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Bienvenue sur le blog culturel, antique, médiéval et philosophique Apocoloquintose and Co., lancé en l'an de grâce 2006. Vous y trouverez quelques uns de mes textes publiés dans la presse, quelques réflexions inédites, et tout un fatras philosophico théologico littéraire de bon goût.
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Les « Post-Homerica »
de Quintus de Smyrne
( Ou le féminisme pris à son propre piège )
Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu » ( et tant mieux ).
Il faut être honnête, la « Suite d’Homère » de Quintus de Smyrne (Κόϊντος Σμυρναiος ) ce n’est pas vraiment la Grèce antique… on a retrouvé les parchemins en Calabre, dans un codex qui regroupait aussi des textes de Collouthos. La Calabre c’est tout au sud de l’Italie, face à la Méditerranée flamboyante. Et Quintus écrivait au III ème ou IV ème siècle de notre ère.
Papyrus grec.
Le chant I est particulièrement instructif. Dans une séquence très célèbre on y voit la superbe reine Amazone Penthésilée défier fièrement Ajax, et sa bande de boys dégénérés en costume d’argent. L’outrageante Penthésilée avance d’abord au devant des preux guerriers homériques pour les défier :
« Approchez donc au travers de la mêlée, que vous appreniez quelle force gonfle la poitrine des Amazones. Ma race, autant que la vôtre, est vouée à Arès ; mais ce n’est pas un mortel qui m’a donné le jour, c’est Arès en personne, que jamais ne lasse la huée de la guerre ».
Ajax versus Penthésilée par Henry Chapront (1928)
Tout le reste est à l’avenant. Penthésilée est une authentique « super-nana » à la mode féministe contemporaine, du genre qui ne va pas se laisser faire sous les coups de boutoirs phallocrates et misogynes de la société moderne. Elle avise, elle tente de dominer, avec les moyens du bord.
Evidemment les pantins sauvages d’Ajax se moquent d’elle, ils se moquent de son impuissance, de sa faiblesse de femme esseulée face à la bêtise des mâles en meute, de son arrogance, et de sa mort prochaine… Cependant Penthésilée ose attaquer Ajax : sa lance frappe sa jambière d’argent, sans effet aucun. Même pas mal.
Ajax versus Penthésilée. Représentation sur un vase grec.
En tant que représentante des Amazones Penthésilée a tenté de faire valoir la supériorité de son peuple de femmes sur les hommes, mais sa volonté s’est brisée sur les jambières d’Ajax. Ce dernier ne tarde pas, d’ailleurs, dans le splendide récit de Quintus de Smyrne, à imposer les règles d’un rapport de force authentique : lui et ses amis sont les descendants en ligne directe de Cronos, et ils ne vont pas se laisser emmerder par un gang approximatif de nanas privées de leur poney par leur papa…
« Femme, c’est bien en vain que tu prenais plaisir à braver, quand l’envie de combattre t’a portée contre nous, qui sommes sur cette terre, et de loin, les premiers des héros ».
La suite va de soi… après de nombreux reproches, Ajax lance son javelot mortel et furieux contre la gracieuse et douce Penthésilée… la lance transperce le cheval de la reine des Amazones avant de la frapper sous le sein droit…
« Du premier coup, il blesse la guerrière Penthésilée au-dessus du sein droit. Son sang noir gicle à flots : la force de ses membres se brise net : la grande hache lui glisse de la main, la nuit embrume ses yeux et la douleur pénètre jusqu’au diaphragme… ».
Pas sérieuse la super-nana…
« Ajax retira sa pique, le fils de Pelée. Du corps du cheval rapide et de la malheureuse Penthésilée. Tous deux palpitèrent une dernière fois, victime du même coup. Ajax lui arracha son casque semblable aux rayons du soleil ou aux éclairs du Dieu tonnant. Et la fille resta rejetée dans la poussière et dans le sang. Son beau visage brillait encore d’un éclat fait pour l’amour. Encore qu’elle fût morte, et les Grecs qui étaient là tout autour étaient frappés d’admiration, car elle était pareille aux déesses… Et tous souhaitaient quand ils retourneraient chez eux de trouver les caresses, dans leur lit, d’une femme qui fût aussi belle que celle-là. Et Ajax lui-même, au fond du cœur sentit la peine soudaine qui était là, parce qu’il l’avait tué et qu’il aurait pu l’emmener comme femme, dans sa Patrie aux beaux chevaux, cette grande fille délectable, sans un défaut. »
On ne sait jamais quand saisir sa chance avec les femmes…