F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.






 

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Voici une tribune publiée dans Le Figaro du mardi 21 avril. Après l'installation de la commission médias et diversité, j'examine, avec une douteuse bienveillance, la notion d'individus « non-Blancs » qui émerge dans les débats sur la diversité. Comme le journal n'a pas repris le texte de cet article sur son site web, le voici.




Il est amusant d'observer, jour après jour, la novlangue moderne s'enrichir de concepts nouveaux. La notion d'individu « non blanc » semble émerger depuis quelque temps pour désigner - en creux - toutes les personnes dont la carnation s'éloigne du blanc pur et dur, et insolent, de la race aryenne, ou limousine. Concept profitable, évitant aux militants des statistiques ethniques (dans le cadre de la mesure de la diversité dans les médias, par exemple) de s'aventurer sur le terrain boueux du comptage, du compartimentage, et du listage nominatif des Noirs, Arabes, Asiatiques,  etc.

La commission médias et diversité, présidée par Bernard Spitz, a été installée vendredi dernier par Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'Égalité des chances. Cette commission - peuplée de grands esprits humanistes - doit rendre des recommandations visant à « rendre la diversité plus visible dans les médias ». La diversité étant naturellement caractérisée par l'émergence et la multiplication du « non-Blanc » dans les écrans. Cette notion a fait surface dans une récente étude publiée par l'Observatoire de la diversité dans les médias du CSA, présidé par l'ancien journaliste Rachid Arhab, nous apprenant que la place des « non-Blancs » à l'antenne est encore « trop faible », avec seulement 14 % d'individus (dont 8 % de Noirs) visibles sur le petit écran. C'est dans cette perspective que Yazid Sabeg compte trouver des leviers de croissance au « non-Blanc » médiatique. Et que, par la même occasion, il s'apprête à effacer totalement les identités entre Noirs, Arabes, Asiatiques,  etc. Identités disparates trouvant une effrayante unité de ton dans cette opposition artificielle au « Blanc », ogre chromatique.

Mais le « non-Blanc » est avant tout un grand progrès de la novlangue moderne. Un pas immense avait été déjà franchi, il y a quelques décennies de cela, lorsque le non-voyant avait remplacé l'aveugle. L'aveugle était un être diminué ; le non-voyant est, désormais, assez généralement un chanteur de variété du type Gilbert Montagné ou Stevie Wonder. Dans le même esprit, le nain - cette personne chétive que l'on exhibait jadis dans des cirques - s'est avantageusement métamorphosé en personne de petite taille, qui ressemble souvent, à présent, à Mimie Mathie et trouve la principale source de ses revenus en jouant dans des feuilletons télé.

D'autres exemples de cette novlangue sont connus... Les sans-domicile fixe ont chassé les clochards des centres de nos villes, et tandis que les plus démunis prenaient le pouvoir sur les pauvres, les plus aisés détrônaient les riches. Ces glissements ayant toujours pour but d'« euphémiser » au maximum les discours. De rendre acceptable la différence ou la fracture sociale. Le « non-Blanc » s'inscrit-il dans cette perspective de lissage à l'extrême des discours ? Assurément, mais pas seulement.

Pour le CSA et son Observatoire de la diversité dans les médias, le « non-Blanc » est avant tout un impératif technique. La loi française n'autorisant pas les statistiques ethniques, il n'était pas légalement possible pour cet observatoire de proposer un comptage précis - et organisé en types ethniques (je n'ai pas dit race !). C'est opportunément dans le contexte obamaniaque de l'élection à la Maison-Blanche que le CSA a tapé du poing sur la table à propos de l'attristante absence des « non-Blancs » à la télévision. Le Conseil demandait alors que les chaînes fassent des efforts pour qu'il y ait davantage de « personnes vues comme noires », « personnes vues comme arabes » et « personnes vues comme asiatiques » sur les écrans. Angoissantes périphrases. Impossible, en France, de parler de Noirs, d'Arabes ou d'Asiatiques... Notant la domination indiscutable des « Blancs », Alain Méar, membre de cet observatoire, tempêtait majestueusement « des chiffres accablants dans la perspective de la nouvelle donne Obama ». Car oui, la France vit au rythme des États-Unis... Et si un roux était arrivé à la Maison-Blanche, il eût été logique que le CSA appelle à la visibilité du cheveu rouge. Bref, le CSA, ne pouvant faire un comptage ethnique, s'est contenté de réunir des « personnes vues » au sein du groupe « non blanc ».

