F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.

 

nouvellephoto-moi.jpg






 

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Syndication RSS

  • Flux RSS des articles
Jeudi 1 mars 2007 4 01 /03 /Mars /2007 17:07

Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu »

 

Maurice Barrès, Voyage de Sparte, 1906.

 

Lorsque Maurice Barrès publie son petit texte consacré à Sparte et à la Grèce ancienne, en 1906, Nietzsche est mort depuis six ans, mais l’engouement pour l’Antiquité et les représentations issues du classicisme est encore très fort. Académicien, penseur de l’individualisme, du nationalisme et du militarisme, Barrès ( 1862 – 1923 ) trouve en Sparte tout à la fois une illustration commode de ses convictions intimes et une sorte de justification historique de son propos. Dans son Voyage, Barrès évoque sa visite du site fameux de la chaîne montagneuse du Taygète, sur laquelle est planté le rocher des Apothètes depuis lequel les enfants non conformes à la norme spartiate étaient éliminés.


Maurice Barrès fait semblant de regarder par la fenêtre.


Lisons de larges extraits du texte de Barrès pour nous permettre de mesurer à quel point Sparte porte au fantasme, mais aussi pour le beauté du style contrastant avec la violence des propos :


« Je ne me lassais point d’errer, à l’ouest de la ville, dans les campagnes comprises entre l’Eurotras et la chaîne du Taygète. Des bosquets d’olivier, de sycomores et de platanes, des mûriers enlacés de vignes laissent pousser dans leur ombre claire de l’orge, des maïs, tous les légumes et toutes les fleurs. A chaque pas murmurent et fraîchissent de petites rigoles, par où la neige, qui blanchit les cimes du Taygète et qui ruisselle impatiente sur tous ses flancs, vient tremper cette terre brûlante. Mais ce paradis est un cimetière. Les cyprès y commémorent le plus illustre des deuils. Sur cette scène étroite, une race extraordinaire a donné sa représentation. (…) On y visite, dans les premiers escarpements du Taygète, le haut rocher des Apothètes, d’où Sparte précipitait tout enfant incapable de faire un guerrier vigoureux. C’est excellent de décourager les fausses vocations. Sparte a prétendu diriger la reproduction de ses citoyens. Les jeunes reproducteurs étaient formés par des danses et des luttes ( …) Voici l’un des points du globe où l’on essaya de construire une humanité supérieure. (…) Lycurgue ( le législateur de Sparte, j’y viens immédiatement ) proposa aux gens de cette vallée la formation d’une race chef. Un spartiate ne poursuit pas la suprématie de son individu éphémère, mais la création et le maintien d’un sang noble. Je sais tout ce qu’on a dit sur la dureté orgueilleuse de Sparte. Ces critiques sentent l’esprit subalterne. (…) J’admire dans Sparte un prodigieux haras. Ces gens-là eurent pour âme de vouloir que leur élevage primât »[1].

 

Je souligne « C’est excellent de décourager les fausses vocations » : humour ou cynisme de Barrès ? Peut-être simple provocation. Il n’en demeure pas moins que l’auteur du Culte du moi ne s’embarrasse pas d’hésitations pour adhérer au modèle spartiate. Cependant, par-delà la radicalisme du propos de Maurice Barrès se dessine une image caricaturale mais assez saisissante de la fantasmagorie spartiate. Sparte porte au fantasme et à l’exagération ; Barrès est fasciné, tout autant que l’était Platon lorsqu’il construisait le plan utopique de sa cité idéale. François Ollier, grand spécialiste français de l’histoire lacédémonienne a trouvé la formule de « mirage spartiate » pour caractériser le phénomène.

 

 

*

 

*       *


[1] Maurice Barrès, Le voyage de Sparte, Plon, 1906, pp. 197-199

Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés