Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu »
Maurice Barrès, Voyage de Sparte, 1906.
Lorsque Maurice Barrès publie son petit texte consacré à Sparte et à la Grèce ancienne, en 1906, Nietzsche est mort depuis six ans, mais l’engouement pour l’Antiquité et les représentations issues du classicisme est encore très fort. Académicien, penseur de l’individualisme, du nationalisme et du militarisme, Barrès ( 1862 – 1923 ) trouve en Sparte tout à la fois une illustration commode de ses convictions intimes et une sorte de justification historique de son propos. Dans son Voyage, Barrès évoque sa visite du site fameux de la chaîne montagneuse du Taygète, sur laquelle est planté le rocher des Apothètes depuis lequel les enfants non conformes à la norme spartiate étaient éliminés.

Maurice Barrès fait semblant de regarder par la fenêtre.
Lisons de larges extraits du texte de Barrès pour nous permettre de mesurer à quel point Sparte porte au fantasme, mais aussi pour le beauté du style contrastant avec la violence des propos :
« Je ne me lassais point d’errer, à l’ouest de la ville, dans les campagnes comprises entre l’Eurotras et la chaîne du Taygète. Des bosquets d’olivier, de sycomores et de platanes, des mûriers enlacés de vignes laissent pousser dans leur ombre claire de l’orge, des maïs, tous les légumes et toutes les fleurs. A chaque pas murmurent et fraîchissent de petites rigoles, par où la neige, qui blanchit les cimes du Taygète et qui ruisselle impatiente sur tous ses flancs, vient tremper cette terre brûlante. Mais ce paradis est un cimetière. Les cyprès y commémorent le plus illustre des deuils. Sur cette scène étroite, une race extraordinaire a donné sa représentation. (…) On y visite, dans les premiers escarpements du Taygète, le haut rocher des Apothètes, d’où Sparte précipitait tout enfant incapable de faire un guerrier vigoureux. C’est excellent de décourager les fausses vocations. Sparte a prétendu diriger la reproduction de ses citoyens. Les jeunes reproducteurs étaient formés par des danses et des luttes ( …) Voici l’un des points du globe où l’on essaya de construire une humanité supérieure. (…) Lycurgue ( le législateur de Sparte, j’y viens immédiatement ) proposa aux gens de cette vallée la formation d’une race chef. Un spartiate ne poursuit pas la suprématie de son individu éphémère, mais la création et le maintien d’un sang noble. Je sais tout ce qu’on a dit sur la dureté orgueilleuse de Sparte. Ces critiques sentent l’esprit subalterne. (…) J’admire dans Sparte un prodigieux haras. Ces gens-là eurent pour âme de vouloir que leur élevage primât »[1].
Je souligne « C’est excellent de décourager les fausses vocations » : humour ou cynisme de Barrès ? Peut-être simple provocation. Il n’en demeure pas moins que l’auteur du Culte du moi ne s’embarrasse pas d’hésitations pour adhérer au modèle spartiate. Cependant, par-delà la radicalisme du propos de Maurice Barrès se dessine une image caricaturale mais assez saisissante de la fantasmagorie spartiate. Sparte porte au fantasme et à l’exagération ; Barrès est fasciné, tout autant que l’était Platon lorsqu’il construisait le plan utopique de sa cité idéale. François Ollier, grand spécialiste français de l’histoire lacédémonienne a trouvé la formule de « mirage spartiate » pour caractériser le phénomène.
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Voilà une petite réflexion de quelques pages sur le rapport de Pline l’ancien à la définition de l’humanité. Voilà enfin du « lourd » sur Apocoloquintose…
Pline l’ancien en quête de l’humanité
( une aventure scientifique et littéraire autour de l’homme romain )
Par François-Xavier Ajavon.
Pline l’Ancien ( 23/24-79 ), auteur d’une monumentale Histoire naturelle au 1er Siècle après J.C., dans le contexte de la Rome Impériale, mena une réflexion encyclopédique sans limite sur la nature et la civilisation. Valérie Naas, spécialiste de cet auteur, souligne : « L’inventaire qui semblait initialement promis s’avère une collection de merveilles dont les chefs d’œuvres seraient l’homme et Rome »[1]. Pline bénéficie d’une exceptionnelle ouverture sur le monde, depuis sa vigie romaine, donnant sens et humanité à toute l’étendue de la nature, lui permettant le passage cognitif d’un monde clos à une réalité infinie. Cependant, Pline l’Ancien ne propose pas uniquement un catalogue encyclopédique de la nature telle qu’elle se donne dans la répétition absolue de sa norme, son Histoire Naturelle s’apparente bien souvent à un grand répertoire de mirabilia, curiosités naturelles. Valérie Naas définit ce choix plinien de s’attacher à l’écart par rapport à la règle naturelle de la sorte : « Pline choisit de restituer la nature dans sa diversité et retient comme caractéristique l’exception plutôt que la norme »[2].
Ainsi, dans le Livre VII de son Histoire Naturelle, consacré à l’homme, Pline va s’engager non pas seulement dans une simple anthropologie, mais dans une vaste anthologie humaine, alternant les figures extraordinaires, édifiantes et monstrueuses. A l’inverse de la vision aristotélicienne de la nature attachée aux types les plus communs, le classement plinien recense toute une série de cas particuliers, et au-delà extraordinaires. « Il ne se préoccupe pas de faire entrer l’exception dans la règle : ce n’est pas la norme, mais ce qui s’en démarque, qui l’intéresse »[3].
Source tardive, Pline l’ancien pense donc les problématiques de l’hérédité, de la naissance anormale et du « monstre » humain dans le contexte d’une histoire universelle globale. Dans la perspective de Pline, l’enfant anormal, mutilé, malade, le monstre, est là toujours pour rappeler à l’homme la précarité extrême de sa condition sur terre. Selon Pline le nouveau né humain est déjà une représentation archétypique de la faiblesse, et il prend des accents très pessimistes inspirés par Lucrèce pour le rappeler[4] : « L’homme ne sait rien, rien qu’il ne doive apprendre, ni parler, ni marcher, ni se nourrir, bref il ne sait rien d’autre par instinct que pleurer ! Aussi beaucoup sont-ils d’avis que le mieux était de ne pas naître ou de disparaître au plus vite. »[5]. Mais ce pessimisme est vite tempéré par une curiosité insatiable et universelle ; Pline va s’attacher à toute la diversité réelle et fantasmée de l’humanité, les types humains étaient collectés patiemment et présentés au lecteur : « Au-delà d’autres Scythes anthropophages, dans une grande vallée du mont Imavus, il y a une région appelée Abarimon, où vivent, dans les bois, des hommes, qui ont la plante des pieds tournée à rebours, sont d’une rapidité extraordinaire et errent à l’aventure avec les bêtes. Ils sont incapables de respirer dans une autre atmosphère ; aussi ne les amène t-on pas aux souverains du voisinage »[6]. Ce catalogue est caractérisé notamment par les pouvoirs étranges des hommes venus des contrées lointaines : « D’après Cratès de Pergame, il a existé sur l’Hellespont, près de Parium, une race d’hommes, qu’il appelle Ophiogènes, habitués à guérir par le toucher les morsures des serpents et à extraire le venin du corps par l’imposition des mains »[7].

