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Bienvenue sur le blog culturel, antique, médiéval et philosophique Apocoloquintose and Co., lancé en l'an de grâce 2006. Vous y trouverez quelques uns de mes textes publiés dans la presse, quelques réflexions inédites, et tout un fatras philosophico théologico littéraire de bon goût.
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Une honorable correspondante, Peggy Maurras, opérant dans l’éducation nationale, me fait suivre ce reportage de France 3 ( journal national ), ainsi que le corrigé de l’exercice de lecture d’image qu’elle a soumis à ses élèves de CM1.
En conclusion, cette initiative est certainement le résultat d’un pari cynique – et savoureux - entre notables quinquas du Havre, au terme d’une soirée
bien arrosée…
par François-Xavier Ajavon.
Le Figaro.fr attire notre attention, en cette fin de semaine, sur la
publication d’une nouvelle vidéo du terroriste international Oussama Ben Laden, patron de la multinationale de la terreur Al-Qaida. Le document vidéo de vingt-six minutes serait
analysé, en ce moment, par les experts les plus pointus des services américains … mais - heureusement pour la France - le grand quotidien du boulevard Haussmann, a réussi à en obtenir une copie…
hourra ! Et l’a mise à disposition du grand public sur Dailymotion. Ben Laden voulait faire une surprise à l’occident pour l’anniversaire des attentats du 11 septembre, mais nous pouvons
profiter, dés aujourd’hui, du contenu de son message. Les vidéos d’Oussama Ben Laden sont attendues avec autant de ferveur et d'agitation que les rares films de Rhomer ou de Godard. Les critiques
sont sur le pied de guerre, ils piétinent, mais il n’est pourtant pas nécessaire d’avoir une accréditation pour voir le triste film en avant-première…
Voilà la description que le Figaro.fr donne de cette nouvelle vidéo ( la dernière apparition filmée du terroriste remontait à 2004 ) : « Ben Laden y apparaît vêtu d’une chemise traditionnelle arabe blanche, un manteau doré posé sur les épaules. Il porte une coiffe blanche. Ses traits sont marqués, mais il n’a l’air ni affaibli ni fatigué. Sa barbe, qui apparaissait grisonnante sur la précédente vidéo, est sur ces nouvelles images noire et fournie. Les mains posées sur un pupitre invisible, devant un fond brun neutre, Ben Laden parle posément. »
Le contenu n’a rien d’étonnant : Ben Laden dénonce l’impérialisme supposé des américains, en citant, notamment, les analyses du linguiste engagé Noam Chomsky…
Mais il est temps de s’intéresser au dispositif vidéo… car Ben Laden est le plus mauvais vidéaste du monde. Le plus mauvais. Si ses vidéos n’étaient pas si drôles ( une référence à
Chomsky… ah ah ah… on se croirait dans le Monde Diplo’ ), si pathétiques ( il déclare : « Bush, Blair, Sarkozy et Brown, continuent de parler de droits de
l’homme. Y-a-t-il une forme la plus dangereuse de terrorisme ? » - et le droit-de-l’hommisme tiers-mondiste ? ) ou si effrayantes… elles n’attireraient pas autant l’attention des foules.
Pourquoi ? Oussama n’est pas au niveau sur le plan technique…
Oussama utilise du matériel de tournage dépassé. Certainement un vieux caméscope S-VHS, Hi-8, ou même « 8 »… datant
des années 90. Il n’est pas impossible, même, que Ben Laden tourne ses saynètes avec une vieille caméra épaulière VHS de la fin des années 80. De vieux dinosaures de l’ère pré-numérique qui
savent à merveille donner le teint jaune et dénaturer les couleurs réelles. On se doute qu’il n’a quand même pas une caméra à tubes vintage des 70’s, avec son magnétoscope à porter en
bandoulière… mais certainement une mono-CCD à la papa… allemande, ou plus certainement japonaise. Une Sony ou une JVC, poussiéreuse, dont les batteries sont mortes depuis des lustres, et qu’il a
du bricoler pour qu’elle puisse s’alimenter sur la batterie de son tracteur…
On lui conseille vivement d’investir dans un matériel dernier cri. Il destine ses vidéos aux chaînes de télévision internationales, pas à télé-bédouins… il doit comprendre que depuis l’émergence
du câble, de l’ADSL et du satellite, les structures de production modernes, au sein des chaînes de télé, sont numériques, et qu’il doit envoyer désormais à Al Jezeera des cassettes DV ou Beta
numérique, s’il ne veut pas donner l’impression que le terrorisme international en est à la pré-histoire de la vidéo.
