F-X AJAVON

Jusqu'à preuve du contraire, je suis François-Xavier Ajavon, né en 1977.

Au-delà du blog, lisez mes publications dans les domaines de la philosophie et de la littérature.






 

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Voilà un petit papier que j'ai soumis il y a quelques jours, sans espoir réel de publication, ( période électorale oblige ) à la rédaction du Monde, en réponse à une précédente tribune féministe de Benoîte Groult. Bonne lecture.


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Benoîte Groult, célèbre féministe, a signé dans le Monde du 10 avril une tribune de soutien à  Ségolène Royal, sous le titre « Ségolène et les ‘papas’ », dans laquelle elle dénonce les attaques misogynes dirigées contre la candidate socialiste à l’élection présidentielle, et affirme que voter pour elle constitue un acte féministe militant. Il n’y a rien de surprenant à voir Mme. Groult exprimer à nouveau son engagement politique en faveur du socialisme et de la cause des femmes : assurer la présidence de la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions, fondée par Yvette Roudy durant les années Mitterrand, ça vous classe un intellectuel… Mais la rhétorique développée par la brillante femme de lettres dans cet article présente plusieurs propositions spécieuses, qu’il est important de souligner.





La féministe professionnelle Benoîte Groult.


Ségolène d’abord. Selon Mme. Groult il y a des « phénomènes inconscients », fatalement misogynes, qui pousseraient certains français à la méfiance face à la candidature de Mme. Royal. L’opinion publique, en proie à une crainte ancestrale, rejetterait la figure de Ségolène à quelques jours des élections, car cette dernière voudrait transgresser la « vieille loi salique ». Par « loi salique » il faut entendre la volonté des hommes de ne pas partager le pouvoir avec les femmes. Selon Mme. Groult, les électrices féminines qui devraient être mues naturellement à voter pour Mme. Royal ( comme un acte militant ), pourraient être prises – dans moment de soumission à « papa » - d’une volonté de glisser dans la fente de l’urne républicaine un bulletin portant le nom de François Bayrou, voire même de Nicolas Sarkozy. Le raisonnement est spécieux : Mme. Groult est bien méprisante à l’égard des françaises en pensant que le vote féminin est dicté par des considérations « symboliques » liées uniquement au sexe des candidats. Si tel était vraiment le cas, avec les nombreuses autres femmes candidates lors des élections présidentielles précédentes, le locataire de l’Elysée serait déjà une femme. Ensuite Mme. Groult estime que Nicolas Sarkozy, en tant qu’homme, véhicule une image « viriliste et agressive » : il est bien étonnant de lire en creux, sous la plume d’une féministe, un tel éloge de la douceur et de la « maternitude » féminine de Mme. Royal. Mme. Groult défend aussi la candidature de Mme. Royal au nom d’une « misogynie à l’envers », concept étrange, visant à l’érection « philogynique » de statues symboliques de « surfemmes » dans notre paysage politique. On se demandera avec angoisse s’il faut aussi conseiller à d’autres populations frappées par les discriminations de développer par exemple un « racisme à l’envers » ou une « homophobie à l’envers » ?

Alain Etchegoyen, philosophe qui vient de décéder, avait écrit dans Le Figaro l’année dernière une analyse piquante de la position politique de Ségolène Royal : « Le ségolisme, cache-misère de la panne idéologique de la gauche ». Il notait qu’avec la candidate socialiste «  les atouts périphériques (femme, jeune, maman) se substituent à l'essentiel. Pour une gauche historiquement avide de contenus, de projets, de programmes et de propositions, la situation est désespérante. ». Mme. Groult voudrait donc que les françaises choisissent Ségolène pour ses atouts périphériques et non pour ses propositions. Et si ce débat inepte sur le sexe des anges n’était que pure manœuvre de diversion, afin de détourner l’attention du public de la réalité de la situation de Ségolène ? Une réalité cruelle, faite de l’érosion de son image médiatique, du manque d’enthousiasme pour sa candidature chez les cadres historiques du PS, d’une accumulation de petites bourdes comiques mais handicapantes, de l’émergence d’une idéologie de l’alternative anti-système par le troisième homme ( Bayrou, Le Pen, etc. ), de la séduction exercée sur le peuple de gauche par les candidats trotskistes et enfin la perte de confiance de nombreuses catégories socio-professionnelles qui étaient traditionnellement acquises au parti socialiste.





Sacha... qui était contre les femmes, tout contre...


La question des femmes, ensuite. Mme. Groult, dans son article, stigmatise une misogynie « nationale » qui aurait pour spécificités sympathiques d’être « fraîche, joyeuse et spontanée ». On sent poindre l’attaque contre l’esprit populaire grivois, contre les éternelles gauloiseries quotidiennes dont les hommes savent accabler les femmes… la critique de Sacha Guitry n’est pas loin, lui qui disait « Je suis contre les femmes… je suis tout contre ». Mais la complainte de Mme. Groult est finalement assez conventionnelle : les femmes ont été longtemps discriminées, elles ont été longtemps écartées par les hommes des responsabilités politiques et elles ont longtemps été marginalisées dans la société. Rappelant son parcours de femme née en 1920 ( c’est à dire ayant obtenu le droit de vote et le droit d’ouvrir un compte bancaire aux alentours de 25 ans… ), elle souligne que la victoire de Mme. Royal serait le signe que les femmes sont devenues « majeures ». On serait autorisé à se demander si Mme. Groult n’investit pas trop d’importance « symbolique » dans le statut du président de la République, tel qu’il est défini par la V ème République ? Le président est un homme de pouvoir, mais c’est le gouvernement qui gouverne, et dans notre contexte démocratique la souveraineté vient du peuple… En soutenant Ségolène, Mme. Groult aspire – en somme – à ce que le futur président ne soit pas l’ambassadeur de la France, mais du « féminin ». Ce n’est hélas pas son rôle constitutionnel…

Mme. Groult termine son texte par cette interrogation naïve : « Dieu n'est-il pas toujours mâle dans nos trois religions monothéistes, qui ne se soucient guère de parité ? ». Ce serait bien mal connaître la religion catholique, que de ne pas voir la place centrale que le culte marial y occupe. Et Marie était une femme exceptionnelle, qui n’avait pourtant pas vraiment le goût du pouvoir…  les féministes doivent comprendre que les femmes peuvent se distinguer aussi en dehors des horribles schémas masculins traditionnels du pouvoir, de la domination d’autrui par la manipulation, et de l’affirmation de soi par la soumission d’autrui.



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Mme. Martha Argerich s'attaque au 3ème concerto pour piano de Serge Prokofiev, à l'antenne de la télé itanienne...  et ici, en France, on ne laisse rien filtrer.... grrrrr.....



Prokofiev, Piano Concerto n°3
envoyé par Tournemal




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Le 7 août dernier j’ai rendu hommage à la soprano Elisabeth Schwarzkopf dans les pages Rebonds de Libération. Voilà le texte de cette nécro-trash, nécessairement amoureuse, de la grande voix straussienne… Elisa, Elisa, saute-moi au cou… ! Elisa, fais-moi signe…


 


 

Elisabeth Schwarzkopf,

son tout dernier lied

 

Hommage à la grande soprano décédée jeudi à l'âge de 90 ans.

 

 

Ainsi, la grande soprano européenne Elisabeth Schwarzkopf vient de mourir, en Autriche, à un âge avancé, tout rond (90 ans), et au terme d'une carrière exemplaire, unanimement saluée. Les grands médias vont de leur petit couplet nécrologique guindé ; les radios et les télévisions à caractère culturel ressortiront des archives les bobines ad hoc et nous concocteront des émissions spéciales, pleines de fausses surprises... «Est-ce peut-être ceci, la mort ?» chantait-elle, vibrante et inextinguible, cette chère Mme Schwarzkopf, dans le dernier des Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, intitulé Dans le rouge du couchant (Im Abendrot). Les mélomanes ont nécessairement dans l'oreille à la fois son enregistrement des années 50, avec le chef d'orchestre Otto Ackermann à la tête du Philharmonia Orchestra, et celui de 1966 avec George Szell aux commandes du Radio-Symphonie-Orchester de Berlin. Deux profondes visions de l'oeuvre-testament de Strauss, mais aussi deux fascinants portraits de femme (la femme-enfant face à la femme mûre), deux gages de son extraordinaire «métaphysique vocale». Car Schwarzkopf frappe au-delà du sensible, de la chair de poule, de la larme à l'oeil, du frisson débordant, de la fièvre, au-delà ­ même ­ des catégories kantiennes de l'esthétique transcendantale, pourquoi pas, l'espace, le temps…




