Mardi 27 novembre 2007
La France est au bord de la nouba sociale, de la grande quinzaine festive de l’automobile calcinée, de la médiathèque municipale Louis Aragon carbonisée, de l’école maternelle Georges Marchais consumée. Emeutes ? Emeutes ? En même temps la France pleure une étudiante en journalisme, atrocement assassinée dans le RER. Acte impardonnable. Impardonnable. On craint le retour de l’insécurité. On craint le désordre. On craint une vieille chienlit hivernale. Lourde. Plombée. Il fait froid. Les prix augmentent ( c’est ce que dit ma concierge ! ). Il y a des courants d’air. Mais le président de la République est heureux. Il fait le VRP en Chine, avec Rachida Dati… Commentaire d’image.



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Nicolas Sarkozy visite le site où se trouve l'armée en terre cuite à Xian, le 25 novembre 2007.
©AFP - eric feferberg



Il y a de superbes images qui tombent manifestement mal. Eric Feferberg, photo-journaliste de l’AFP, qui suit le président Nicolas Sarkozy durant sa visite en Chine a pris ce superbe cliché dimanche 25 novembre. L’image a été publiée par de nombreux sites Internet et par plusieurs journaux. On y voit le Président de la République, Rachida Dati et un officiel chinois. C’est ce que l’on appelle une plongée ( les sujets sont photographiés « de haut » : l’appareil de prise de vue surplombe ses sujets ). C’est là une première originalité de ce cliché : les grands de ce monde et autres porteurs d’écharpes officielles sont rarement représentés sous cet angle, légèrement « réducteur ». Ils sont plus fréquemment pris en contre-plongée ( le sujet surplombant l’appareil de prise de vue ), comme sur cet autre cliché de l’AFP, pris par le photographe chinois Goh Chai Hin, représentant Nicolas Sarkozy et le président chinois Hu Jintao, le 26 novembre 2007 à Pékin. La contre-plongée donne de l’importance et de l’épaisseur au sujet, alors que la plongée l’écrase, le contraint, le réduit.



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Nicolas Sarkozy et le président chinois Hu Jintao, le 26 novembre 2007 à Pékin.
©AFP - Goh Chai Hin



Mais revenons à l’image d’Eric Feferberg. Sur ce cliché Nicolas Sarkozy, qui fait face à l’objectif, a un regard extatique de petit garçon qui s’amuse, et la belle Rachida - gainée de fourrure - sourit à un ami quelconque, qui est hors-champ. Ca sent le bonheur. Ca sent la communauté amicale, chaleureuse. C’est pour ça qu’elle tombe mal cette image ; surtout cette semaine. Très mal. Et pour plusieurs raisons. D’abord la France s’est réveillée avec une méchante gueule de bois, lundi, en apprenant l’agression sauvage – et le meurtre au couteau - d’une étudiante en journalisme de 23 ans, Anne-Lorraine Schmitt, dans une rame du RER D, par un récidiviste d’origine turque. Ensuite la France est un peu groggy depuis quelques jours, en assistant à la reprise des affrontements télévisés entre « jeunes » des « banlieues » et policiers. Les violences semblent concentrées sur la zone de Villiers-le-Bel ( charmante bourgade bucolique et pittoresque du Val d’Oise ), mais chaque soir ce sont plusieurs dizaines de policiers qui sont blessés par des jeunes qui tirent à balles réelles sur les forces de l’ordre. On ne doute pas que la grande quinzaine anti-flic de 2005 va reprendre, sous les feux croisés des commentaires sociologiques et des scansions morales des « grands frères » et autres « directeurs de Mjc »… ( « C’est l’ennui, ma bonne dame, qui conduit à brûler des voitures ! Ce sont les contrôles d’identité, répétés, subis par les jeunes, qui leur donnent envie de bouffer du poulet ! C’est l’architecture, ma bonne dame, l’architecture… et oui, ça rend con l’architecture, ce sont les tours le problème… ça rend con les tours… regardez les Amériques ! Regardez New-York, ma brave dame ! » ).