Investissement prévisionnel : de quelques milliers d’euros pour une très bonne caméra DV semi-pro, au prix d’une grosse berline européenne d’occasion pour une caméra professionnelle Beta Numérique SONY, équipée d’une excellente optique ( Objectifs Angénieux, Zeiss ou Canon par exemple ).
Oussama use et abuse de l’éthique du plan-séquence. D’accord, il n’y a rien de plus honnête avec le téléspectateur que le plan-séquence. Qu’est-ce que le plan-séquence ? Une séquence continue, sans aucun montage, montrant une action complète. ( Cf. la plupart des séquences de Elephant de Gus Van Sant par exemple ). Oussama pourrait donner plus d’ampleur et de dynamisme à son propos s’il osait le montage dynamique, le plan de coupe, l’alternance des points de vue ( un plan large, un gros plan sur ses mains tournant les feuilles de son discours, un plan sur son visage, retour en plan large, etc. ). Tel-quel on dirait que sa vidéo est un numéro inédit des « Amphis de France 5 » : une heure en caméra fixe sur un prof de dynamique des fluides, à l’Ecole Centrale, qui fait des schémas compliqués au tableau, que l’on ne distingue pas.
Oussama devrait faire attention à l’éclairage. Dans cette dernière vidéo on a le sentiment qu’un petit spot vient éclairer le décors, en arrière-plan, mais pas le visage de Ben Laden. Un système d’éclairage plus sophistiqué aurait certainement donné à ce programme un impact plus grand. Il est évident, ici, que le visage du terroriste n’est pas suffisamment éclairé.
Oussama devrait travailler davantage son arrière plan. Il s’exprime devant une sorte de cloison, ou de tenture, hésitant entre le jaune chiasseux et le
beige… c’est assez moche. ( Et la prise de vue, ainsi que la caméra, y sont certainement pour beaucoup… ). Oussama devrait oser la technique du « fond
bleu » : il parlerait ainsi devant une paroi strictement bleue, qui est transformée en régie, grâce à un effet spécial électronique rudimentaire, connu depuis les années 60, en
n’importe quelle image photo ou vidéo. Cela lui permettrait de s’exprimer depuis la surface de la lune, depuis le Mont-Saint-Michel, depuis Ground-0 à New-York, depuis le bureau de Poste de
Saint-Nom la Bretèche ou encore devant l’océan pacifique… Ce serait franchement plus joli.
Plus d’informations sur la technique de tournage sur fond bleu ou vert.
Oussama devrait faire attention à la prise de son. C’est capital. Dans cette vidéo on a l’impression qu’il s’exprime depuis le fond d’un silos à grains.
Echos et réverbérations sont au rendez-vous. Brrr…. on ne comprend rien. Manifestement, le message a été enregistré en « son direct », c’est à dire avec le micro du caméscope….