Le fameux concept a été repris par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ex-BVP) il y a quelques mois dans une étude sur la diversité dans la pub. Son constat est proche de celui du CSA : les minorités dans la vraie vie sont minoritaires sur les écrans. Moins cuistre que le CSA, l'Autorité de régulation de la publicité reconnaissait la subjectivité et les limites de sa méthode de comptage des « non-Blancs ». Difficile de traquer le « non-Blanc » dans la jungle de la pub, et de nuit sous la pluie ! D'autant que les vaillants veilleurs de la diversité ont pris le soin de distinguer la bonne mise en scène publicitaire du « non-Blanc » - lorsque l'Arabe ou le Noir est chef d'entreprise ou cadre dynamique - de la mauvaise - où il est rappeur ou joueur de foot...

La grande hypocrisie de ces discours appelant timidement à davantage de « non-blancheur » est qu'ils reposent sur l'argument que les médias devraient plus ressembler au « monde réel ». Seulement, voilà... il n'y a pas de statistiques ethniques non plus sur le « monde réel ». Pas de fichiers de Blacks ou d'Asiatiques. Hors de question dans la République française une et indivisible ! Dès lors, ces appels à la diversité reposent surtout sur de bons sentiments moraux et la secrète volonté politique que ces « minorités » commencent à prendre le dessus dans les médias. Car, il faut le dire, au fond de ces discours, le « non-Blanc » est quand même le « damné de la terre », l'éternel opprimé, l'immigré, le sans-papiers, la lourde victime de l'infâme histoire de la colonisation,  etc. Tandis que le « Blanc », drapé dans toute la suffisance de sa domination médiatique, poursuit dans les écrans son millénaire travail d'oppression de tout ce qui lui est différent.

Ainsi, au-delà de l'expression cocasse enrichissant le dictionnaire de novlangue, pointe une intention plus obscure, non dite, reposant encore et toujours sur la culpabilisation de l'Occident. Qui travaille à poursuivre méthodiquement l'oppression des « non-Blancs » jusque dans ses médias. Alors gageons que la commission Sabeg accouche de quelques recommandations qui auront la faculté de tout changer pour ces « non-Blancs » qui peuplent la France réelle. Celle dont les médias ne savent pas encore rendre compte et à qui on va bientôt expliquer comment faire.





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Quand le charabia d’un fou à lier rejoint la langue de bois ambiante. Lecture d’un numéro du Monde.