Une représentation de Pline
La question semble être partout celle de la détermination du seuil d’humanité des hommes dans leur diversité ; une diversité qui se caractérise comme différence, et cela jusqu’au monstrueux : « Calliphane relate qu’au-delà des Nasamons et de leurs voisins, les Machlyes, habitent les androgynes, qui sont pourvus de l’un et l’autre sexe, dont ils usent à tour de rôle dans le coït. Aristote[8] ajoute que leur sein droit est celui d’homme et leur sein gauche, celui d’une femme. »[9]. Si ces merveilles ( miraculis[10] ) tantôt monstrueuses, étranges, ou manifestement absurdes, forment la catégorie générale de l’humanité, Pline les caractérise toujours comme des écarts avec l’humanité. Plus on s’éloigne du monde greco-romain, plus l’étrangeté de l’homme semble caractéristique, mais près de Rome il peut aussi y avoir des hommes différents de la norme : « Non loin de la ville de Rome, sur le territoire des Falisques, il y a quelques familles, qui portent le nom de Hirpes ; au sacrifice annuel qui a lieu près du mont Soracte en l’honneur d’Apollon, ceux-ci marchent sur un bûcher enflammé sans se brûler. »[11]. Cependant l’Inde reste une terre de mystère-miracle absolu, où la nature dans son foisonnement n’hésite pas à aller aux extrêmes de la fertilité, de la beauté, de la grandeur et du « bizarre » : « Ctésias signale encore une population de l’Inde, où les femmes n’accouchent qu’une fois dans leur vie et où les enfants ont aussitôt des cheveux blancs. Le même auteur cite une race d’hommes, appelés Monocoles en raison de leur jambe unique, qui sont doués d’une agilité surprenante pour le saut ; on les appelle également, dit-il, Sciapodes, parce qu’au fort des chaleurs ils se couchent par terre sur le dos, pour se protéger par l’ombre de leur pied. (…) »[12]. Une étrangeté qui marque toujours à la fois la proximité et la distance si inquiétante de l’humain par rapport à la « bête » dans le règne animal : « Tauron mentionne les Choromandes, une peuplade qui vit dans les bois : ils sont privés de voix, émettent d’affreux cris stridents, ont le corps velu, les yeux glauques et des dents de chiens »[13]. Il y a là évidemment le « barbarisme » d’une langue incomprise et d’une plastique éloignée quelque peu des canons de l’art gréco-romain, reste pour Pline à savoir si c’est humain, animal, les deux, ou aucun des deux. Il donne une réponse claire, en réunissant l’ensemble de cette diversité sous la catégorie d’humanité ( ou plutôt de genre humain : hominum genere ) : « Telles sont, parmi d’autres, quelques variétés de l’espèce humaine, que l’ingénieuse nature a créées pour son amusement à elle, pour notre émerveillement à nous. »[14].
Ainsi l’humanité, jouet dans les mains de la Nature, est l’espace de mille prodiges fantaisistes, et d’autant d’anomalies fréquentes comme des triplés, siamois ou hermaphrodites : « L’exemple des Horaces et des Curiaces établit avec certitude la naissance de trijumeaux. (…) Il naît aussi des êtres, qui participent des deux sexes : nous les appelons hermaphrodites ; jadis on les appelait androgynes et on les considérait comme des prodiges, aujourd’hui, au contraire, comme une source de plaisir. »[15]. Même si l’enfant anormal est un objet d’amusement ou devient source de plaisir, il se caractérise néanmoins par l’écart qui l’éloigne pathologiquement d’une norme de l’humain pré-définie, et classiquement il peut en naître un sentiment de crainte de la part de la société. « … Alcippe accoucha d’un éléphant. Ce dernier fait passe d’ailleurs pour un mauvais présage. En effet, au début de la guerre des Marses, une servante mit également au monde un serpent : la naissance de monstres peut se produire sous les formes les plus variées. L’empereur Claude signale dans ses écrits qu’un hippocentaure, né en Thessalie, périt le même jour ; nous même, nous en avons vu un, conservé dans le miel, qui lui avait été apporté d’Egypte pendant son règne. A Sagonte, on cite le cas d’un bébé, qui rentra immédiatement dans le ventre de sa mère, l’année où cette ville fut détruite par Hannibal »[16]
L’enfant peut également naître dans de mauvaises conditions ; Pline connaissait les risques auxquels sont exposés les nouveau nés lors de l’accouchement, et les conséquences que cela peut avoir sur leur développement : « Naître les pieds en avant est contraire à la nature ( contra naturam ) : pour cette raison, on a donné à ces enfants le nom d’Agrippas, qui veut dire ‘enfantés difficilement’ »[17]. Ces enfants mal-nés sont frappés d’une sorte de malédiction, et Pline évoque la descendance funeste d’Agrippa, le premier d’entre eux : il eut deux filles, les Agrippines, qui enfantèrent des empereurs Caligula et Domitius Néron, qualifiés de « fléaux du genre humain »[18]. Et au-delà ces enfants, s’ils rencontrent la mort prématurément, bénéficient de rites funéraires particuliers, destinés symboliquement à éviter leur « retour » sur terre : « La loi naturelle veut que l’homme naisse, la tête la première, la coutume, qu’il soit porté en terre, les pieds les premiers »[19].

Autre visage de Pline
Mais Pline a bien conscience des limites de sa connaissance de l’hérédité, il reconnaît qu’il y a là un facteur extrêmement difficile à maîtriser : « … des êtres de conformation normale peuvent donner naissance à des enfants mutilés, et des êtres mutilés, à des enfants qui peuvent être aussi bien normaux qu’affligés de la même malformation »[20]. Cependant, malgré cette modestie intellectuelle à l’endroit de la maîtrise de la reproduction, Pline souligne l’existence de nature incompatibles entre elles : « Il existe une véritable incompatibilité entre certaines natures physiques ; bien que stériles entre elles, elles deviennent fécondes, si elles contractent d’autres unions, ainsi Auguste et Livie. »[21]. L’information scientifique vient ici directement de la source aristotélicienne[22], mais Pline la complète par plusieurs anecdotes édifiantes empruntées à l’histoire romaine.
Par ailleurs Pline a une vision étrange et un peu excessive de l’état d’esprit féminin au moment des règles : « Mais on trouverait difficilement rien de plus de plus prodigieux que l’écoulement menstruel. L’approche d’une femme en cet état fait tourner les moûts ; à son contact, les céréales deviennent stériles, les greffons meurent, les plantes des jardins sont brûlées, les fruit des arbres sous lesquels elle s’est assise, tombent ; l’éclat des miroirs se ternit rien que par son regard, la pointe du fer s’émousse, le brillant de l’ivoire s’efface, les ruches des abeilles meurent »[23]. Si la menstruation est une étape capitale de la reproduction, le dérèglement de ce processus peut conduire à des naissances anormales – surtout si l’on prend en compte l’aspect satanique et destructeur du fluide tel que Pline vient de le définir : « …si, malgré la grossesse, le flux persiste, Nigidius[24] soutient que les enfants naissent débiles ou non viables ou encore pleins de sanies »[25].
Mais l’anormalité de certains individus peut aussi se définir comme un avantage sur le groupe, comme pour les hommes caractérisés par une force physique prodigieuse. Pline traque toujours l’humain entre l’inhumanité du monstre et la surhumanité du héros, fut-il un simple esclave, gladiateur de fonction : « Dans son livre sur les prodiges de force, Varron cite Tritanus qui, maigre de corps, mais extraordinairement vigoureux, était célèbre parmi les gladiateurs qui portaient l’armure des Samnites (…) (il) vint à bout d’un ennemi qui l’avait provoqué au combat, avec son bras pour seule arme, et, pour finir, il le prit avec un seul doigt et l’emporta dans le camp »[26]. Si cette force surhumaine de certains individus ne les pénalise pas en tant que « monstre », Pline les décrit comme des bêtes de sommes, réduits à leur puissance de travail : « Quant à Vinnius Valens, qui servit comme centurion dans la garde prétorienne du divin Auguste, il soulevait couramment des voitures pleines d’outres, jusqu'à ce qu’elles fussent déchargées ; attrapant d’une main les chariots, il les immobilisait, en dépit des efforts de l’attelage et il accomplissait d’autres exploits, qu’on peut lire sur l’inscription de son tombeau. »[27]. Des prodiges de forces réduits aussi à la simple anecdote : « Quand l’athlète Milon de Crotone s’était raidi sur ses jambes, personnes ne pouvait le déloger de sa place ; s’il tenait une pomme, personne ne pouvait lui redresser un seul doigt »[28] ; mais parfois également rapportés dans un contexte plus valorisé de compétition sportive[29].