Sa voix était l'au-delà spatio-temporel, accessible sur compact disc. Elle frappe, elle frappait le coeur de nos interrogations humaines, sans presque le vouloir, pudiquement, en simple médiatrice passionnée des oeuvres qu'elle interprétait. Pour le dire autrement, Schwarzkopf, dans les Quatre Derniers Lieder de Strauss, et ailleurs parfois, c'était la métaphysique «pour les nuls», la méditation philosophique à la portée de tous, l'alpha et l'oméga de l'être et du néant au fond à droite du rayon classique de la Fnac de Concarneau... Elisabeth Schwarzkopf, dans cette oeuvre straussienne, était surtout parvenue à résoudre, sans complexe, l'apparent conflit nietzschéen de l'apollinien et du dionysiaque, de la voix qui dit et de celle qui chante... En épousant de tout son être les Quatre Derniers Lieder de Richard Strauss, ce chant absolu de sagesse, de maturité et de mort, ce chant profond de la terre et des hommes, de la terre et des peuples, de la terre et de l'humanité tout entière, Schwarzkopf avait signé un pacte avec la profondeur, avec la rugosité, la détresse, la défiance, et, au-delà, un pacte avec la mort. Que faire, alors ? Rappeler les faits d'armes de la belle ? Les mozartiennes Noces de Figaro, de Salzbourg, à l'après-guerre, ou sa présence sur les planches de la Scala de Milan en 1949, ou bien encore sur celles du Metropolitan Opera de New York dans les années 60. Faut-il évoquer ses disques ? Tous ?





Une voix s'est éteinte, et comme à chaque fois le brouhaha va prendre le dessus ; une voix s'est éteinte, et l'on se demande avec angoisse si elle est perdue à jamais... Ce brouhaha médiatique, paramusical, on l'entend déjà. Ceux qui reprocheront à Schwarzkopf d'avoir été trop travailleuse, trop réfléchie, trop «femme d'intérieur» (i.e. : adepte des studios d'enregistrement, à l'inverse de sa contemporaine Maria Callas, femme de scène...), trop froide, trop introspective, pas assez spontanée. Qu'est-ce que la spontanéité dans le chant ? Les chanteuses spontanées sont-elles celles qui chantent avec leurs prétendues tripes (où sont les tripes ? A quoi servent-elles ?) ou celles qui comprennent, et intègrent, ce qu'elles chantent ? Et puis, dans le brouhaha, on entend déjà, aussi, ceux qui jugeront opportun de rappeler les «liens» prétendus de la chanteuse avec l'Allemagne nazie, et puis ces quelques voix qui reprocheront inexplicablement à la soprano d'avoir été si dépendante de deux hommes, deux génies incontestables de la musique du XXe siècle, mais des mâles... Le chef d'orchestre Herbert von Karajan et le producteur Walter Legge... Mais aujourd'hui ce sont surtout Richard Strauss, Mozart, Wolf, Mahler, Puccini, Schubert ou encore Schumann qui sont en deuil... Echantillon faiblement représentatif de tous ces grands compositeurs qui furent au service intégral de la voix d'Elisabeth Schwarzkopf, et que la chanteuse a eu l'intelligence et la bonté de mettre à notre disposition immédiate, avec la plus-value inestimable de sa chaleur humaine, et de l'épaisseur sensuelle de sa voix. «Est-ce peut-être ceci, la mort ?» chantait-elle à l'après-guerre, sur une musique inoubliable du vieux Richard Strauss, en bout de course... Que dire ? Oui. Merci pour tout.


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April March prise en main par Burgalat...


April March - Mignonette
envoyé par Kwello

Alors, il est pas beau notre pays ?


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« Quand on voit que la fille de Villepin est mannequin, lui, il nous dit d’aller bosser dans le bâtiment. Mais n’avons-nous pas le droit de rêver, nous aussi ? » a dit Emilie Maume de Génération Précaire… le ressentiment l’enlaidit… que n’est-elle pas fille de diplomate aussi… comme tout le monde !


Le gouvernement Villepin et Givenchy vous souhaitent de joyeuses fêtes...

 

 



Marie de Villepin en campagne...