par F-X Ajavon



Je dois vous faire une confidence impudique, relevant presque de l’anecdote « de caniveau » (comme dirait le moraliste Thomas Piketty) : chaque après-midi je lis Le Monde. Chacun a son petit défaut inavouable. Voilà, pour l’essentiel, quel est le mien. Et dans Le Monde du jour (daté du 05/03) j’ai été frappé tout à l’heure par un tout petit mot, utilisé par Sophie Landrin pour rendre compte du langage de l’individu qui a adressé des menaces de mort assorties de munitions d’armes à feu, à quelques cadors de la République : un sabir. « Un sabir confus et mal orthographié… ». Lexique indigent, niveau ortho-syntaxique « collège unique », agressivité tendance « nouveaux publics » en Zep. Bref, voici un sabir qui en dit déjà long sur l’ignominie du personnage. Jugez un peu ; l’individu menace crânement : « Vous voulez nous mettre au pas, en coupe réglée par vos amis et au bon vouloir du Roy », mais s’englue littéralement dans ses mots : « Nouveau centre FN et autres collabos centristes et socialos collabos ! » Voilà un vrai style de cochon anti-social ! Et ceci, ce n’est pas gouleyant comme une dissertation de normalien : « Le mépris total de vous envers le peuple nous impose d'agir dès maintenant. (...) Le dispositif de surveillance nous a permis de vous cibler, vous et les vôtres dans vos déplacements. Donc vous êtes ciblés et verrouillés. Vous êtes dans les starting blocs de la mort ». Typiquement le sabir d’un ennemi de la République qui veut supprimer Alain Juppé de la surface de la planète (quelle blague !). Mais le poète-lauréat sait atteindre des sommets quand il évoque l’homme dont il est certainement secrètement amoureux, Nicolas Sarkozy : « sale hongrois digne de la pire figure du fascisme hitlérien qui aura le temps de méditer à l'état létal ». Du n’importe quoi. Même Julien Coupat se débrouille mieux. Un homme qui écrit aussi mal le français vient sans aucun doute de l’anti-France, des sous-couches obscures de la subversion la plus occulte, et peut-être même de l’inhumanité. Ces cris rejoignent les aboiements du chien, les jappements du corbac, ou les rires de la hyène.  




Corbeau anti-UMP


Quelques pages plus loin je prends en pleine poire une assommante tribune de Bertrand Delanoë défendant sa vision du « Grand Paris ». Et là, surprise… re-sabir. Mais sabir de « pro », sabir soupesé jusqu’à la moelle, sabir politique. Couchés les clébards et les hyènes ! Langue de bois. Ecoutez-moi ces mots alignés pour ne rien dire, pour ne strictement rien signifier… Commencer une phrase comme ceci ne présage d’ailleurs rien de bon pour la suite du discours : « Conscients de l'ampleur de ces défis… » Ponctuer son texte de tics rhétoriques aussi énormes que celui-ci en dit aussi fort  long : « Faut-il aujourd'hui aller plus loin ? Clairement, je réponds oui. » Et moi je réponds « Peut-être pas… » Et finalement une phrase de cet acabit montre bien que le sabir confus de Delanoë tend volontairement à être aussi insignifiant que celui du sinistre corbeau de la République : « Il faut imaginer collectivement les conditions d'une étape nouvelle, à partir de notre vision commune du XXIe siècle francilien. Et en déduire un instrument fédérateur qui coordonne, impulse et renforce ainsi les dynamiques nécessaires autour des vrais enjeux stratégiques. » Ne riez pas. C’est imprimé dans Le Monde du jour. Ah croire que le maire de Paris s’est offert un générateur électronique de langue de bois. De sabir.




Bla-Bla-Bla...




Et encore je vous épargne l’interview d’Edouard Balladur expliquant sa réforme des collectivités locales, avec autant de morgue langagière qu’un artiste contemporain convaincu qu’il doit vous « expliquer sa peinture ». Et je vous préserve aussi de la langue imaginée de Frédéric Mitterrand s’exprimant, dans le nouveau supplément culturel du Monde « M », sur sa mission à la tête du Palais Médicis… je vous garde de ses fulgurances creuses du genre « Je crois à la vertu de l’effort… » ou encore « La Villa n’a jamais rompu avec son destin ». Des mots, encore et toujours, qui parlent pour ne rien dire : « La France est une sorte de melting-pot culturel », « Je ne suis pas ici pour faire carrière », « Je pense aussi qu’il faut incarner la maison », « Il y a une juxtaposition parfaite entre la Rome antique et la Rome de Féllini… », « (les romains) ont une vitalité incroyable », etc. Dire ce que l’on attend de vous, dire exactement ce qu’il convient de dire. Dire pour ne rien dire. Quintessence du sabir…


On en viendrait à penser que le quotidien du soir se nourrit de ces « sabirs »…de ceux qui le pratiquent occasionnellement et sans volonté de nuire à la langue de Molière, comme de ceux dont c’est le langage de travail, la langue maternelle, et la structure même de leur pensée. On aimerait rappeler ici une phrase de Nietzsche à ces délinquants de la langue française, qui (volontairement ou non) l’exploitent pour produire des discours vides et confus : «Vous troublez vos eaux, pour les faire paraître plus profondes… »




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Voici quelques nouvelles. D’abord un papier un rien sarcastique, pour CAUSEUR, sur la « vente du siècle »©, organisée par l’entrepreneur en ventes aux enchères Pierre Bergé. Il s’agit évidemment de la dispersion tonitruante de la collection d’œuvres d’art appartenant au génial et attachant Yves Saint-Laurent, au Grand Palais. Tremblez profanes ! Tremblez, devant ce phénomène religieux rarissime.