Sciapode. Monstre médiéval.
Eglise Saint-Parize-le-Chatel, près de Nevers. 12ème siècle.
Mais dans l’Histoire Naturelle plinienne la surhumanité de certains individus peut aussi être parfaitement indépendante des modalités d’un éventuel entraînement physique, et peut s’expliquer par une capacité initiale, comme c’est le cas avec l’acuité visuelle : « Cicéron nous apprend que le poème d’Homère, l’Iliade, écrit sur une feuille de parchemin, a pu être enfermé dans une noix. Selon le même, il y eut un homme capable de voir à une distance de 135.000 pas. M. Varron nous donne même son nom : il s’appelait Strabon ; il avait coutume, pendant la guerre punique, de s’installer sur le promontoire de Lilybée en Sicile : quand la flotte sortait du port de Carthage, il arrivait à dire le nombre des navires »[30].
Mais Pline, dans son catalogue d’hommes d’exceptions, va également laisser une place pour ceux qui dépassent littéralement la condition humaine dans leur résistance physique et morale à la torture : « …Anaxarque, qui, torturé pour une raison analogue ( en l’occurrence une demande de dénonciation d’individus tyrannicides ), se coupa la langue avec les dents et la crache au visage du tyran : il lui enlevait ainsi le seul espoir d’une dénonciation »[31]. Ainsi Anaxarque, en ne dénonçant pas les individus coupables de la tentative de tyrannicide dépasse son statut moyen, ordinaire, et commun d’être humain, pour tendre à l’héroïsme quotidien, une forme de surhumanité morale parfaitement exceptionnelle, et inhumaine à bien des titres, que les moralistes pourraient qualifier de sainteté.
C’est encore par les qualités de l’esprit que les hommes vont pouvoir se distinguer, à commencer par la mémoire : « Le roi Cyrus pouvait désigner par leurnomm tous les soldats de son armée ; L. Scipion, tous les citoyens romains ; Cinéas, ambassadeur du roi Pyrrhus, les sénateurs et les chevaliers de Rome, au lendemain de son arrivée. Mithridate, qui était roi de vingt-deux peuples, leur rendait la justice en autant de langues et pouvait haranguer chaque peuple, sans interprète. Quand au nommé Charmadas de Grèce, on pouvait lui désigner n’importe quel volume dans une bibliothèque : il le récitait par cœur, comme s’il lisait »[32]. Charmadas représente ici l’extrême encyclopédisme en chair et en os ; l’univers infini dans sa globalité, réduit au monde clos de l’intériorité. Mais comme ce qui est humain, chez Pline, une mémoire fut-elle proprement surhumaine, est d’une grand précarité : « Rien n’est plus fragile en l’homme : les maladies, une chute, même une simple frayeur peuvent lui porter atteinte, soit partiellement, soit totalement »[33].
Au premier rang des qualités de l’esprit on retrouve bien évidemment l’intelligence, qui permet aux hommes de se distinguer entre eux, et certains autres de dominer leur siècle ; selon Pline c’était le cas de César : « On dit qu’écrire ou lire, tout en dictant et en écoutant, était une habitude chez lui ; ses lettres, qui traitaient de sujets si importants, il les dictait à raison de quatre à la fois à ses secrétaires, ou, s’il ne faisait rien d’autre, à raison de sept à la fois. »[34]. Aussi, le grand homme a un double aspect monstrueux : de par la violence des batailles qu’il mène et conduisent à de vrais génocides, mais aussi de par l’anormale supériorité de son intelligence, qui le conduit à une domination logique sur ses contemporains.
[1] Valérie Naas, Le projet encyclopédique de Pline l’Ancien, collection de l’Ecole Française de Rome n°303, Ecole Française de Rome, 2002. p.2.
[2] Ibid. p.8.
[3] Ibid. p. 310.
[4] Cf. aussi Sénèque, Ad Marciam de consolatione, 11, 3.
[5] Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, VII, (1), 4.
[6] Ibid. VII, 2, 11.
[7] Ibid. VII, 2, 13.
[8] Fragment Rose n°606.
[9] Ibid. VII, 2, 15.
[10] Ibid. VII, 2, 21.
[11] Ibid. VII, 2, 19.
[12] Ibid. VII, 2, 23. sur les Sciapodes, peut-être les créatures les plus archétypiques de la monstruosité grecque ancienne, cf. une première occurrence chez Alcman « d'hommes qui se font ombre avec leurs pieds » cité par Strabon ( Géographie, VII, 3, 6 p. 85 chez Budé - c'est le fragment 148 de Alcman )
[13] Ibid. VII, 2, 24.
[14] Ibid. VII, 2, 32.
[15] Ibid. VII, 3, 33-34.
[16] Ibid. VII. 3, 35.
[17] Ibid. VII. 3, 45.
[18] Ibid. VII. 3, 46.
[19] Ibid. VII, 3, 46.
[20] Ibid. VII. 3, 50.
[21] Ibid. VII. 3, 57.
[22] Aristote, Histoire des Animaux, 7, 6, 585 b.
[23] Ibid. VII. 3, 64.
[24] Cf. P. Nigidius, De animalibus, fr. 110-111 ( ed. Swoboda ). La source est encore aristotélicienne : Histoire des animaux, 7, 2, 582 b.
[25] Ibid. VII. 3, 66.
[26] Ibid. VII. 3, 81.
[27] Ibid. VII. 3, 82.
[28] Ibid. VII. 3, 83.
[29] Ibid. VII. 3, 84.
[30] Ibid. VII. 3, 85.
[31] Ibid. VII. 3, 87. On relira en complément un texte contemporain, qui résonne ici comme en écho : le très beau discours d’André Malraux pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, Oraisons funèbres, 1971, Gallimard.
[32] Ibid. VII. 3, 88-89.
[33] Ibid. VII. 3, 90.
A l'age de 16 ans il s'engage dans la Légion Etrangère, d'où il sera renvoyé trois mois plus tard. Il quitte la France à 17 ans pour la grande aventure. Propriétaire de Night clubs à Buenos Aires, décorateur, sculpteur (Quito), archéologue et traficant d'art précolombien. Puis il tourne autour de la planète à la recherche d'aventures et d'émotions fortes.
En 1985 ; Publie son premier livre, récit de 3 ans d'aventure au Costa Rica, où associé à des membres du Gouvernement en poste, il exploite une mine d'or dans la péninsule d'Osa. ORO à été un best seller national et traduit en 23 langues (quelques centaines de milliers d'exemplaires vendus).