«Je me refuse à considérer qu'il y a une fatalité à ce que l'emportent la démagogie, le populisme et l'
IMAGE

Dominique de Villepin, Le Parisien, 08/10/2006.



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En cette fin de matinée dominicale, voici un texte du grand Voragine, qui décrit le martyre de Sainte-Julienne, catholique de Nicomédie ( colonie romaine d’Asie mineure – située dans l’actuelle Turquie ), confrontée aux ardeurs d’une bande de bad-boys très mal disposés à l’égard de Jésus.

Les jeunes-femmes catholiques sont-elles toujours aussi difficiles à conquérir ?





Sainte-Julienne


Voici le texte de Voragine :

Julienne qui avait été fiancée à Euloge, préfet de Nicomédie, ne voulut s'unir à lui qu'à la condition expresse qu'il recevrait la foi de J.-C. Son père la fit dépouiller, et frapper rudement, puis il la livra au préfet. Celui-ci dit à sa femme. « Ma très chère Julienne, pourquoi  m’as-tu trompé au point de me renier de cette façon? » Elle lui répondit : « Quand tu adoreras mon Dieu, j'acquiescerai à tes désirs, autrement tu ne seras jamais mon maître. » Le préfet lui dit : « Ma maîtresse, je ne puis faire cela, parce que l’empereur me ferait couper la tête. » Julienne reprit: « Si tu crains de la sorte un empereur mortel, comment veux-tu que je ne craigne pas un empereur qui est immortel? Fais tout ce que tu veux, mais tu ne pourras pas me surprendre. » Alors le préfet la fit très durement frapper de verges, et pendre par les cheveux pendant un demi-jour, puis. il ordonna de lui verser sur la tête du plomb fondu. Ce tourment, ne lui ayant fait aucun mal, il l’enchaîna et l’enferma dans une prison. (…)




Martyre de Sainte-Julienne ( doc BNF )

Arrivée en présence du préfet, elle fut étendue. sur une roue, d'une manière si brutale que tous ses os furent disloqués et que la moelle en sortait : mais un ange du Seigneur brisa la roue et la guérit en un instant. Ceux qui furent témoins de ce prodige crurent et furent décapités, les hommes au nombre de cinq cents et les femmes de cent trente. Après quoi Julienne fut jetée dans une chaudière pleine de plomb fondu; mais le plomb se changea en un bain tempéré. Le préfet maudit ses dieux, de ne pouvoir punir une jeune fille qui leur infligeait une si grande injure. Alors il ordonna de lui couper le cou. Comme on là conduisait à l’endroit où elle devait être exécutée, le démon, qu'elle avait battu, apparut sous la figure d'un jeune homme et criait en disant : « Ne l’épargnez pas, parce qu'elle a méprisé vos dieux et qu'elle  m’a frappé cette nuit avec violence ; rendez-lui donc ce qu'elle a mérité. » Or, comme Julienne levait les yeux pour voir quel était celui qui parlait de la sorte, le démon s'écria en prenant la fuite : « Hélas! hélas ! que je suis misérable ! je pense encore qu'elle veut me prendre et me lier. » Après que sainte Julienne eut été décapitée, le préfet fut englouti au fond de la mer dans une tempête avec trente-quatre hommes. Leurs corps, ayant été vomis par les flots, furent dévorés par les bêtes et les oiseaux.


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Dans la série "Nos amis les Nabis"... après Maurice Denis... Félix Vallotton...



Félix Vallotton, né le 28 décembre 1865 à Lausanne et mort le 29 décembre 1925 à Paris, est un peintre et graveur sur bois suisse.





Félix Vallotton "Trois baigneuses".


 

À l'âge de 17 ans, il quitte Paris pour apprendre la peinture au sein de l'Académie Julian, où de nombreux artistes post-Impressionnistes, ainsi que Les Nabis, y font leurs études.


En moins de 10 ans, le jeune Suisse parvient à se faire un nom auprès de l'avant-garde parisienne et sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et des illustrations en noir/blanc qui font sensation.

 


 

 

Félix Vallotton "Femme offrant du lait au chat", 1919


 

Dès 1899, il se consacre essentiellement à la peinture. Il expose régulièrement à Paris (notamment en janvier 1910, et c'est Octave Mirbeau qui rédige la préface du catalogue), en Suisse et encore dans d'autres pays aux expositions réputées à caractère international.