Pendant que nous en sommes au chapitre de l’histoire des religions, jetons un coup d’œil furtif en Suisse, où officie un homme d’église d’un genre nouveau… philosophe, haute figure morale, helvète, esthète et handicapé de naissance. Voici le portrait d’Alexandre Jollien, penseur médiatique horripilant, pour le site Actu Philosophia dans le cadre de ma  très fameuse « Chronique de la philosophie médiatique ».

Sinon je m’adresse, ici, implorant, à Aliénor : « Si tu reviens, j’arrête tout ! » (lisez le texte et vous comprendrez !).









Et puis deux autres papiers que j’avais omis de vous signaler, par pure flemmardise :

- Une précédente « Chronique de la philosophie médiatique » sur le sombre destin du crâne de Descartes. Occultisme, diversité, divertissement et football ! 

- Un papier publié sur Causeur fin janvier, consacré à l’étonnante figure de bébé toréador Michelito, traqué tout à la fois par les défenseurs des zanimaux et par ceux des zenfants. Courage petit ! Les taureaux sont avec toi !

 




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Eric Zemmour est au cœur d’une nouvelle polémique pour son usage du mot « race » dans un débat télévisé sur le métissage. La fachosphère et blogosphère anti-raciste sont en ébullition. Faut-il envoyer Zemmour casser des cailloux à Cayenne ? Faut-il le priver de télé ? Faut-il le pendre ou simplement le lyncher ?




Etait-il bien prudent d’inviter Eric Zemmour à un débat sur le thème « Demain tous métis ? » C’est pourtant l’expérience baroque qui a été tentée sur l’antenne de Arte...

Savourons joyeusement, sur Causeur.fr , les différents visages de l’indignation associative anti-raciste…






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Voici un nouveau papier sur les horripilants Don Quichotte, qui envahissent les écrans de cinéma – et de télévision - depuis la semaine dernière.





Je me moque surtout de la figure religieuse de Saint-Augustin-Legrand. J'ai exhumé notamment un papier de la République du Centre, qui évoque (quinze jours avant le début du mouvement des Don Quichotte), sa volonté de faire un film documentaire "à la Michaël Moore" sur l'exclusion…

On s’amusera aussi des commentaires des lecteurs de Agoravox : « (…) l’abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, Coluche ont dû se heurter eux aussi à des gens comme vous ou par ex. la fouine de Zemmour qui sont encore foutus de faire du cynique sur des situations pareilles. » ou encore « le nuisible c’est vous » mais aussi « cet homme vous ferait-il de l’ombre ? » sans oublier « François Xav... ça fait XVI ème !! ANP(auteuil,neuilly, passy) » et encore « C’est drole j’ai l’impression que les articles sont de plus en plus orienté reac serais ce parce que les facho ont annexé la partie moderation ? ? »



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Mais que font Josiane Balasko et Carole Bouquet face à un tel scandale ? Il arrive parfois que l'AFP nous amuse...