ts-ts-ts… un micro-cravate-HF entrerait parfaitement dans le budget de M. Ben Laden, et cela aurait rendu son message nettement plus audible…
Oussama devrait oser une mise en scène plus ambitieuse. Je ne lui suggère pas le short en strass d’une Killy Minogue, non, non… de toute façons nous sommes
encore loin de l’esthétique « MTV »… mais Ben Laden reste tout le temps assis sur sa chaise, vissé sur ce foutu siège… à lire les feuilles de son discours. Il ressemble à PPDA ou
Marc-Olivier Fogiel… il ressemble à un présentateur de télé saoudien. Il devrait se déployer, parler en marchant, se montrer en homme-debout, déambuler, occuper l’espace, cela n’en donnerait que
plus de dynamisme à son propos. Et puis… Oussama devrait oser le prompteur…
Au fond, ce qu’il manque à Oussama, c’est un metteur en scène…
Il est triste de noter un relâchement artistique et technique notoire, du même genre, concernant les images vidéos de la plupart des terroristes en vogue… depuis les FARC
colombiennes jusqu’à Ben Laden, en passant par les testaments filmés des kamikazes palestiniens, et les séquences clandestines des indépendantistes corses et basques…
Messieurs les terroristes, pour que vos messages apparaissent plus sérieux aux yeux d’un Occident gavé d’images cinématographiques et télévisuelles, léchées, travaillées, marketées, sous-pesées, bêta-testées, destinées à la consommation de masse… osez la FORME… osez l’approche artistique… osez la douce futilité du narcissisme… osez être plus beaux que menaçants… osez être plus beaux que moralistes… osez être plus télévisuels que virils... N’oubliez surtout pas, Messieurs les terroristes, que vous n’êtes pas concurrents entre vous, mais que vous passez tous dans le même journal-tv, dans le même pipe... pris en sandwich dans un grand flux publicitaire ( que vous alimentez grassement …) entre un jeu de télé-réalité débile, un sitcom tourné à Las Vegas, et un film d’action avec Chuck Norris…
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par François-Xavier Ajavon
Alors évidemment mes proches m’ont dit : « Mais non, tu ne vas quand même pas écrire sur la télé réalité, c’est vulgaire, ça fait mauvais genre…. ». Une copine normalienne, brune et ironique, m’a demandé si je cherchais par hasard à intégrer la rédaction de Télé Câble Hebdo. Un ami de la famille, pompier volontaire à Vesoul, a ricané bêtement. Un pote journaliste de gauche m’a prévenu : « FX… d’un côté tu ne peux pas défendre ‘Arrêt sur images’ dans Libé, et d’un autre côté gloser ainsi à propos de la télé-réalité… tu n’as vraiment aucune morale ! ». Un honorable correspondant américain, démocrate et humaniste, m’a même conjuré d’écrire plutôt un papier hagiographique sur Al Gore ou une violente tribune sur le Darfour… je lui ai écris un long mail pour lui expliquer gentiment que la plupart des français ne savaient absolument rien, ni de l’écolopoliticocinématographe, ni de cette région de l’Afrique frappée par les désastres…
Non… entre juillet et août les français laissent leurs cerveaux au magasin des accessoires, ils font leurs valises pour les plages, les pavillons bleus, les cabanes à frites… ils briquent les rutilantes boules de leur dispositif porte-caravane, ils surveillent d’un œil angoissé leurs jeunes-filles adolescentes qui auraient des tendances pénibles à se faire tripoter sous la tente, au camping des Flots-bleus, par quelques hussards festivaliers. Mais globalement les français ne s’en font pas. On appelle ça les congés payés. On file à toute blinde sur l’autoroute des vacances, l’autoroute du soleil, en écoutant des conneries à la radio, on se met en pilote automatique, sans les mains… on écoute des flashs d’info locale sur Fréquence Fécamp, entre « La belle de Cadix » ( moi j’adore… ), un tube FM californien, le bulletin de météo marine, et des publicités pour les promos exceptionnelles sur les merguez à l’Auchan de la ZAC de Fécamp Sud, où il faudra s’arrêter pour faire quelques courses, et le plein de Super sans plomb, en short et en espadrille. Autant dire qu’ils s’en foutent pas mal, les français, de Al Gore et du Darfour…
Entre juillet et août les français laissent leurs cerveaux au magasin des accessoires. La télévision a bien compris les tenants et aboutissants de ce grand relâchement neuronal de la période estivale : ils se mettent en mode « camping Tv ». Et qu’est-ce que la « camping tv » ? Outre une certaine tendance à la diffusion de programmes à faibles coûts ( programmes multi-diffusés, best-of, etc. ), on observe l’efflorescence des programmes de télé-réalité. La télévision française nous a habitué, depuis le fameux « Loft » de M6, à diffuser régulièrement ces programmes de flux, hard-discount, où des individus souvent sans aucun intérêt vivent 24h/24h sous le regard morne de quelques cameramen blasés, intermittents de l’anti-spectacle, privés de soleil pour l’occasion. En général, dans le courrant de l’année, les chaînes de télévision françaises diffusent des programmes de télé-réalité à dominante musicale ( « La nouvelle star » sur M6 et « Star Academy » sur TF1 ), fortement soutenus par des stratégies marketing de produits dérivés ( éditions de disques, concerts, etc. ) et ils réservent aux périodes estivales les plus pauvres de leurs programmes de télé-réalité.