 






Félix Vallotton, "La liseuse", 1922

 

Vallotton était un travailleur dévoué, il cherchait sans cesse de nouvelles formes d'expression. Touché par l'horreur de la Première Guerre mondiale, il trouva dans le conflit une source d'inspiration qui le poussa vers l'art abstrait. Le succès revint dès la fin de la guerre mais il mourut quelques années après, le 29 décembre 1925.


 

 

Félix Vallotton, "Le viol d'Europe", 1908

 


Dossier Vallotton dans Le Monde des Arts.


Fondation Félix Vallotton, en Suisse.

 

(avec Wikipedia )

 

 

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Depuis que je m'amuse à polluer gaiement les pages débats de quotidiens nationaux ( Le Monde, Le Figaro, Libé ) de mes gentils petits textes polémiques, avec la complicité de quelques éléments subversifs et anticonformistes de la presse française, je n'ai jamais eu autant de retours que pour mon texte « Le mythe de la surfemme », publié dans le quotidien français du soir Le Monde, le 21 septembre 2006.

 

Dans cette tribune, publiée sur quatre colonnes, en pied de la page 20 du numéro 19178, je demandais en substance ( selon le châpo rédigé par le journal ) : « L'imaginaire médiatique met l'héroïsme féminin au pinacle. Mais l'égalité des sexes y gagne-t-elle ? ».

 

Il y eu plusieurs types de réactions, allant de l'adhésion embarrassée au rejet intégral. Ces réactions me sont parvenues par mails, par l'intermédiaires de blogs et forums qui ont discuté mon texte, ou encore par le biais des pages du Monde lui-même... où une féministe orthodoxe a fait une « réponse » à ma tribune. Nous y viendrons.


 

 

Rédaction du journal "Le Monde", Paris.

 

Si l'on écarte une sympathique blogueuse quadra bretonne ( Breizh Desperate Housewife ) qui a écrit dans un billet : « Je crois que j'ai trouvé l'homme qu'il me faut...en lisant un article du Monde d'aujourd'hui intitulé "le mythe de la surfemme". Apparemment il est philosophe et habite Paris (peut être même marié avec 5 enfants ) mais qu'à cela ne tienne ? ».


D'abord je tiens à la rassurer : je n'ai pas cinq enfants, je n'en ai pas un seul, et puis je n'habite pas Paris mais sa périphérie. C'est moins cool, hein ? Tout le monde ( même en province ) devrait savoir que les prix de l'immobilier intra-muros ne rend accessible ce luxe qu'aux sans-papiers maliens relogés...  Enfin, sympa la réaction. Breizh Desperate Housewife notait, en m'interpellant : « Oui ,vous avez bien raison de nous demander si les femmes du monde réel résisteront longtemps à la pression du modèle de "surfemme" exhibé par notre société. Car la pression est déjà difficile à tenir actuellement pour nombre d'entre nous . »


Ok. Sympa. Merci. Voilà une bogueuse qui a compris le sens de mon texte, qui visait à analyser l'appétit médiatique vorace pour les figures féminines hors-normes ( femmes astronautes, politiciennes, top-model, etc. ), et souligner de quelle façon... sur la base de ces individus d'exception, se construisait une dialectique trompeuse, inférant de leur pouvoir et leur indépendance une hypothétique libération générale des femmes, qui malheureusement n'est pas encore à l'ordre du jour en Occident.




Kate Moss et Carla Bruni : images médiatiques de "Surfemmes" dénudées


Sur le blog tout rose, My Funny Valentine , d'une blogueuse de Rouen ( passons sans crainte de la Bretagne à la Normandie... ), prénommée Sophie et qui dit aimer Serge Gainsbourg et Miles Davis ( un terrain d'entente devrait être trouvé )... on pouvait lire dans un commentaire signé Pagine ( qui s'occupe, sans rire, d'un blog sur les nuisances sonores  ) : « Fais gaffe, t'as pas lu l'article ravageur "Le mythe de la surfemme" d'un illustre inconnu à qui le Monde a néanmoins ouvert ses colonnes(22/09). Si tu dépasses un peu du troupeau, tu risques, aux dire du meusieur, de faire du mal aux autres femmes, ces "femmes réelles" qui vivent, elles, dans l'ombre, et seraient, elles, les vraies femmes! Cessez, femmes remarquables, médiatisées, de nous casser notre baraque!  »


Oh-Oh-Oh. Pas mal. Franchement. Chapeau ! D'abord on appréciera le préjugé de la demoiselle sur les critères de sélection des tribunes dans le quotidien du soir... exit les « illustres inconnus ». Ok. Pourquoi pas. Malheureusement ce n'est pas la politique du Monde. Navré. Après, la demoiselle déconne : je ne demande pas aux femmes « remarquables » de cesser de l'être, je m'interroge sur leur image médiatique.