Cizia Zyke, à la manoeuvre...
1986 ; Publie Sahara ou ses mémoires de trafiquant en Afrique. Il est dans les années 70 avec d'autres aventuriers le précurseur de ce qui deviendra le Paris-Dakar. En 1987 ; Termine sa trilogie autobiographique d'aventure, avec ses mémoires de parrain. A Toronto, à l'age de 21 ans, il est propriétaire de night clubs, de cercles de jeux clandestins, et récupérateur de dettes. Il continue l'aventure éditoriale jusqu'en 1992, en écrivant deux ouvrages par ans, Fièvres, Paranoïa, Buffet Campagnard, Histoires de Fous, la Ferme d'Eden, Tuan, Alixe, Amsterdam Zombie.
En 1990 alors que les dictatures de l'Est s'effondrent il est un des premiers à retourner en Albanie à la recherche de ses racines. En 2000, il publie "Les Aigles", roman aux Editions du Rocher terminant ainsi son aventure Albanaise.
Louis-Joseph-Marie Robert, Essai sur la mégalanthropogénésie, ou l'Art de faire des enfants d'esprit, qui deviennent des grands hommes ; suivi des traits physiognomoniques propres à les faire reconnaître, décrits par Lavater, et du meilleur mode de génération, Paris, 1801.

Vers le surhomme napoléonien ?
Le Dr. Robert s'inscrit dans la « préhistoire » de l'eugénisme, et proposait dans ce livre introuvable une méthode pour produire - ni plus ni moins - que des « grands hommes » - concept au succès européen incontestable au début du XIX ème siècle, notamment via les analyses de Hegel sur l'histoire.
Dans son coin, le p'tit Doc. Robert défend une théorie sélective intransigeante visant à développer dans la société les « grands hommes » qui sauront prendre en main la toute jeune France démocratique d'après la Révolution de 1789, la toute jeune France napoléonienne...
Extraits...
Si les sciences et les beaux arts font la gloire et le bonheur des sociétés, quoi qu'en ait dit un grand philosophe, l'état le plus florissant sera toujours celui qui, comme la France, pourra joindre aux richesses d'une abondante population, le secret vraiment admirable et jusqu'ici inconnu, de créer des grands-hommes à volonté. C'est une vérité pour moi démontrée, qu'il n'est pas plus difficile d'avoir des enfants d'esprit, que d'avoir un cheval arabe, un basset à jambe torse, ou un serin de race. Les esprit superficiels et mon siècle m'appeleront peut-être un fou, mais je n'ambitionne recueillir dans la postérité que la voix du sage.
L'expérience et l'anatomie nous apprennent que non seulement les enfants héritent des passions de leurs parents, mais encore qu'ils en empruntent la charpente osseuse. « La matière, dit Aristote, prend dans la génération une forme semblable à celle des individus qui la fournissent » ; et les vieillards décrépits qui engendrent, ont, au rapport de Buffon, moins de part que les autres hommes à leur propre production ; et de là vient aussi que de jeunes personnes qu'on marie avec ces vieillards difformes, produisent souvent des monstres, des enfants contrefaits, plus défectueux encore que leur père. Dans l'économie rurale, ne voit-on pas tous les jours le preuve de cette vérité ? Sur quoi est fondée la pratique des haras ? N'est-ce pas sur la perpétuité des races pures ? « N'aide t-on pas la nature, disait, il y a plus de deux mille ans, Platon, lorsqu'on accouple de beaux étalons avec de superbes cavalles, et si l'on ne choisit pas ce que l'on a de meilleur dans les écuries, peut-on avoir autre chose que des haras détestables ».

Chevaux limousins, et écuyères de circonstance
Un cheval d'Arles ne produira jamais un limousin, ni un bidet de corse un normand. Il en est de même pour l'espèce humaine : on sait que les plus beaux couples, et les plus parfaits à tous égards, donnent à l'état une postérité mieux conditionnée de corps et d'esprit. C'est toujours sur le même principe qu'est fondée la naturalisation de ces fameux troupeaux espagnols, qui, quoique transportés sous des climats divers, conservent toujours le type de leur origine et de leur race primitive. N'est-ce pas sur l'hérédité des qualités paternelles dans le faucon et le limier, que le chasseur fonde son art, établit ses jouissances et varie ses plaisirs. Eh bien ! je le répète, les mêmes lois régissent l'homme dans son économie ; il se reproduit par copulation et engendre, comme tous les autres animaux, par la transmission de ses particules organiques : pourquoi donc le germe des vertus et des talents ne serait-il pas aussi chez lui héréditaire ?
L'histoire journalière des sociétés humaines nous apprend que les vices se transmettent dans les familles. L'amour des femmes et du vin, la passion du jeu se propagent de père en fils. Eh bien ! si la folie est héréditaire, pourquoi la raison ne le serait-elle pas aussi ? Si un idiot, atteint de crétinisme, n'engendre, suivant toutes les lois de la nature, qu'un idiot, un homme de génie ne doit avoir que des enfants d'esprit. Mais pourquoi, me dira t-on, les grands-hommes sont-ils donc si rares ? Pourquoi un père illustre laisse t-il le plus souvent un fils ignoré ? C'est que jusqu'ici on a ignoré le secret de la Mégalanthropogénésie ; c'est qu'on a négligé d'observer ce qui se passe dans la nature, et de voir le mécanisme de la génération ; et il en est résulté que les grands-hommes « n'ont été jusqu'à ce jour, suivant Helvétius, que l'ouvrage d'un concours aveugle d'heureuses circonstances ».
Les mariages mégalantropogénésiques sont donc l'unique moyen de pouvoir conserver la race pure des grands-hommes, et de la perpétuer de siècle en siècle. Mariez un homme d'esprit avec une femme d'esprit, et vous aurez des hommes de génie.