C’est dans ce contexte de « Camping-tv » que TF1 nous gratifie cette année de pas moins de trois programmes de télé-réalité… outre la très répétitive robinsonade « Koh Lanta », qui nous permet de suivre la dégradation physique et mentale de quelques petits rigolos, socialement caricaturaux ( Le patron de pme saura t-il préparer un ragoût de criquets en allumant un feu avec ses mains ? ), au fil d’une aventure absolument dénuée d’intérêt… la première chaîne diffuse aussi deux programmes de flux basés sur le principe de la télé-réalité… l’un étant orienté famille, « Secret Story », composé d’un module quotidien d’une heure en access-prime-time et d’une seconde partie de soirée le samedi ; l’autre étant réservé à un public légèrement moins familial ( recommandation d’interdiction aux moins de dix ans par le CSA ), « L’Île de la Tentation », diffusé chaque semaine en seconde partie de soirée.
J’ai regardé ces programmes, à plusieurs reprises. Histoire de voir… histoire de savoir, vraiment. On a trop écrit que la télévision ressemblait à un aquarium… elle ressemble en réalité à un vivarium, plein de monstrueux reptiles enlacés. Je vais dire pourquoi…
Noeud de vipères...
J’ai d’abord regardé « Secret Story ». Il s’agit d’une production Endemol ( la société qui avait produit jadis « Loft Story » ) : pour faire simple Endemol est une multi-nationale de la production télévisuelle qui a appartenu à de nombreux groupes d’envergure ( dont l’Espagnol Telefonica ), et qui serait sur le point d’être revendue au groupe Mediaset de Silvio Berlusconi et à l’institution financière Goldman Sachs. La branche française d’Endemol englobe de nombreuses petites sociétés de production appartenant à des animateurs ( dont PAF Production de Marc-Olivier Fogiel ou La société du spectacle de Karl Zéro ). Sauf erreur, la part de la télé-réalité dans le CA d’Endemol France est en dessous de 20%, l’essentiel étant réalisé par les jeux et programmes de divertissement.
Le principe de « Secret Story » est une variante de celui de Loft Story. Les candidats sont coupés du monde durant dix semaines dans une maison appelée « maison des secrets », dans un domaine comprenant piscine, jacuzzi, salon avec baignoire, salle de bain avec douche collective ( on notera la connotation « prison », avec savon à ramasser et tutti quanti ), une chambre pour les garçons et une chambre pour les filles ( un peu comme à la colo… ). Toutes les pièces ( à l'exception des toilettes ) sont équipées de caméras vidéo. Une « voix » peut parler à tout moment aux candidats grâce à des enceintes. Chacun des candidats doit dissimuler un secret qui le concerne pour remporter une certaine somme d’argent.
Les candidats, dont la moyenne d’âge doit tourner autour de 25-30 ans, ont des secrets pseudo-subversifs à protéger, mais soutenus par la pensée dominante : « Je veux changer de sexe », « Je suis nudiste », « Je suis policière le jour mais je fais du strip-tease la nuit », « Je suis une pute ( pardon, une ‘escort girl’ ) », « Je suis une playmate »… autant de secrets – tous à forte connotation sexuelle - destinés à faire vibrer le français en vacances, au camping des Flots-bleus. Le plus intéressant dans le visionnage de séquences de ce programme réside dans l’apparence et l’attitude des candidats : combien de mots composent leurs vocabulaires ? Peu. Assurément moins que la moyenne nationale. Vulgarité à – presque – tous les étages, interjections familières ( mais télévisées ), tournures « banlieues », comportements suggestifs, attitudes « sexuellement explicites » comme disent les anglo-saxons… Jeunesse « représentative » ? Certainement pas. Mais attention, Endemol n’est pas la Sofres… leur métier n’est pas de constituer des panels représentatifs… mais de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola… Alors, évidemment, la jeunesse de « Secret Story » ne ressemble pas à la véritable jeunesse de France, à celle que nous connaissons tous… Une chose est troublante : c’est une jeunesse terriblement tactile, reptilienne, presque tout le temps entrelacée… une jeunesse qui parle beaucoup de sexe, très peu d’amour, mais n’arrête pas de se toucher, de se caresser…
L’autre programme-star de TF1 pour l’été est « L’Île de la Tentation », produit par la très dynamique société GLEM ( fondée par le producteur Gérard Louvin )… des couples mettant à l’épreuve la solidité de leur union au contact de « célibataires » ayant pour mission de les séparer… nous n’en dirons guère davantage. L’univers général n’est pas très éloigné de « Secret Story »… culte du corps dénudé ( et body-buildé ), éloge de l’érotisme débridé, profils atypiques ( professionnels du monde de la nuit, barmaid, strip-teaseur, mannequins, etc. ), philosophie rudimentaire de l’« ici et maintenant », défense du plaisir sans conséquence comme boussole interne.