 

Pour tout dire, l'écriture de cette tribune de presse a eu trois motivations :

- une fascination intime, qui m'a semblé inquiétante, pour les femmes de pouvoir.

- une fascination intime, qui m'a semblé inquiétante, pour les très belles plantes.

- la diffusion, en pleine pré-campagne des présidentielles, d?une série TV par France 2, L'Etat de grâce, mettant en scène une charmante jeune-femme présidente de la République française. La série fut un flop et fit un four.



Ségolène Royal. Intérieur jour. Souriante. Position assise.


L'esprit ( voire l'ambiance ) parfaitement ségolesque, de cette série de la TV publique française, me donna envie de réagir sur l'image des wonderwomen de la politique. Le quotidien de Boston, Christian Science Monitor cita mon article du Monde dans un papier qui abordait à la fois la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle et la série Etat de grâce de France 2 : « French try woman as president... but first on a sitcom ».  ( Les français s'essaient à une femme présidente de la République... mais d'abord dans un sitcom ) « If it accomplishes nothing else, however, the TV show has already has pundits wondering about the wisdom of portraying women as caricatures. "Will the media's image of the superwoman, immensely powerful or fantastically beautiful, truly lead to emancipation?" asks François-Xavier Ajavon in Le Monde. "Or will it lead to a collective wish to return to the reassuring maternal figures of the past?" ».

 

Bon. C'est l'Amérique alors ! Boston ! La gloire. J'ai pourtant jamais mis les pieds à Boston moi, ni à New-York... merde !

 

Dans la ségosphère mon petit papier a ému le landernau socialiste du web. Sur le site « Ségolène 2007 », on peut lire : « Il y a quelques temps déjà que la sphère de l'intime n'est plus exclusivement féminine, l'intime devient une raison d'Etat et par conséquent l'affaire de tous. En cela, l'humanisme ne peut éviter de poser la question du féminisme sans pour autant fomenter Le mythe de la surfemme (article de F.X. Avajon-Le Monde) ».

 

Sur le site du Parti Socialiste « Forum des primaires »,  une mystérieuse Marine écrit : « La question de la candidature de Ségolène pour les femmes, et en particulier les femmes de gauche, mérite en effet d'être analysée. Je vous laisse en fin de message un texte de François-Xavier Ajavon sur "Le mythe de la "surfemme" ". Je ne partage pas toute son analyse, en revanche, je pense que l'arrivée d'un tel phénomène n'est pas de nature à éclaircir le chemin de toutes celles qui suivent. Oui, pour moi, Ségolène, l'icône, marginalise encore davantage la place de la femme dans le parti, en politique et dans la société. ».


Pas mal, Marine. D'abord j'adore ton prénom. Franchement, ça me fait craquer. Je craque. Ensuite, j'adore ton analyse. C'est vrai quoi... la surfemme médiatique marginalise la question de la libération des femmes en général.


Et puis ce qui devait arriver, arriva...


Sandrine Treiner, "Productrice artistique" sur France 3


Une féministe, une pure et dure, avec son certificat de féminisme, m'a répondu dans les colonnes du Monde. C'était un vendredi. Je m'en souviens encore. J'étais avec un ami, et avant d'aller arroser je ne sais quel projet éditorial par des cocktails sophistiqués dans un bar parisien, j'ai du lâcher 2.50€ à un kiosquier pour faire l'acquisition du Monde de la fin de semaine, où l'irremplaçable quotidien du soir est affublé d'un indigent supplément photographique, nommé abusivement « Monde 2 ».


