils médicaux d’hygiène pratique, Paris, Vigot Frères Editeurs, 1941 ( sixième édition ), pp. 19-20.
A l’heure où France 2 nous livre sa relecture de l’histoire récente, sous la forme d’un pamphlet audio-visuel anti-chiraquien, sous la plume-caméra du talentueux Patrick Rotman, il nous semblait important d’exhumer plusieurs documents inédits sur notre président de la République… d’abord voilà la preuve de la rencontre presque secrète entre l’homme politique de droite et Georges Brassens, l’auteur génial du « Gorille » et de la « Mauvaise réputation »… On notera l’endormissement de Alain Souchon, et l’hilarité parfaitement injustifiée de Laurent Voulzy.

Georges Brassens accepte une récompense de la part de Jacques Chirac.
Voulchon sont les témoins complices de cette transaction contre-nature.
Il faut toujours faire gaffe aux photographes avant de serrer une pince… ( et là je m'adresse à Georges )...

Les PINCES inquiétantes d'un King Krab soviétique.
Sur cette autre photo inédite on peut voir Bernadette creuser le tombeau de ses illusions bourgeoises, et Jacques rire de bon cœur d’un tel manque d’imagination féminine.

- Vas-y Maman, creuses, creuses... tu trouveras bien une cassette ici...
- Tu n'es qu'un bon à rien, Bon sang, Jacques... mets plutôt un bleu et va te chercher une pioche !
Le Taureau de Phalaris :
sadisme et divertissement en Grèce ancienne.
Par François-Xavier Ajavon.
La torture est moins présente en Grèce classique qu’elle ne le sera plus tard dans la Rome impériale, celle des jeux du cirque et de la crucifixion. Les Grecs, certes, meurent beaucoup à la guerre et dans une violence inouïe ( comme une relecture de l’Iliade d’Homère peut l’attester ), mais l’image la plus caractéristique de la mise-à-mort athénienne est certainement Socrate buvant sa coupe de ciguë auprès de ses amis, et quittant la scène dans une douceur absolue.
Cependant l’hellénisme va produire plusieurs mythes de torture, dont celui du taureau de Phalaris qui est sûrement le plus représentatif, et que l’on retrouve abondamment dans toute la littérature gréco-latine depuis Pindare[1]. Phalaris, tyran d’Agrigente, sur la côte sud de la Sicile, au VI ème siècle avant JC, est à l’origine d’une machine de torture originale, consistant à faire littéralement cuire les malheureuses victimes dans une statue géante représentant un taureau – symbole de puissance dans l’imagerie grecque et plus spécifiquement crétoise. Pindare, l’une des premières sources majeures sur la question, prédit que le tyran sicilien ne tirera aucun prestige de sa machine de mort : « Ainsi la vertu bienfaisante de Crésus ne périra jamais, tandis que la postérité aura toujours en horreur la mémoire de Phalaris, qui brûlait inhumainement les hommes dans son taureau d'airain ; jamais son exécrable nom ne retentira dans les assemblées où la jeunesse marie sa voix aux doux sons de la lyre. »[2].

Le taureau de Phalaris par le graveur Pierre Woeiriot
( 1531-1589 )
Evidemment Phalaris ne va tirer aucune popularité de son taureau, qui est un parfait instrument de terreur politique dont la réputation franchira bientôt toutes les frontières de l’hellénisme, d’autant plus que ce taureau n’est pas une simple machine à donner la mort, il confère un caractère très spectaculaire aux tortures infligées. Polybe précise la description du dispositif : « …le bronze s’échauffait et l’individu, grillé et brûlé de tous côtés, périssait, et, dans l’excès de la souffrance, ses cris, semblables à un mugissement sortant de l’engin venaient frapper les auditeurs »[3]. Enfermé dans le corps de l’animal de métal, confronté aux souffrances les plus terribles et à l’imminence de sa fin, l’homme retourne à une certaine animalité et beugle littéralement. Une horreur théâtralisée, qui ne fait qu’amplifier la dimension spectaculaire du taureau, et que Lucien décrira ainsi : « … celui qui sera dedans poussera des gémissements et des cris, pénétré de douleurs insupportables ; mais le son de sa voix, en passant par (des) fluttes, formera des sons mélodieux, et soupirera un air plaintif, un mugissement lugubre, qui vous charmera pendant que l’autre subira sa peine »[4].