Quelles leçons tirer sérieusement ce ces futiles « instantanés » tirés de quelques séquences de cette atroce « camping-Tv » estivale ? La jeunesse française doit-elle se réduire à ces quotidiens reptiles, rutilants et entrelacés, outrageusement tactiles… qui s’offrent dans nos écrans ? Qu’est-ce qu’un jeune français au-delà de ces terribles représentations télévisuelles abusives et caricaturales ? La réponse sera peut-être donnée en dehors du champ des « écrans »…
En attendant il pleut sur le camping des « Flots Bleus ». Parole. Il faut penser à retourner à l’Auchan de Fécamp pour faire des courses et prendre de l’essence. Le drapeau est orange sur la plage. Il fait froid sur le sable et dans les âmes. Qu’est-ce qu’il y a à la télé ce soir ?
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On appréciera le côté « documentaire animalier » de ce reportage sur une garden-party présidentielle des années Mitterrand...
Daniel Schneidarmann te regarde et t'observe...
La singulière émission de Daniel Schneidermann avait réuni une véritable communauté de téléspectateurs, qui interagissaient avec l’équipe de l’émission via le forum de son site internet et les interventions de sa médiatrice, l’écrivain Chloé Delaume ; « Arrêt sur images » avait suscité de nombreux débats de haut niveau autour de la possibilité, ou non, de critiquer les médias au sein même des médias ( cf. le film documentaire « Enfin pris » de Pierre Carles ) ; l’émission de Schneidermann avait permis l’émergence de nombre de chroniqueurs et journalistes de qualité, tels de David Abiker, Pascale Clarke, Colombe Schneck ou Sébastien Bohler…
Daniel Schneidermann écrit sur le Bigbanblog : « Au fond, la question n’est pas : pourquoi s’arrête Arrêt sur images ? La question est : pourquoi ne s’arrête-t-elle que maintenant ? ». Question malicieuse. Le journaliste avait fait état de sa difficulté à inviter sur son plateau des représentants des chaînes de télévision privées, afin de discuter de leurs programmes, et des pressions subies au sein de France Télévision quand il se penchait sur des sujets liées aux chaînes du groupe. Une décision politique, donc ? Il est extrêmement désagréable que le hasard des calendriers médiatique et politique, fasse intervenir une telle décision de suspension de l’émission « Arrêt sur image », quelques semaines après l’élection de Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême, et au lendemain même du second tour de l’élection législative…
Avec des accents dignes d’un Philippe Muray, Schneidermann note sur son blog : « Peut-être sommes-nous entrés dans l’éternité décomplexée de la Star Ac, des rires et des applaudissements. Peut-être sommes-nous entrés dans le triomphe décomplexé des tambours. On verra bien. ». Veut-on vraiment de la victoire de cette superficielle télévision hyper-festive et ultra-commerciale, sans aucun contre-poids critique ? Devons-nous admettre avec le génial acteur Bruno Crémer que : « Il ne faut jamais oublier que la télévision n'est qu'un appareil électroménager » ? Seulement cela ?
Non. Nous apportons ici notre signature afin que France Télévisions reconsidère sa décision, et rende l’antenne à « Arrêt sur images » pour la saison 2007-2008 à venir…
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tag : Agoravox
Lors de la campagne des élections présidentielles de 2002 une affaire de « off » avait ébranlé la classe politique et marqué les esprits : parlant à battons rompus à quelques journalistes, dans un avion qui le ramenait vers la France, Lionel Jospin avait évoqué ironiquement l’âge du capitaine, Jacques Chirac, qui était alors son concurrent dans la course présidentielle. Les esprits s’échauffèrent pendant un temps, mais les excuses fusèrent et le dossier fut bien vite refermé.