Alors cette photo tombe mal. Très mal. Car l’homme du Karsher, celui qui promettait de nettoyer les quartiers de leurs « racailles », semble prendre des vacances loin de la France. Certes, il est au taf, il est au taquet, cela ne fait pas le moindre doute… il vend des Airbus, des usines Sanofi et des tas de trucs qui ne risquent pas de m’enrichir, mais il fait le touriste quand même. Le cliché de l’AFP laisse songeur. Pourquoi est-il si loin de nous, si loin de l’objectif… alors qu’on aurait aimé le voir consoler la famille déchirée ( "broyée" dit une proche dans l'Est Républicain ) d’Anne-Lorraine Schmitt, alors qu’on aurait aimé le voir en chef d’équipe auprès de son gouvernement, en chef de l’état auprès des policiers à Villiers-le-bel.

Pendant ce temps là, la Ministre de l'Intérieur, Mme. Alliot-Marie, lance des appels dans le vide : "Il faut que des mesures soient prises pour empêcher ceux qui tirent sur les policiers de le faire”. Qui doit prendre la responsabilité de telles mesures ? Suivez mon regard. Ou, non, suivez plutôt son regard sur la photo...

Sur le cliché il est loin, le Président, mais pas seul. Il est accompagné de la ministre de la justice, Rachida Dati. On se demande pourquoi. Evidemment, ça fait un peu couple présidentiel, mais elle est  juste ministre de la justice. C’est entendu. Tiens, une ministre de la justice… ça aurait été pas mal, en France, pour commenter le parcours du tueur d’Anne-Lorraine, criminel sexuel multirécidiviste, remis en liberté sans contrôle… Mais bon, on se dit : ils sont là-bas en copains, pour vendre des Airbus et faire des photos. D’accord. Ils sourient. D'accord. La France qui se lève tôt a le sourire. D’accord. Sont-ils heureux ? Ils seraient donc au moins deux. C’est un bon début. D'accord.

Sur le cliché d’Eric Feferberg l’arrière plan est constitué de l’un des plus célèbres chefs d’œuvres de la sculpture chinoise, l’armée en terre cuite de l’Empereur Qin, située à Xian. Ce site archéologique, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, est composé de 6000 statues de guerriers – strictement singulières – mesurant environ 1M80. L’Empereur Qin, unificateur de la Chine, fit enterrer à côté de son tombeau une copie de son armée dans les positions traditionnelles du combat. C’était il y a plus de 2000 ans… On se demande, à l’heure où la poudrière de Villiers-le-Bel projette ses premières étincelles inquiétantes sur les villes voisines et les départements limitrophes, si Nicolas Sarkozy ne devrait pas les emporter dans la valise diplomatique, ces guerriers chinois de l’antiquité. Ces valeureux combattants. Ces soldats. On se demande si il ne devrait pas leur demander, à l’oreille, des conseils pour juguler les violences, dans les rames de RER comme dans les rues de certaines villes françaises. On se demande, absorbé dans une rêverie fantasque, si Sarkozy ne devrait pas prendre la tête de l’armée de Qin, et rentrer en France à cheval. A la tête d’une armée de chinois, en terre cuite, armés de Karsher…

Et puis non, finalement. On reprend la photo de l’AFP. On la regarde dans tous les sens. Il y a de superbes images qui tombent manifestement mal. Très mal. On se demande surtout pourquoi il n’est pas déjà en France, le Président… 



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PS: on lira avec profit le bouleversant hommage rendu par Frédéric Pons, de Valeurs Actuelles ( sur le blog de VA ), à Anne-Lorraine Schmitt, qui fut stagiaire au sein de l’hebdomadaire.



par Apocoloquintose publié dans : Politique
Dimanche 25 novembre 2007
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Depuis plusieurs années, les membres des Untergunthers investissent des sites divers de la capitale (églises, bâtiments, cryptes...) qu'ils... restaurent clandestinement. « Ce sont des initiatives extrêmement spontanées. Généralement, il s'agit de sites que l'administration a abandonnés ou dont elle ignore jusqu'à l'existence », explique Lazar Kunstmann, leur porte-parole…



Un article de Clarisse Fabre, dans Le Monde, attire notre attention sur un très sympathique groupe d’activistes clandestins BCBG – les « Untergunthers » - dont le but est de « restaurer les parties invisibles du patrimoine ». Loin d’avoir des profils de terroristes, de faucheurs d’Ogm, ou de délinquants de droit public, les membres d’Untergunther ont entre 35 et 40 ans et sont parfaitement rangés ( avocats, magistrats, intellectuels, profs, etc. ). Ils ont simplement le goût de la subversion chic, et un tropisme culturel marqué pour l’occupation illégale des monuments historiques.