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La police française chasse les "sans papiers"



 ©AFP Général - Mardi 4 Décembre 2007 - 20:24 - Heure Paris (363 mots)

Animaux-cirque-insolite

Un hippopotame sans papiers envoyé en Afrique du Sud

    Aldo, un jeune hippopotame de 13 ans né en France et détenu illégalement par un cirque du Gard, a été remis mardi à la Fondation 30 Millions d'Amis avant son transfert vers une réserve d'Afrique du Sud, a constaté un journaliste de l'AFP.
Serge Landri, directeur du cirque de Venise, anciennement cirque de Monaco, n'a jamais obtenu les certificats de capacité que la préfecture du Gard, dont le cirque dépend, aurait dû lui délivrer pour posséder légalement un tel animal sur le sol français.
La préfecture estimait que les conditions de détention de l'hippopotame ne respectaient pas ses besoins physiologiques. Le tribunal de grande instance de Valence lui a donné raison en mars.
Le transfert de l'animal, né au parc zoologique de Maubeuge (Nord), a eu lieu à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) entre la famille Landri et la Fondation 30 Millions d'Amis, qui finance le transfert de l'animal vers le sanctuaire de Sanwilde Wildlife dans le parc Kruger en Afrique du Sud, où il évoluera en semi-liberté après une période de quarantaine.
Sous contrôle vétérinaire, l'animal doit être acheminé par camion à Amsterdam (Pays-Bas) par une société belge spécialisée dans le transport d'animaux exotiques. De là, il prendra l'avion, jeudi, pour Johannesburg. Le coût total de l'opération est de 40.000 euros.
Après trois ans de procédure entre la famille et la préfecture, le jugement définitif de l'affaire sera rendu le 18 décembre. Serge Landri encoure une amende pour détention illicite d'une espèce non domestique protégée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
Jean-François Legueulle, délégué général de la Fondation 30 Millions d'Amis, présent lors du transfert, espère que "cette histoire servira de base à d'autres sauvetages" d'animaux.
bur-ppy/DS



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Hippopotame égyptien (vers 1820 avant J.-C.)



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Le dimanche 18 novembre s’est tenue, place de la République, une grande contre-manifestation rassemblant les usagers des transports en commun, victimes de la paralysie des lignes RATP et SNCF, ainsi que les étudiants opposés au blocage des universités.

"Je ne suis pas inquiète", assure la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse, alors que la coordination nationale étudiante est réunie ce week-end à Tours pour décider de la suite à donner à la contestation contre la loi d'autonomie des universités. Qui sont ces enfants immatures qui jouent à faire la grève ?


Par François-Xavier Ajavon.

Les étudiants opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain, dans les rues de Saint-Michel, à même les dalles bétonnées des campus de banlieue ou sur les bancs des « amphis » transformés en tribunes politiques. Ces groupes d’étudiants ressemblent à des bandes d’amis un peu turbulents, sympathiques et rigolards. On pense aux « Pieds Nickelés », à « Quick & Flupke » et surtout à l’univers du « Petit Nicolas » de René Goscinny, avec la belle Marie-Edwige de l’UNEF, « Elle est chouette, elle a des cheveux jaunes, des yeux bleus, et elle est toute rose… je crois qu’on va se marier plus tard… » ; avec Clotaire de la LCR, « C’est le dernier de la classe. Quand la maîtresse l’interroge il est toujours privé de récré » ; avec Alceste de la CNT, qui possède une batte à clous « C’est mon meilleur copain, un gros qui mange tout le temps »….et puis avec Agnan de l’UNI, qui est quand même un bon copain parce qu’il a une voiture, mais que l’on tabasse à la sortie du campus parce qu’il est de droite. Sans parler du Bouillon, le surgé, un appariteur musclé, qui râle tout le temps quand on fume de l’Afghan dans les couloirs. Des gosses un peu trop criards, mais indubitablement « jeunes » et « beaux ». On a l’impression, d’AG en AG, qu’ils font l’école buissonnière ou qu’ils vivent une fête ininterrompue... On a l’impression qu’ils travaillent à vivre une expérience…

A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain, date de la grande manifestation des fonctionnaires. Il est à craindre que les campus restent bloqués durant quelques jours ou quelques semaines encore. Une insidieuse concurrence médiatique s’est d’ailleurs installée entre les revendications des agitateurs étudiants ( opposés à la loi Pécresse sur la modernisation de l’Université ) et celles des cheminots de la RATP et de la SNCF ( opposés à la modernisation de leur régime de retraite ). Communauté d’intérêt dans la lutte contre le président Sarkozy ? Certainement. Mais les étudiants attirent particulièrement l’attention…