Mais qui est le plus sadique : celui qui conçoit ou celui qui utilise la machine de mort ? Les auteurs grecs apporteront un début de réponse à cette question, et proposeront une morale provisoire à cet épisode archétypique de la violence tyrannique pour plusieurs siècles en introduisant le personnage de Périlaüs, artiste bronzier et concepteur du taureau. Ovide fera de cet artiste-ingénieur la première victime de son instrument funeste. Périlaüs fait d’abord la promotion de son engin : « Ce présent, Ô Roi, vaut plus par son utilité que par sa forme et mon ouvrage ne se recommande pas par sa seule beauté »[5].
Mais aussitôt le tyran Phalaris décide d’éliminer son dévoué artiste sadique : « Merveilleux inventeur de ce supplice, dit-il, étrenne toi-même personnellement ton ouvrage. Et sans retard, cruellement brûlé par le feu comme il l’avait indiqué, il exhala de sa bouche gémissante un double cri »[6]. Le cri de l’homme, bien entendu, parfaitement déshumanisé et réduit à sa seule souffrance, derrière celui de la bête. Lucien, qui propose une autobiographie fictionnelle du tyran, va même jusqu’à imaginer la révulsion de Phalaris face à un homme encore plus pervers et inventif que lui dans le sadisme : « A peine eus-je entendu cet homme, que je détestais son abominable invention, et, tout indigné contre cette affreuse machine, je voulus lui fait subir le supplice qu’il avait imaginé : Eh bien ! lui dis-je, Périlaüs, si vous ne me faites pas de vaines promesses, montrez-nous l’effet véritable de votre art… »[7].

Les ruines d'Agrigente. Temple de Junon. Anonyme - département des estampes, BNF.
Le taureau de Phalaris aura au moins deux postérités. D’abord il sera considéré par toute la tradition stoïcienne postérieure comme l’exemple-type de la torture grecque extrêmement douloureuse, à laquelle le sage authentique doit savoir résister. Citons en exemple parmi des dizaines d’autres Grégoire de Nazianze : « Je loue le courage et la grandeur d'esprit des Stoïciens qui disent que les choses extérieures ne détournent en rien du bonheur, mais que le sage est toujours heureux, même s'il était en train de brûler dans le taureau de Phalaris »[8]. Le sage doit être mesure non seulement de résister à la violence du supplice, mais de trouver un certain plaisir à cette torture. L’image est abondante dans la littérature stoïcienne[9].

Grégoire de Nazianze (330-390), Père de l'église.
Icône de l'église de Tver, en Russie.
La seconde postérité du taureau sicilien sera carthaginoise, comme l’indique notamment Polybe[10]. Carthage ( ville de l’actuelle Tunisie ) est géographiquement très proche d’Agrigente. On retrouve dans l’imaginaire carthaginois, et dans sa religion, des traces du taureau de Phalaris, notamment dans la pratique rituelle des sacrifices d’enfants au « Moloch », le dieu Ba’al Hammon[11]. Le dispositif était proche du taureau : un brasier ardent brûlait au sein d’une statue monumentale, dans laquelle on jetait les enfants à sacrifier. Il y a des références à cette pratique dans le texte biblique[12] ainsi qu’une description très suggestive chez Flaubert[13].
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Cet article a été publié initialement par la revue littéraire LE NOUVEL ATTILA.
[1] Monique Halm-Tisserand, Réalités et imaginaire des supplices en Grèce ancienne ( Les Belles Lettres, 1998 )
[2] Pindare, Les Pythiques, I ( à Hiéron ).
[3] Polybe, Histoires, XII, 25
[4] Lucien, Dialogues, XXX, 1 ( Phalaris ).
[5] Ovide, Tristes, III, 11.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Grégoire de Nazianze, Lettre 32, ( fragment n°586 dans le vol III des SVF ).
[9] Cf notamment : Cicéron, Tusculanes, II, 7 ; Cicéron, De finibus, V, 28 ; Sénèque, Lettre à Lucilius VII, 66, 18 ; Plotin, Enn I, 4 [46], 13.
[10] Ibid.
[11] J. Allibert « Les sacrifices d’enfants à Carthage » in Archéologia n°1 ( nov-dec 1964 ) pp. 80-84 ; E. Lipinski « Sacrifices d’enfants à Carthage et dans le monde sémitique oriental » in E. Lipinski (éd.), Studia Phoenicia, VI, Carthago, Acta Colloquii Bruxellensis habiti diebus 2 et 3 mensis Maii anni 1986, Leuven, 1988, 151-185.
[12] Jérémie 7, 31-32 ; 32, 35. Rois II 17,17.