De septembre 2005 à septembre 2006, plusieurs membres de cette organisation ont occupé le Panthéon - à l'insu de l'administration - dans le but de réparer son horloge. "C'est une horloge Wagner, qui date de 1850. Elle ne fonctionnait plus depuis 1965 et tout le monde l'ignorait. On l'a remise en état avant qu'il ne soit trop tard", raconte l'un des porte-parole d'Untergunther, Lazar de son nom de code. "On n'est pas des squatteurs. Créé dans les années 1980, à l'époque où les soirées dans les carrières étaient à la mode, UX investit des sites inutilisés tout ou partie du temps, comme une station de métro la nuit. Ces lieux sont des "délaissés urbains". On y organise des activités positives et apolitiques : festivals de films, rénovation patrimoniale", a expliqué Lazar au Monde.




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Le Panthéon, à Paris.



L'atelier de restauration, baptisé UGWK, a été piloté par Jean-Baptiste Viot, un ancien horloger de chez Bréguet, place Vendôme. Entouré d'une équipe, le jeune homme a refait des pièces manquantes et remis en marche le mécanisme, pour un coût d’environ 4 000 euros. De sources autorisées on murmure que la restauration est de grande qualité…
   
C’est au cœur du mois d’août que des membres du groupe Untergunther se sont fait arrêter par la police, alors qu’ils tentaient de pénétrer à nouveau dans le Panthéon. Le 23 novembre dernier ils comparaissaient devant le tribunal correctionnel pour avoir dégradé le mécanisme d’une serrure. Faute d’éléments suffisants ils ont été relaxés.

Le Centre des monuments nationaux se réserve le droit de faire appel.  "Il est encore trop tôt pour le dire", a déclaré le directeur du CMN, Vincent Leroux, qui ajoute : "Je ne suis pas sûr que l'objectif d'Untergunther soit la réparation de l'horloge. N'y a-t-il pas le goût du challenge, de la transgression des interdits ?"

Moralité de l’histoire : il y a donc plusieurs manières d’entrer au Panthéon…



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Pour compléter cette déambulation je vous recommande de visionner le très beau court-métrage "Exploration urbaine" de Lazar Kunstmann, datant de 2002. (14 minutes)


( Tableau : Dali, La persistance de la mémoire - détail )


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par Apocoloquintose publié dans : sport
Jeudi 22 novembre 2007
Certaines mauvaises langues ( dont je ne suis pas ), diront qu’il s’agit peut-être de la plus belle œuvre de Malraux…

En hommage à l'un de ses plus fidèles clients, Jean-Louis Nomicos, chef de Lasserre, a entièrement révisé la recette du pigeon André Malraux sans en trahir l'esprit. La farce est composée de foie gras et de chair de veau passés au cutter. Il fait ensuite revenir quelques cèpes avec un peu de foie gras, ajoute l'échalote, avant de déglacer au vin blanc d'Arbois et au jus de truffes.

Le pigeon est désossé par le cou, flambé, garni d'un peu de farce et d'un cube de foie gras préalablement coloré sur toutes ses faces. Après 8 minutes à four chaud, le pigeon sera rosé à coeur. Entre-temps, on aura fait colorer les carcasses avec un filet d'huile d'olive et une noix de beurre, échalotes et ail, jusqu'à la concentration des sucs, avant de déglacer au madère. Le pigeon sera servi ouvert en deux, avec une garniture de saison, fruits et légumes étuvés, nappé de cette sauce.


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Lasserre 17, av. Franklin-Roosevelt. 8e arr. Tél. : 01 43 59 02 13.
Le plat : 60 €
 

(Source : Le Monde)



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par Apocoloquintose publié dans : Littérature
Dimanche 18 novembre 2007
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Le dimanche 18 novembre s’est tenue, place de la République, une grande contre-manifestation rassemblant les usagers des transports en commun, victimes de la paralysie des lignes RATP et SNCF, ainsi que les étudiants opposés au blocage des universités.

"Je ne suis pas inquiète", assure la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, alors que la coordination nationale étudiante est réunie ce week-end à Tours pour décider de la suite à donner à la contestation contre la loi d'autonomie des universités. Qui sont ces enfants immatures qui jouent à faire la grève ?


