Dimanche 6 mai 2007
7
06
/05
/Mai
/2007
23:23
Par F-X Ajavon.
Ségolène Royal a été sévèrement battue. Dans un premier temps, avant de se féliciter de la victoire de Nicolas Sarkozy, il faut donc constater la mort cérébrale de la gauche française, que l’on
peut certainement ranger au poussiéreux magasin des accessoires politiques amusants ou dans un cabinet de curiosités psychologiques. La France n’a pas connu de président de la République issu de
la gauche depuis près de vingt-ans, et n’en connaîtra certainement plus jamais. Le parti communiste ne représente plus qu’une infime minorité de l’électorat hexagonal et le parti socialiste
français, incapable de faire son aggiornamento, et de s’adapter au pays réel, est entré dans un état de coma profond… dont il n’est pas certain que les années d’opposition qui s’offrent à lui,
ces cinq ou dix prochaines années, lui permettent de reprendre de la vigueur. Né en 1977, je me demande sincèrement si je n’appartiens pas à la dernière génération de français a avoir vécu sa
prime jeunesse sous la houlette d’un président socialiste…
La victoire de Nicolas Sarkozy, à l’issue du second tour de l’élection présidentielle française marque un tournant dans l’histoire politique de notre pays. Sarkozy n’est pas un président comme
les autres. Il n’appartient pas à une génération qui a été confrontée à la seconde guerre mondiale, et la fracture entre collaborateurs, résistants et bienheureux indifférents. Il est né au
milieu des années 50, dans une Europe pacifiée, et n’a fait aucune guerre. C’est un président qui ne sait ni faire son lit au carré, ni ramper dans la terre boueuse sous les ordres d’un sous-off
illettré, ni démonter puis remonter un Famas dans le noir, habillé en treillis… il tient sa virilité d’ailleurs, de l’action politique et de ses actions publiques, mais certainement pas d’un
primitif imaginaire de légionnaire en perm. Rares étaient, avant lui, depuis le Général De Gaulle, les présidents à n’avoir pas joué sur leur passé de résistant ou de soldat…
Nicolas Sarkozy est l’un des seuls présidents de la République française à n’être pas sorti d’une grande école ( Chirac est énarque, Giscard polytechnicien, Pompidou était normalien… ). S’il
entre à Sciences Po, il en rate l’examen final… Avocat, militant, il est pourtant parvenu à atteindre l’élite politique française, sans entrer dans les circuits de discrimination de classe de ces
grandes écoles… Et puis la vie familiale de Nicolas Sarkozy ressemble à celle de beaucoup de français : divorcé et remarié, il est à la tête d’une famille recomposée, et son couple vacille
parfois sous les yeux cruels et amusés de la presse… Ecce Homo en somme… c’est un vrai homme, un homme vrai… entre tentation de la puissance et failles de brisure…
Enfin, Nicolas Sarkozy est l’un des premiers présidents de la République a avoir composé avec les médias depuis le début de sa carrière. Quand De Gaulle est arrivé au pouvoir en 1958, il n’y
avait qu’une seule chaîne de télévision et il avait la main dessus. Quand Pompidou a pris le pouvoir en 1969 il y avait deux chaînes, dont il avait aussi le contrôle. Sous Giscard d’Estaing est
née FR3, la chaîne des régions, qui était également dans le giron d’un état plutôt censeur. L’ère Mitterrand a vu l’efflorescence des chaînes de télévision privées, mais les médias restaient sous
contrôle, entre censure et auto-censure. Le papa de Mazarine avait d’ailleurs placé l’un de ses meilleurs amis, André Rousselet, à la tête de Canal+… le si fameux « esprit canal » pouvait donc
éclore, et la chaîne privée commencer une longue opération de soutien du pouvoir socialo-communiste, contre l’opposition de droite. Si Jacques Chirac a été le premier président d’un « paysage
audiovisuel français » ouvert et pluraliste, Nicolas Sarkozy est le tout premier président français de l’ère Internet… il est le premier a devoir composer vraiment avec les multiples canaux
d’information du web, depuis les forums jusqu’aux blogs militants, en passant par les sites d’information et les plates-formes vidéos. Voici le premier président de la République qui est presque
dans l’impossibilité d’organiser une propagande d’état…
Nicolas Sarkozy est le premier président a jouer autant avec les médias. En réalité, sa campagne présidentielle a commencé en 1993, quand il a contribué à la neutralisation d’un malade mental qui
tenait en otage les bambins dans une école maternelle. Mais oui… souvenez-vous… Ministre du budget et maire de Neuilly-sur-Seine, Sarkozy n’avait pas hésité à dialoguer avec « Human Bomb », pour
faire sortir quelques gosses de la « nasse », avant que le Raid face place nette. Rétrospectivement, ces images d’archive nous parlent beaucoup… c’est certainement ce jour-là que Nicolas
Sarkozy a gagné cette élection et qu’il a signé un pacte avec les français. Qu’aurait fait Ségolène Royal, d’ailleurs, face à « HB », avec ses escarpins à 1000€ et son sourire Colgate…
aurait-elle proposé un « débat » ? Un débat « participatif » ?