Napoléon Bonaparte, "imperator"...
La dégénérescence des races se fait toujours par les femelles, suivant Buffon ; et ce principe reconnu, il est aisé de concevoir pourquoi Louis Racine est si fort au-dessous de Jean. Catherine Romanet, épouse du grand Racine, n'avait jamais connu, ni par la représentation, ni par la lecture, les pièces qui ont immortalisé son mari. D'après une telle rouille dans les organes cérébraux de Catherine, on ne peut nier que la dégénérescence de la race ne se soit faite ici par la femelle?

La dégénérescence de la race par la femelle? Mmmm....
La plupart des grands-hommes ont été célibataires ou livrés à des caprices bizares ; presque tous ont recherché dans leurs épouses plutôt les vertus du coeur que les talents de l?esprit ; ils ont semé, pour ainsi dire, des terres ingrates et stériles ; le germe de l'imagination n'a pu lever au milieu des ronces de l'ignorance, et quelque excellent caractère qu'ait eu Thérèse, elle ne pouvait produire que des enfants indignes de Jean-Jacques. Peut-être est-ce à cette considération que Rousseau ? Mais le doux nom de père aurait été sacré pour lui, et la voix de la nature devait lui crier plus fort que les préjugés de la raison.
Je crois avoir démontré jusqu'à l'évidence la vérité de mon système : tout être qui pense doit en désirer l'execution. Voilà sans doute un de ces projets qui sont vraiment utiles, et qu'un génie tel que Bonaparte, né pour opérer des merveilles, ne laissera pas échapper. Si la boussole ouvrit à l'homme le chemin de l'univers, et lui en applanit la route, la Mégalanthropogénésie ouvrira au savant le labyrinthe de la nature ; ses secrets lui seront dévoilés, et la puissance créée ( témoin déjà les nouveaux phénomènes de la chimie ) atteindra peut-être un jour le pouvoir créateur.
Un grand jury national, présidé par le premier consul, pronconcerait, le premier jour complémentaire, sur la sortie des élèves de l'Athénée, qui auraient achevé leur éducation, et désignerait les places qu'ils devraient occuper.
Tous les ans, à la fête de la République, le premier consul donnerait une récompense nationale aux six éleves de chaque Athénée, qui se seraient le plus distingués dans le cours de leurs études, et ce serait ce jour-là que l'on célèbrerait les mariages mégalanthropogéniques. Bientôt la fête du premier vendémiaire deviendrait aussi célèbre que celle des jeux olympiques de l'ancienne Grèce ; le monde savant accourerait à cette cérémonie, et contemplerait avec admiration des couples fortunés, destinés à devenir le foyer des connaissances et des lumières qui doivent éclairer un jour l'univers.(...)
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Galère, par Jean Dutourd, 1947.
Jean Dutourd, écrivain français connu surtout pour son grand roman Au bon beurre ( adapté au cinéma ) et pour les Taxis de la Marne, Académicien "conservateur" respecté, traducteur en français d’Hemingway et de Truman Capote, publiait dans l’indifférence quasiment générale - en 1947 - un somptueux recueil de poèmes introuvable aujourd’hui : Galère.

Jean Dutourd, poète, écrivain, académicien.
On se délectera de « Galère », le beau texte qui ouvre ce livre hors-norme, et nous offre un échantillon d’un talent que Jean Dutourd n’a pas exploité suffisamment… mais est-il trop tard, Monsieur Jean ?
Galère.
Lourdes ailes, rangs de rames,
Humes grosses du Levant,
Drapeaux, fanions et flammes,
Tous pressés sur le devant,
Etendards et boucliers
Mâts que le cordage racle
Avec de fins bruits d’osier,
Conspirez au beau spectacle :
La mélodieuse Galère,
Douce à la ferme chair des eaux,
S’attachant des rubans d’oiseaux,
Quitte le soleil et la terre.
Portant l’accord fructueux
De la boussole aux étoiles,
Dans ses escaliers de voiles
S’enfle un vent majestueux.
La mer marche sous sa coque ;
Elle ira jusqu’au Cancer ;
C’est un monument baroque,
Dressé sur la courbe mer.
Stable et aventureux palais,
Poisson rond comme une planète,
Elle prend l’or et le rejette
Aux cieux, aux flots et aux galets,
Cependant que meurt – il est mort –
Derrière un ultime pilastre,
Sans cri, sans mouvement, le Port
Qui poudroie aux gloires de l’Astre.

Par François-Xavier Ajavon.
Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu » : Croquis d’Antoine Pol ( 1970 )

Antoine Pol, Croquis (1970)
Récemment est miraculeusement reparu, grâce à une souscription inespérée, le recueil Emotions poétiques d’Antoine Pol, 87 ans après sa première parution aux « Editions du Nouveau Monde », à Vanves.