Par François-Xavier Ajavon.

Les étudiants opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain, dans les rues de Saint-Michel, à même les dalles bétonnées des campus de banlieue ou sur les bancs des « amphis » transformés en tribunes politiques. Ces groupes d’étudiants ressemblent à des bandes d’amis un peu turbulents, sympathiques et rigolards. On pense aux « Pieds Nickelés », à « Quick & Flupke » et surtout à l’univers du « Petit Nicolas » de René Goscinny, avec la belle Marie-Edwige de l’UNEF, « Elle est chouette, elle a des cheveux jaunes, des yeux bleus, et elle est toute rose… je crois qu’on va se marier plus tard… » ; avec Clotaire de la LCR, « C’est le dernier de la classe. Quand la maîtresse l’interroge il est toujours privé de récré » ; avec Alceste de la CNT, qui possède une batte à clous « C’est mon meilleur copain, un gros qui mange tout le temps »….et puis avec Agnan de l’UNI, qui est quand même un bon copain parce qu’il a une voiture, mais que l’on tabasse à la sortie du campus parce qu’il est de droite. Sans parler du Bouillon, le surgé, un appariteur musclé, qui râle tout le temps quand on fume de l’Afghan dans les couloirs. Des gosses un peu trop criards, mais indubitablement « jeunes » et « beaux ». On a l’impression, d’AG en AG, qu’ils font l’école buissonnière ou qu’ils vivent une fête ininterrompue... On a l’impression qu’ils travaillent à vivre une expérience…

A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain, date de la grande manifestation des fonctionnaires. Il est à craindre que les campus restent bloqués durant quelques jours ou quelques semaines encore. Une insidieuse concurrence médiatique s’est d’ailleurs installée entre les revendications des agitateurs étudiants ( opposés à la loi Pécresse sur la modernisation de l’Université ) et celles des cheminots de la RATP et de la SNCF ( opposés à la modernisation de leur régime de retraite ). Communauté d’intérêt dans la lutte contre le président Sarkozy ? Certainement. Mais les étudiants attirent particulièrement l’attention…




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Jean de La Bruyère



On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Je le dis comme ça, au passage, mais c’est une réalité. Demandez à des jeunes-gens sortis des lycées publics : ils ont étudié des textes de Pierre Perret, de Pascal Sevran, de Jean Daniel et de MC  Solaar, en classe de français, peut-être de Victor Hugo ou de Emile Zola, au mieux, mais certainement pas de La Bruyère…  Ok, ok, on me dira qu’ils ont suivi un stage de « slam » sponsorisé par la mairie, mais bon… ! Cependant, on devrait relire La Bruyère… car il s’est longuement penché dans ses « Caractères » sur la situation de l’enfant. L’enfant contestataire. L’enfant révolté. L’enfant qui réclame son dû imaginaire. L’enfant colérique. L’enfant insupportable. L’enfant qui – telle une Salomé mythologique – réclame à son papa la tête de « Jean-Baptiste » sur un plateau… on extrapole, on extrapole… on voit bien Bruno Julliard réclamer à Sarkozy la tête de Valérie Pécresse sur un plateau ( de télévision ? ) ! Sa tête sur un plateau ! Sa tête sur un plateau ! L’enfant colérique et gâté par la vie… le chenapan ! On voit moins bien la danse des sept voiles, mais bon…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Le moraliste du XVII ème siècle a réservé aux enfants ( dans son chapitre « De l’homme », au sein  de son œuvre unique, les « Caractères » ) une place significative. Lucide, La Bruyère résumait ainsi l’homme : « Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. ». Evoquant la prime-enfance des hommes, La Bruyère écrit : « Il y a un temps où la raison n’est pas encore, où l’on ne vit que par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun vestige ».

En voyant les étudiants révoltés, réclament la tête de Valérie/Jean-Baptiste, sur un plateau ( de télévision ? ), on ne peut s’empêcher de repenser à La Bruyère : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colériques, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés…. » Reposant un temps le volume sur ses genoux on pense, ému, aux interventions télévisées du leader estudiantin, et militant socialiste rentré, Bruno Julliard. Mais on poursuit : « Ils ( les enfants ) rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets… ». Reposant à nouveau le volume de La Bruyère on pense, ému, au contenu de la loi Pécresse… Mais on poursuit : « Ils ne veulent point souffrir de mal, mais aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. Les enfants n’ont ni passé ni avenir, et, ce qui nous arrive guère, ils jouissent du présent. ».