Mais Nicolas Sarkozy, arrivé au sommet de l’état, porté par une large majorité de français, dont beaucoup de jeunes, a beaucoup plus de responsabilités que ses illustres prédécesseurs à la
magistrature suprême. Le Général de Gaulle devait gérer une vigoureuse croissance d’après-guerre et une France de « veaux » heureux ; Pompidou devait gérer l’après-68, apporter un peu de poésie
dans le gaullisme et soigner ses métastases. Giscard devait moderniser la France. Mitterrand devait répondre au désir d’alternance des français, et soigner ses métastases. Chirac avait pour seule
responsabilité d’expédier les affaires courantes en attendant que ça se passe, avec l’obsession de ne jamais lâcher la barre – tout en serrant la main à David Douillet.
Pour Nicolas Sarkozy c’est différent. Bien des choses sont différentes. Sa responsabilité écrasante, mais exaltante, sera de liquider les dernières traces de pensée et de pratiques
soixante-huitardes dans l’hexagone. Ce n’est pas rien de se poser en pourfendeur des idéaux de 68. La mission politique de Nicolas Sarkozy, en somme, est presque philosophique : il doit faire
subir à la France une incroyable révolution copernicienne…la révolution qui doit remettre en cause des dogmes poussiéreux qui sont autant de tumeurs malignes dans notre société, depuis la
nouvelle pédagogie jusqu’à l’idéologie libérale de l’amour libre ( et son sinistre corollaire, la diabolisation du couple ), en passant par un puéril relativisme culturel qui voudrait nous faire
croire que tout vaut tout, que tout est dans tout, et que la culture n’est pas une écume d’excellence, mais le varech puant du quotidien.
Ce soir quelques lueurs d’espoir sont visibles dans le crépuscule de la terre de France. Le ciel de Paris est orageux, l’ambiance est électrique, et l’atmosphère est superbe… il commence même à
pleuvoir. Ce soir, le peuple de gauche pleure la défaite de sa jolie petite passionaria qui n’a rien compris à la France, les centristes affûtent sobrement leurs arguments pour les élections
législatives, la plupart des partisans du Front National sont secrètement heureux de l’arrivée au pouvoir de l’homme au « kärsher »… et les militants de l’UMP et des « Jeunes Populaires » n’en
ont pas fini de se repasser en boucle le film de la victoire. Ce soir quelques lueurs d’espoir sont visibles dans le crépuscule de la terre de France, parce que Nicolas Sarkozy s’est engagé à
renouveler profondément la politique française.
Lors de sa première prise de parole à la salle Gaveau, quelques minutes après l’annonce officielle des résultats, Nicolas Sarkozy abordait déjà frontalement certaines thématiques qui étaient
strictement interdites sous l’ère Chirac : soutien aux amis nord-américains, exaltation de l’identité nationale française, condamnation de la logique de l’éternelle repentance envers les
communautés, qui est une « haine de soi », appel à la refondation du pays par des valeurs immortelles… dont le travail et la nation… et je sais déjà que certains nervis gauchistes se demandent
déjà si Nicolas Sarkozy a pour ambition de réhabiliter le triptyque pétainiste travail-famille-patrie… ce serait bien mal connaître le nouveau président, qui ne va certainement pas entamer à son
âge une carrière de dictateur, ou même de Maréchal.
La victoire de Nicolas Sarkozy, à l’issue du second tour de l’élection présidentielle française marque un tournant dans l’histoire politique de notre pays. Espérons que ces déclarations
d’intention audacieuses présagent d’un quinquennat original et actif, tourné vers la jeunesse… une image a marqué bon nombre de français ce soir… le vainqueur du scrutin, sur le siège arrière
d’une Renault VelSatis, en compagnie de deux ravissantes jeunes-femmes blondes mal connues… Judith et Jeanne-Marie, les filles de son épouse Cécilia. Image étonnante de fraîcheur et de jeunesse,
qui n’est pas sans rappeler le documentaire de Raymond Depardon « Une partie de campagne », concernant la victoire de Valery Giscard d’Estaing aux élections présidentielles de 1974… où il était
souvent accompagné de sa jolie et jeune fille, Valérie-Anne, qui avait à peine 20 ans. Images fugaces et futiles, certes, mais tellement symboliques…
Espérons que Nicolas Sarkozy, à l’instar du VGE des années 70, saura porter un espoir collectif de renouveau, un espoir de remise à plat des pseudos « acquis » de la culture de Mai-68, et qu’il
saura se situer intelligemment dans la recomposition en cours du paysage politique français… entre effondrement total du socialisme post-ségolien, et émergence d’un « Parti démocrate » centriste
puissant, mené par un François Bayrou, sagace et inspiré… qui deviendra dans les semaines à venir la principale figure de l’opposition. Et il faudra compter sur son sympathique bégaiement et ses
chevaux racés…
Mais n’anticipons pas… et dans l’attente des élections législatives, célébrons ce soir avec candeur et naïveté les funérailles de l’ancienne France… de l’ancien régime.
Et comme disait Chénier… « La victoire en chantant nous ouvre la barrière… la liberté guide nos pas… et du Nord au Midi la trompette guerrière… a sonné l’heure
des combats… la République nous appelle… sachons vaincre ou sachons périr…».
*
* *