Antoine Pol, soldat de la guerre 14-18.
Antoine Pol, industriel et poète d’un autre temps ( 1888 – 1971 ), un peu démodé, un peu oublié, nous offre l’image originale, atypique et attachante d’un grand industriel du XX ème siècle, au « jardin secret » poétique immense. Ingénieur, centralien de formation, ancien combattant de la grande guerre, capitaine d’industrie dans la houille, PDG des Entreprises SECD Châtel et Dollfus dans les années 20 et dès 1945 Président du Syndicat Central des Importateurs de Charbon de France, Pol ne cessa cependant jamais d’écrire de la poésie entre le début du siècle et le tout début des années 70…
Nous devons à ce grand poète « maudit », à ce grand oublié de la littérature française le texte de l’une des plus belles chansons de Georges Brassens : « Les Passantes ».
« Je veux dédier ce poèmes
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets »…

Antoine Pol, Emotions Poétiques, 1918.
Lorsque l’on se replonge dans ses livres, on réalise à quel point Antoine Pol est une voix poétique attachante et parfaitement anachronique dans le siècle dernier, celui des techno-sciences triomphantes et de la progressive mondialisation de tous les enjeux. Si Antoine Pol avait été, aux yeux de la société, un poète à « part entière », à « plein temps », on l’eut certainement rapproché plus souvent de Sully Prud’homme, Albert Samain, Jules Laforgue ou même d’un hypothétique frère cadet d’Apollinaire, à la fois moins doué mais plus touchant lorsqu’il raconte sa guerre de 14-18, celle que l’on préfère. Mais ce statut de poète à « mi-temps » vendu au capital, ce statut de poète « en marge » de la poésie officielle, ne fait pas de lui un artiste raté, tel d’autres figures du pouvoir attirées par la création artistique : comme Néron expirant en disant son impérissable « Qualix artifex pereo », ou encore le jeune Hitler, pas encore vraiment führer, qui persistait à faire de l’aquarelle alors qu’il se battait en France pour le compte de l’armée de Bismarck. Pol c’est au contraire un splendide Janus Bifrons, créateur de richesse, d’emplois, de charbon par wagons, et de pages poétiques incontestablement importantes dans l’histoire littéraire de la France.
Mais malgré cette œuvre riche d’une demi-douzaine de volumes, jamais tirés à plus de quelques centaines d’exemplaires – pour la famille, les amis, et quelques amateurs de « poésie minoritaire », Antoine Pol a touché le monde entier parce que, par le miracle d’une flânerie parfaitement contingente aux puces de Vanves le grand Georges Brassens tomba sur le recueil « Emotions poétiques », et l’acheta pour trois francs six sous comme le rapporte la légende.
Cependant au-delà de l’image d’Antoine Pol véhiculée par « Les Passantes », celle d’un homme plein de regret et d’une légère amertume face à l’indifférence et/ou l’orgueil des femmes, se cache un homme infiniment plus complexe, déchiré entre deux tendances qui sont si rarement réunies dans la même enveloppe corporelle : le pasteur d’hommes, chef d’entreprise et meneur d’industrie, face au poète insoupçonné, à la voix de la lyre sacrée... sous la poussière du charbon, cette splendide séquelle si fragile de la braise…
Pour illustrer cet art poétique patronal, voici un texte rare paru dans le recueil Croquis, illustré par Charles Dublin, publié à 250 exemplaires en 1970.
On notera avec amusement la dimension anti-« soixante-huitarde » et anti-contestataire de ce panorama poétique de l’histoire de France…
Petit aperçu d’histoire de France.
Par Antoine PolNous avons eu la France monarchiste
Puis la Révolution dont on connaît le prix,
Puis la France bonapartiste,
Que suivit à nouveau la France royaliste
Avec trois rois qui n’avaient rien compris.
Le peuple avait voulut modifier le régime
Mais, au bout de trois ans, par un vote unanime,
Nous étions bons
Pour un second Napoléon !
Ca nous donna « La belle Hélène »,
Haussmann et une vie allègre et « parisienne ».
Badinguet avait dit : « L’Empire c’est la paix ! »
On eut soixante-dix ! On l’eut subi sans peine,
Si l’on n’avait perdu l’Alsace et la Lorraine
Et paumé cinq milliards extra-lourds pour les frais !

