Partager l'article ! Elisa, Elisa... saute-moi au cou !: Le 7 août dernier j’ai rendu hommage à la soprano Elisabeth Schwarzkopf dans les pages Rebonds ...

Bienvenue sur le blog culturel, antique, médiéval et philosophique Apocoloquintose and Co., lancé en l'an de grâce 2006. Vous y trouverez quelques uns de mes textes publiés dans la presse, quelques réflexions inédites, et tout un fatras philosophico théologico littéraire de bon goût.
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Le 7 août dernier j’ai rendu hommage à la soprano Elisabeth Schwarzkopf dans les pages Rebonds de Libération. Voilà le texte de cette nécro-trash, nécessairement amoureuse, de la grande voix straussienne… Elisa, Elisa, saute-moi au cou… ! Elisa, fais-moi signe…
Elisabeth Schwarzkopf,
son tout dernier lied
Hommage à la grande soprano décédée jeudi à l'âge de 90 ans.
Ainsi, la grande soprano européenne Elisabeth Schwarzkopf vient de mourir, en Autriche, à un âge avancé, tout rond (90 ans), et au terme d'une carrière exemplaire, unanimement saluée. Les grands médias vont de leur petit couplet nécrologique guindé ; les radios et les télévisions à caractère culturel ressortiront des archives les bobines ad hoc et nous concocteront des émissions spéciales, pleines de fausses surprises... «Est-ce peut-être ceci, la mort ?» chantait-elle, vibrante et inextinguible, cette chère Mme Schwarzkopf, dans le dernier des Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, intitulé Dans le rouge du couchant (Im Abendrot). Les mélomanes ont nécessairement dans l'oreille à la fois son enregistrement des années 50, avec le chef d'orchestre Otto Ackermann à la tête du Philharmonia Orchestra, et celui de 1966 avec George Szell aux commandes du Radio-Symphonie-Orchester de Berlin. Deux profondes visions de l'oeuvre-testament de Strauss, mais aussi deux fascinants portraits de femme (la femme-enfant face à la femme mûre), deux gages de son extraordinaire «métaphysique vocale». Car Schwarzkopf frappe au-delà du sensible, de la chair de poule, de la larme à l'oeil, du frisson débordant, de la fièvre, au-delà même des catégories kantiennes de l'esthétique transcendantale, pourquoi pas, l'espace, le temps…
Sa voix était l'au-delà spatio-temporel, accessible sur compact disc. Elle frappe, elle frappait le coeur de nos interrogations humaines, sans presque le vouloir, pudiquement, en simple médiatrice passionnée des oeuvres qu'elle interprétait. Pour le dire autrement, Schwarzkopf, dans les Quatre Derniers Lieder de Strauss, et ailleurs parfois, c'était la métaphysique «pour les nuls», la méditation philosophique à la portée de tous, l'alpha et l'oméga de l'être et du néant au fond à droite du rayon classique de la Fnac de Concarneau... Elisabeth Schwarzkopf, dans cette oeuvre straussienne, était surtout parvenue à résoudre, sans complexe, l'apparent conflit nietzschéen de l'apollinien et du dionysiaque, de la voix qui dit et de celle qui chante... En épousant de tout son être les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, ce chant absolu de sagesse, de maturité et de mort, ce chant profond de la terre et des hommes, de la terre et des peuples, de la terre et de l'humanité tout entière, Schwarzkopf avait signé un pacte avec la profondeur, avec la rugosité, la détresse, la défiance, et, au-delà, un pacte avec la mort. Que faire, alors ? Rappeler les faits d'armes de la belle ? Les mozartiennes Noces de Figaro, de Salzbourg, à l'après-guerre, ou sa présence sur les planches de la Scala de Milan en 1949, ou bien encore sur celles du Metropolitan Opera de New York dans les années 60. Faut-il évoquer ses disques ? Tous ?