On sait que l’actuel mouvement étudiant, opposé à la loi Pécresse, se nourrit de la récente mythologie anti-CPE. On se replonge dans le volume de La Bruyère : « Les enfant ont déjà de leur âme l’imagination et la mémoire (…) et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements ». On revoit les bandes de copains étudiants, soudés aux portes des facultés… Et la Bruyère tance : « L’unique soin des enfants est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus ».

On revoit en boucle les images de ces étudiants portant des pancartes contestataires, refusant en bloc le capitalisme, l’occident, la France, le coca à 1€ au distributeur, Valérie Pécresse, l’impérialisme américain, la situation des indiens du Chiapas, les suicidés de chez Renault, Chirac, Sarkozy, Cécilia, la télé poubelle, les courants d’air, Adolf Hitler, Ivan le Terrible et même René Bousquet. La Bruyère me répond : « Aux enfant tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux… ».

On songe toujours à Bruno Julliard et à la ravissante Sophie Binet, leaders syndicaux étudiants plébiscités par les médias, et on lit chez La Bruyère :  « Les enfants commencent entre eux par l’état populaire ; chacun y est le maître, et, ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique : quelqu’un se distingue, ou par une grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différents  et des petites lois qui les composent ». Nous voilà donc au mode monarchique…




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Fausse manif de droite


Et puis on songe, finalement à la gauche, et notamment au Parti Socialiste, qui instrumentalise au quotidien le mouvement étudiant, et l’on entend résonner en soi les mots de l’auteur des Caractères : « Qui doute que les enfants ne conçoivent, qu’ils ne jugent, qu’ils ne raisonnent conséquemment ? Si c’est seulement sur de petites choses, c’est qu’ils sont enfants et sans une longue expérience, et, si c’est en mauvais termes, c’est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs maîtres ». 

On me dira : encore le clash entre les vingtenaires et les trentenaires… encore le clash entre de pseudo-jeunes, agités, passablement instables et de pseudo-vieux, trop intégrés, déjà trop  immergés dans la « vraie » vie, engrenés dans les miasmes de l’indépendance… encore le clash entre les 18-24 ans ( qui ont massivement voté contre Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ) et les 25-35 ans ( qui ont massivement voté pour le président qui est en place )…  Balivernes ! La rupture est entre certains étudiants immatures ( ceux qui ne veulent pas quitter un monde enfantin et infantile ), et ceux qui veulent (se) grandir, et étudier…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain… Les minots opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain… En les voyant on songe aussi aux mots de La Bruyère : « Il y a une espèce de honte à être heureux à la vue de certaines misères »… En les voyant, on se demande : et si le « supérieur » était malade de ses enfants ?





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Photo de l'étudiante : Reuters.



par Apocoloquintose publié dans : polemique pure
Samedi 17 novembre 2007
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Une information cocasse est passée inaperçue cette semaine, dans le flot des commentaires et beuglements sociaux les plus divers : Nicolas Sarkozy a rendu hommage à Albert Camus, « l’homme révolté ». Un entrefilet dans le Figaro du vendredi 16 novembre nous apprenait que :

« Nicolas Sarkozy a reçu à déjeuner, deux heures durant, une dizaine d'écrivains à l'occasion du 50e anniversaire de la mort d'Albert Camus pour parler de son projet d'Union méditerranéenne. (…)  Très détendu, selon les participants, Nicolas Sarkozy a évoqué avec émotion « la lumière méditerranéenne » tant célébrée par l'auteur de L'Été. (…) C'était « une parenthèse ensoleillée » pendant les grèves a glissé un convive ».



Ainsi, pendant que le gouvernement Fillon bataille contre le front syndical, le président rend hommage au grand Albert Camus, qui n’hésitait pas à écrire « Je me révolte, donc nous sommes », et qui voyait la révolte comme une réaction à l’absurde…


Un moyen malicieux pour Sarkozy de distinguer « révolte » profonde, réelle, et agitation syndicale ?



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par Apocoloquintose publié dans : Littérature
Mercredi 14 novembre 2007
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Vous êtes fatigué à cause de cette journée sans transports en commun. Vous avez marché, vous avez rampé dans la terre boueuse et vous avez fait du vélo. En somme vous avez fait du sport Vous rêvez du service minimum, mais vous ne savez plus pour qui voter afin qu’il soit mis en œuvre… Mais ce soir à la télé on vous a expliqué avec pé-da-go-gie que la grève vous a amusé en réalité : vous avez fait des rencontres humaines intéressantes sur les quais bondés, vous avez loué votre premier Vélib’, votre entreprise vous a fait bénéficier d’un dispositif sympa ( organisation du co-voiturage, etc. ), on vous a appris que vous êtes solidaires des cheminots, qu’au fond vous les aimez…On vous a même fait le coup de Jean Gabin dans la Bête Humaine… et là, franchement, comment résister ?

Mais vous avez des doutes, vous êtes courbaturé, vous avez mal aux mollets, vous avez posé une RTT alors que vous n’aviez rien à faire chez vous en milieu de semaine et que votre femme a pu aller bosser. Aujourd’hui le cheminot vous a fait mal. Aujourd’hui le cheminot est votre bourreau…


On me fera remarquer que ce n’est pas très moral de se moquer de ses bourreaux. On raconte d’ailleurs que lorsque l’on tendit à Jean Moulin un bloc-note afin qu’il y inscrive les informations qu’attendaient les Allemands, il a dessiné la caricature de son bourreau. On connaît la suite…

Allez, un classique… "Le train pour Pau..."






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par Apocoloquintose publié dans : polemique pure
Mercredi 14 novembre 2007
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Le Figaro attire notre attention, en ce jour de grève, sur les pratiques d’intimidations et de menaces de certains syndicalistes envers les jeunes recrues dans les entreprises publiques. Voici quelques témoignages éloquents de machinistes RATP ou SNCF, opposés à la grève, qui ont été victimes d’attaques diverses.


Un conducteur de métro déclare : «En 1995 aussi, j’étais contre la grève. Mais des collègues ont crevé les pneus de ma voiture…». Une jeune machiniste RATP confirme : «On faisait pression sur moi pour que je ne travaille pas. C’étaient des menaces verbales, des intimidations d’autant plus dures que nous sommes peu de femmes dans cet univers très masculin, explique-t-elle. On me disait que je ne serais pas commissionnée ( embauchée définitivement ) si je ne faisais pas grève alors que, justement, je voulais travailler pour être intégrée !»


Un syndicaliste confirme également : «On a notamment vu des saccages de véhicules, des oppositions à la sortie des bus, ainsi que des menaces de s’en prendre aux biens personnels des non-grévistes, du type “on va te péter ta bagnole”»


Instructif…



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par Apocoloquintose publié dans : polemique pure
Mardi 13 novembre 2007
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L’article « Le Crabe-Tambour : trouver l’homme au bout de l’océan », consacré au film de Pierre Schoendoerffer, a été publié par la Revue de Défense Nationale - dans son édition du mois de décembre ( cf. mon précédent post à ce sujet ). Il a été également rendu disponible sur le blog Stalker de Juan Asensio.




Le long-métrage Le Crabe-tambour, de Pierre Schoendoerffer, est adapté de son roman éponyme paru en 1976 et couronné par le Grand Prix du roman de l'Académie française. Cette histoire de marins, complexe et philosophique, sur fond de quête insensée de l’homme et de nostalgie coloniale, fut un grand succès commercial. Il n’était pourtant pas aisé pour Schoendoerffer d’imposer son univers à une France des années 70, encore mollement contestataire et recroquevillée sur un tropisme pseudo-subversif né de mai 68. Quel est l’univers de Schoendoerffer ? Un monde perdu et idéalisé, contre-culturel, où des valeurs morales telles que la droiture et l’honneur l’emportent sur toute autre considération; un univers très ancienne France, un peu en ruine, où des institutions telles que l’église catholique et l’armée ont encore un prestige réel et une authentique autorité au sein de la société
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Lire la suite.



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par Apocoloquintose publié dans : Cinéma

F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.


Nota : sous IE ce blog présente quelques problèmes, naviguez de préférence avec Firefox (Mozilla)

 

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