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Jean de La Bruyère



On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Je le dis comme ça, au passage, mais c’est une réalité. Demandez à des jeunes-gens sortis des lycées publics : ils ont étudié des textes de Pierre Perret, de Pascal Sevran, de Jean Daniel et de MC  Solaar, en classe de français, peut-être de Victor Hugo ou de Emile Zola, au mieux, mais certainement pas de La Bruyère…  Ok, ok, on me dira qu’ils ont suivi un stage de « slam » sponsorisé par la mairie, mais bon… ! Cependant, on devrait relire La Bruyère… car il s’est longuement penché dans ses « Caractères » sur la situation de l’enfant. L’enfant contestataire. L’enfant révolté. L’enfant qui réclame son dû imaginaire. L’enfant colérique. L’enfant insupportable. L’enfant qui – telle une Salomé mythologique – réclame à son papa la tête de « Jean-Baptiste » sur un plateau… on extrapole, on extrapole… on voit bien Bruno Julliard réclamer à Sarkozy la tête de Valérie Pécresse sur un plateau ( de télévision ? ) ! Sa tête sur un plateau ! Sa tête sur un plateau ! L’enfant colérique et gâté par la vie… le chenapan ! On voit moins bien la danse des sept voiles, mais bon…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. Le moraliste du XVII ème siècle a réservé aux enfants ( dans son chapitre « De l’homme », au sein  de son œuvre unique, les « Caractères » ) une place significative. Lucide, La Bruyère résumait ainsi l’homme : « Il n’y a pour l’homme que trois événements : naître, vivre et mourir. ». Evoquant la prime-enfance des hommes, La Bruyère écrit : « Il y a un temps où la raison n’est pas encore, où l’on ne vit que par instinct, à la manière des animaux, et dont il ne reste dans la mémoire aucun vestige ».

En voyant les étudiants révoltés, réclament la tête de Valérie/Jean-Baptiste, sur un plateau ( de télévision ? ), on ne peut s’empêcher de repenser à La Bruyère : « Les enfants sont hautains, dédaigneux, colériques, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés…. » Reposant un temps le volume sur ses genoux on pense, ému, aux interventions télévisées du leader estudiantin, et militant socialiste rentré, Bruno Julliard. Mais on poursuit : « Ils ( les enfants ) rient et pleurent facilement ; ils ont des joies immodérées et des afflictions amères sur de très petits sujets… ». Reposant à nouveau le volume de La Bruyère on pense, ému, au contenu de la loi Pécresse… Mais on poursuit : « Ils ne veulent point souffrir de mal, mais aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. Les enfants n’ont ni passé ni avenir, et, ce qui nous arrive guère, ils jouissent du présent. ».

On sait que l’actuel mouvement étudiant, opposé à la loi Pécresse, se nourrit de la récente mythologie anti-CPE. On se replonge dans le volume de La Bruyère : « Les enfant ont déjà de leur âme l’imagination et la mémoire (…) et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements ». On revoit les bandes de copains étudiants, soudés aux portes des facultés… Et la Bruyère tance : « L’unique soin des enfants est de trouver l’endroit faible de leurs maîtres, comme de tous ceux à qui ils sont soumis : dès qu’ils ont pu les entamer, ils gagnent le dessus et prennent sur eux un ascendant qu’ils ne perdent plus ».

On revoit en boucle les images de ces étudiants portant des pancartes contestataires, refusant en bloc le capitalisme, l’occident, la France, le coca à 1€ au distributeur, Valérie Pécresse, l’impérialisme américain, la situation des indiens du Chiapas, les suicidés de chez Renault, Chirac, Sarkozy, Cécilia, la télé poubelle, les courants d’air, Adolf Hitler, Ivan le Terrible et même René Bousquet. La Bruyère me répond : « Aux enfant tout paraît grand, les cours, les jardins, les édifices, les meubles, les hommes, les animaux… ».