Sandrine Treiner, co-auteur d'une somme historique Le livre noir de la condition féminine, dont le titre beauvoirien fleure bon les 70's, et qui se présente comme « Productrice artistique » à France 3 ( Dis, maman, comment on devient « Productrice artistique » ?! ), s'est donc fendue d'une courte réponse le 7 octobre 2006 : « Le mythe de la femme réelle ». 


Me reprochant d'entrée de jeu mon approche « misogyne », la demoiselle tente maladroitement de mettre à mal ce qu'elle considère comme un concept, « la femme réelle », alors que ce n'est qu'une formule... « Je tremble d'avance pour les lycéens qui auraient à plancher au baccalauréat sur un tel sujet : " Qu'est-ce qu'une femme réelle... pour un homme, en 2006 ? Commentez ". Il ne me paraît pas totalement vain de traiter ici de la question, afin de dissuader les académies de se la réapproprier. »

 

Ne t'inquiète pas, gamine...  la question de la réappropriation publique des concepts est un savant dosage d'intelligence et de marketing. Affaire à suivre.

 

La productrice artistique, avec tout son art producteur, m'interpelle : « Affirmant que nous assistons à la naissance d'une figure médiatique nouvelle, la surfemme, qu'il juge encombrante (pour qui si ce n'est pour lui-même, à l'évidence ?), »...


Nan, nan, Sandy, tu n'as rien compris... cela n'est pas encombrant. Et même, les surfemmes, je les prends sur mes genoux à l'occasion, j'adore ça, vraiment... je leur raconte des histoires à l'oreille pour les endormir dans mes bras, et je leur lis du Lamartine en caressant leurs cheveux. Tu viens quand tu veux, je te fais une démo...



Alphonse de Lamartine

 

Et la donzelle persiste et signe. Elle est coquine. Elle écrit : « L'agressivité, à l'évidence, pointe sous la sollicitude. ». Oh-Oh. Moi, agressif ? Nan, nan, Sandy... tu n'as rien compris. Je suis un garçon tout doux moi... Lamartine je te dis... Larmartine... merde !

 

La petite chatte poursuit : « Avec quelle vitesse les discours masculins sur les femmes ont repris orgueilleusement le dessus, trente ans après l'émergence des élaborations féministes des années 1970 ! » Diable ! Mon discours est orgueilleux... T'imagines mec. Tu écris un papier dans Le Monde, où tu essaies de montrer que le discours médiatique ( motivé globalement par le fric et l'audience : on est d'accord, Miss, nan ? ) dessert les femmes du quotidien... pas du genre de celles qui bossent à France 3, hein... et ben tu deviens orgueilleux. Et puis tu ballais sans aucun respect les « élaborations féministes ». Ok, beauté fatale, tu commences par me définir ce qu'est une « élaboration féministe », et on en reparle... Okay ?

 

« Au printemps dernier, Eric Zemmour s'était déjà essayé à décrire notre société minée de l'intérieur par une supposée féminisation des corps et des esprits. »... Me voilà maintenant partie intégrante du complot anti-féministe figaro-zémourien. Je suis casqué, armé, et prêt au combat...  et puis l"interpellation finale, irrésistible : « Tout cela serait amusant si l'on ne sentait poindre une offensive très politique derrière le masque de la farce. Vous, les hommes réels, cessez donc de penser à notre place. Vous avez assez à faire avec vous-mêmes ! » L'offensive très politique ? tout est politique, ma belle, non ? Que j'ai assez à faire avec moi-même ? T'imagines pas, Sandrine, le sujet est inépuisable ?  Je suis mon propre tonneau des Danaïdes...

 

En conclusion... un petit papier dans Le Monde a généré beaucoup de passion... Je n'ai jamais eu l'intention de tenir des propos misogynes, bien au contraire. Je reviens à ce que je disais dans cet article : les figures hyper-médiatiques de femmes « libérées » troublent l'image des femmes du « pays réel », ancrées pour la plupart dans le chômage ou le salariat, les mi-temps, le sous-travail... payées moins que les hommes, considérées comme quantité négligeable dans bon nombre de communautés, et finalement méprisées bien souvent par des hommes sans éducation qui les « consomment », sans chercher à les connaître.

 

C'est quoi l'image de la femme libérée, en France : Ségostar présidente, ou je ne sais quelle Yasmina, qui cesse soudain d'être violée dans une cave de banlieue ?


Laissons le mot de la fin à Georges, sur cette thématique brûlante...







 

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