Aujourd’hui, cinq ans plus tard, le « off » présente un autre aspect : grâce aux avancées de la technologie chaque personne peut aisément filmer discrètement toute déclaration privée ou publique, puis la rendre disponible au monde entier en quelques minutes grâce à des blogs. Dans ce contexte de « technologie populaire », les professionnels de la communication doivent composer avec une nouvelle dimension du discours politique : cette parole peut circuler désormais en dehors des médias traditionnels. Et il est moins facile de faire pression sur un blogueur anonyme que sur un directeur de rédaction, pour qu’il renonce à diffuser une vidéo compromettante.
Ségolène Royal inaugure, en France, les affres politiques de la blogosphère et les effets secondaires du multimédia tout-puissant. Tout a commencé au début du mois d’octobre 2006, en pleine campagne pour l’investiture socialiste à la présidentielle ; sur la plate-forme vidéo Dailymotion est apparu un bref extrait du documentaire de Pierre Carle « La sociologie est un sport de combat », dans lequel Pierre Bourdieu accusait Mme. Royal, « la femme de Hollande », d’être de droite car « ça se voyait ». Fin octobre on pouvait trouver sur la même plate-forme une vidéo pirate, captée par un téléphone portable, où l’on voyait Ségolène Royal se faire copieusement siffler par de jeunes militants lors d’un congrès socialiste, où les micros et caméras des journalistes avaient été bannis... à mauvais escient ? Le journalisme semble toujours passer par la fenêtre quand on le chasse par la porte, d’une manière ou d’une autre, et l’information poursuit sa circulation.
Enfin, c’est au début du mois de novembre 2006, que la vidéo des « 35 heures à l’école » a fait son apparition dans la blogosphère. Dans cette séquence, que l’on a d’abord cru filmée par un téléphone portable clandestin mais qui s’avère avoir été captée par un caméscope de la Fédération PS du Maine et Loire, au mois de janvier dernier, M. Royal se déclare favorable à une présence continue des enseignants pendant 35 heures sur le site de leur collège. Taulé général, traînées de poudres diverses… dans la cacophonie le département multimédia de l’UMP a été pointé du doigt, autant que les amis « angevins » de certains concurrents de Mme. Royal à l’investiture socialiste.
Quoi qu’il en soit, le pouvoir médiatique semble avoir bel et bien changé de main, mais au profit de qui ? Dailymotion et Youtube…
La plate-forme française Dailymotion, créée en 2005, propose un service gratuit de partage de vidéos, indexées par mots-clés. Un moteur de recherche permet aux internautes de retrouver les séquences de leur choix. La puissance de cette plate-forme a été repérée par la plupart des cadres des partis politiques. Vincent Feltesse, en charge des nouvelles technologies au PS, déclarait au Figaro le 4 septembre dernier : « nous sommes soucieux d’utiliser Dailymotion ».
Outre-atlantique la société Youtube, fondée par des anciens employés de PayPal, a été l’une des premières à proposer un service de partage de vidéos en ligne. En octobre 2006 le géant Google a racheté Youtube.
Les médias traditionnels ont vu tout l’intérêt de ce phénomène de démocratisation de l’image. Le groupe TF1 a lancé récemment le site Wat.tv, avec ce slogan « la télé, c’est vous qui la faîtes ». Cette plate-forme d’hébergement vidéo, adossée à une grande chaîne de télévision, aura cette particularité : les séquences les plus populaires du site bénéficieront d’une diffusion hertzienne « classique » dans une émission hebdomadaire de la chaîne. La diffusion de ces clips amateurs sera rémunérée une centaine d’euros.
Inutile de dire qu’en France, les hommes et les femmes politiques auront tôt fait de découvrir les dangers de ce nouveau « off » circulant par le biais médiatique de l’Internet mondial. Un nouveau « off » globalisé, qui est pourtant capté, le plus souvent, par les téléphones portables du tout-venant.
Peut-être nous dirigeons-nous vers une suprématie de ces plate-formes d’amateurs qui court-circuitent les réseaux journalistiques traditionnels : aux Etats-Unis la carrière politique du républicain George Allen a été brisée suite à la publication d’une séquence sur Youtube, où il qualifiait un démocrate d'origine indienne de "macaque".
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