On songe toujours à Bruno Julliard et à la ravissante Sophie Binet, leaders syndicaux étudiants plébiscités par les médias, et on lit chez La Bruyère :  « Les enfants commencent entre eux par l’état populaire ; chacun y est le maître, et, ce qui est bien naturel, ils ne s’en accommodent pas longtemps, et passent au monarchique : quelqu’un se distingue, ou par une grande vivacité, ou par une meilleure disposition du corps, ou par une connaissance plus exacte des jeux différents  et des petites lois qui les composent ». Nous voilà donc au mode monarchique…




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Fausse manif de droite


Et puis on songe, finalement à la gauche, et notamment au Parti Socialiste, qui instrumentalise au quotidien le mouvement étudiant, et l’on entend résonner en soi les mots de l’auteur des Caractères : « Qui doute que les enfants ne conçoivent, qu’ils ne jugent, qu’ils ne raisonnent conséquemment ? Si c’est seulement sur de petites choses, c’est qu’ils sont enfants et sans une longue expérience, et, si c’est en mauvais termes, c’est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs maîtres ». 

On me dira : encore le clash entre les vingtenaires et les trentenaires… encore le clash entre de pseudo-jeunes, agités, passablement instables et de pseudo-vieux, trop intégrés, déjà trop  immergés dans la « vraie » vie, engrenés dans les miasmes de l’indépendance… encore le clash entre les 18-24 ans ( qui ont massivement voté contre Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle ) et les 25-35 ans ( qui ont massivement voté pour le président qui est en place )…  Balivernes ! La rupture est entre certains étudiants immatures ( ceux qui ne veulent pas quitter un monde enfantin et infantile ), et ceux qui veulent (se) grandir, et étudier…

On ne relit pas assez Jean de La Bruyère ( 1645 – 1696 ), surtout en temps de grève. A travers la France, le mouvement de contestation étudiante risque de tenir au moins jusqu’à mardi prochain… Les minots opposés à la loi Pécresse, qui bloquent actuellement de nombreuses universités françaises, sont intéressants à observer et à écouter. Il faut les scruter en tournant le bouton de son poste de télévision, mais aussi en descendant sur le terrain… En les voyant on songe aussi aux mots de La Bruyère : « Il y a une espèce de honte à être heureux à la vue de certaines misères »… En les voyant, on se demande : et si le « supérieur » était malade de ses enfants ?





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Photo de l'étudiante : Reuters.



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Vous êtes fatigué à cause de cette journée sans transports en commun. Vous avez marché, vous avez rampé dans la terre boueuse et vous avez fait du vélo. En somme vous avez fait du sport Vous rêvez du service minimum, mais vous ne savez plus pour qui voter afin qu’il soit mis en œuvre… Mais ce soir à la télé on vous a expliqué avec pé-da-go-gie que la grève vous a amusé en réalité : vous avez fait des rencontres humaines intéressantes sur les quais bondés, vous avez loué votre premier Vélib’, votre entreprise vous a fait bénéficier d’un dispositif sympa ( organisation du co-voiturage, etc. ), on vous a appris que vous êtes solidaires des cheminots, qu’au fond vous les aimez…On vous a même fait le coup de Jean Gabin dans la Bête Humaine… et là, franchement, comment résister ?

Mais vous avez des doutes, vous êtes courbaturé, vous avez mal aux mollets, vous avez posé une RTT alors que vous n’aviez rien à faire chez vous en milieu de semaine et que votre femme a pu aller bosser. Aujourd’hui le cheminot vous a fait mal. Aujourd’hui le cheminot est votre bourreau…


On me fera remarquer que ce n’est pas très moral de se moquer de ses bourreaux. On raconte d’ailleurs que lorsque l’on tendit à Jean Moulin un bloc-note afin qu’il y inscrive les informations qu’attendaient les Allemands, il a dessiné la caricature de son bourreau. On connaît la suite…

Allez, un classique… "Le train pour Pau..."






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