Napoleon III, surnommé Badinguet
La République revint dans la misère
Avec des présidents qui n’étaient pas fougueux,
On pouvait espérer un sort moins belliqueux.
Eh bien, en vingt-cinq ans on s’est payé deux guerres
Avec le même partenaire !
En 14 il paraît que nous étions fin prêts
Et qu’on pouvait tout se permettre,
Comme au temps de Badinguet
Il ne nous manquait pas un seul bouton de guêtre !
On avait pour deux mois d’obus
C’était juste pour un début
Mais ça n’avait pas d’importance
Car, affirmaient nos compétences,
Un conflit, de nos jours, ne peut durer longtemps…
On en a pompé pour cinq ans !
La deuxième devait nous mener à Berlin,
Ah ! Cette fois c’était la bonne !
On s’est retrouvé à Bayonne,
A Toulouse, à Tours, à Moulins,
Car les français, toujours malins,
Avaient pris pour chef Gamelin.
Passons sur les quatre ans vécus avec les Boches :
Menus avec tickets, soupe aux rutabagas,
Ceinture pour le bœuf, le sucre et le tabac !
Essayons d’oublier, car s’était plutôt moche.
Le temps passe… L’on est toujours républicain
On eut la Quatrième… ensuite la Cinquième.
La France est un pays qu’on respecte et qu’on aime
On a, grâce à De Gaulle, un prestige certain.
Quinze ans se sont passés sans connaître la guerre…
Mais la France soudain devient contestataire :
C’était vraiment trop beau… Personne n’était content.
On se bat presque un peu partout sur la planète,
Au Vietnam, en Afrique, au Moyen-Orient.
On détourne un Boeing avec un seul truand.
Mais chez nous, c’est à croire qu’on regrette
Le temps des crapouillots, l’âge des baïonnettes.
Les étudiants qui sont, comme vous le savez,
Des jeunes gens bien élevés,
Sur les flics envoient des pavés.
Ils coiffent leur recteur avec une poubelle,
Et dans les facultés violent les demoiselles.
Les routiers mécontents barrent les grandes routes.
Du coup les commerçants excités en rajoutent !
Ils vont piller jusqu’aux bureaux des percepteurs.
Entre nous, dans ce cas, ce sont des bienfaiteurs
Mais, hélas, on ne peut accepter aux Finances
Un pareil manquement aux us et convenances.
Le mal s’étend ! D’après un journal du matin
Quatre bébés ont fait la grève de la faim !
Ils réclament des vitamines naturelles
Puisées aux sources maternelles,
Proscrivent la tétine et demandent le sein.
C’est ennuyeux, bien sûr, mais voici mieux encore,
Une rumeur surgit comme bombe au phosphore :
Il paraît que dans plusieurs maternités
Les nouveau-nés, mettent le nez à la fenêtre,
Rejettent les forceps et refusent de naître.
On suppose qu’ils sont d’avance dégoûtés
De l’orientation de l’université
Et que, peu soucieux d’affronter
Un inutile et vain bachot
Ils préfèrent rester au chaud.
Certes on peut penser que le gouvernement
Va chercher la parade et trouver la formule.
Oui, mais, pour le moment,
Plutôt que d’être enceinte et gâcher vos ovules,
Madame, abstenez-vous… ou prenez la pilule.

Le Mariage du Dr. de Bourgogne
6ème édition, 1941.
Et par ailleurs, le Doc de Bourgogne était un passionné de bagnoles...
Et vous prendriez de préférence une voiture de marque connue. Ce faisant, vous agiriez sagement.
[1] P. de Bourgogne, Le mariage, conseils médicaux d’hygiène pratique, Paris, Vigot Frères Editeurs, 1941 ( sixième édition ), pp. 19-20.
Les « Post-Homerica »
de Quintus de Smyrne
( Ou le féminisme pris à son propre piège )
Dans la série « Les livres que vous n’avez pas lu » ( et tant mieux ).
Il faut être honnête, la « Suite d’Homère » de Quintus de Smyrne (Κόϊντος Σμυρναiος ) ce n’est pas vraiment la Grèce antique… on a retrouvé les parchemins en Calabre, dans un codex qui regroupait aussi des textes de Collouthos. La Calabre c’est tout au sud de l’Italie, face à la Méditerranée flamboyante. Et Quintus écrivait au III ème ou IV ème siècle de notre ère.

Papyrus grec.
Le chant I est particulièrement instructif. Dans une séquence très célèbre on y voit la superbe reine Amazone Penthésilée défier fièrement Ajax, et sa bande de boys dégénérés en costume d’argent. L’outrageante Penthésilée avance d’abord au devant des preux guerriers homériques pour les défier :
« Approchez donc au travers de la mêlée, que vous appreniez quelle force gonfle la poitrine des Amazones. Ma race, autant que la vôtre, est vouée à Arès ; mais ce n’est pas un mortel qui m’a donné le jour, c’est Arès en personne, que jamais ne lasse la huée de la guerre ».

Ajax versus Penthésilée par Henry Chapront (1928)
Tout le reste est à l’avenant. Penthésilée est une authentique « super-nana » à la mode féministe contemporaine, du genre qui ne va pas se laisser faire sous les coups de boutoirs phallocrates et misogynes de la société moderne. Elle avise, elle tente de dominer, avec les moyens du bord.
Evidemment les pantins sauvages d’Ajax se moquent d’elle, ils se moquent de son impuissance, de sa faiblesse de femme esseulée face à la bêtise des mâles en meute, de son arrogance, et de sa mort prochaine… Cependant Penthésilée ose attaquer Ajax : sa lance frappe sa jambière d’argent, sans effet aucun. Même pas mal.

Ajax versus Penthésilée. Représentation sur un vase grec.
En tant que représentante des Amazones Penthésilée a tenté de faire valoir la supériorité de son peuple de femmes sur les hommes, mais sa volonté s’est brisée sur les jambières d’Ajax. Ce dernier ne tarde pas, d’ailleurs, dans le splendide récit de Quintus de Smyrne, à imposer les règles d’un rapport de force authentique : lui et ses amis sont les descendants en ligne directe de Cronos, et ils ne vont pas se laisser emmerder par un gang approximatif de nanas privées de leur poney par leur papa…
« Femme, c’est bien en vain que tu prenais plaisir à braver, quand l’envie de combattre t’a portée contre nous, qui sommes sur cette terre, et de loin, les premiers des héros ».
La suite va de soi… après de nombreux reproches, Ajax lance son javelot mortel et furieux contre la gracieuse et douce Penthésilée… la lance transperce le cheval de la reine des Amazones avant de la frapper sous le sein droit…
« Du premier coup, il blesse la guerrière Penthésilée au-dessus du sein droit. Son sang noir gicle à flots : la force de ses membres se brise net : la grande hache lui glisse de la main, la nuit embrume ses yeux et la douleur pénètre jusqu’au diaphragme… ».
Pas sérieuse la super-nana&hellip


